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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1905416

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1905416

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1905416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET SZEPETOWSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2019 sous le numéro 1905416, Mme B C, représentée par Me Szepetowski, demande au tribunal :

- d'annuler la décision en date du 13 septembre 2019 par laquelle le maire de la commune de Nice a opposé un sursis à statuer sur la déclaration préalable n°DP 06088 19 S0903 déposée le 26 juillet 2019 et complétée le 20 août suivant, pour la création d'un lotissement en deux lots à usage d'habitation, sis 127 Corniche des oliviers à Nice ;

- d'enjoindre à la commune de Nice de lui délivrer l'autorisation sollicitée ;

- et de mettre à la charge de la commune de Nice une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

* qu'elle a déposé sa déclaration préalable sur le fondement des dispositions du plan local d'urbanisme de la commune de Nice alors applicable ;

* que le zonage agricole du terrain objet de la déclaration préalable au terme du nouveau plan local d'urbanisme métropolitain de Nice n'est pas justifié ;

* que le projet objet de la déclaration préalable n'est en tout état de cause pas incompatible avec le classement du terrain en zone agricole.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2022, la commune de Nice, prise en la personne de son maire en exercice, conclut principalement au non-lieu à statuer sur les conclusions de la présente requête, et subsidiairement à son rejet au fond.

La commune soutient :

* à titre principal : qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête, la requérante n'ayant pas confirmé sa demande au terme de la validité du sursis à statuer qui lui avait été opposé, demande qui a dès lors disparu de l'ordonnancement juridique ;

* à titre subsidiaire : qu'en tout état de cause, aucun des moyens soulevés à l'appui des prétentions de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance en date du 28 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 avril 2023 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme A, pour la commune de Nice.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a déposé le 26 juillet 2019 une déclaration préalable n°DP 06088 19 S0903, complétée le 20 août suivant, pour la création d'un lotissement en deux lots à usage d'habitation, sis 127 Corniche des oliviers à Nice. Par décision en date du 13 septembre 2019, le maire de la commune de Nice a opposé un sursis à statuer sur cette déclaration préalable. L'intéressée demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que d'enjoindre à la commune de Nice de lui délivrer l'autorisation sollicitée.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". L'article L. 424-1 dudit code dispose que : " () Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 121-22-3, L. 121-22-7, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. () Le sursis à statuer doit être motivé et ne peut excéder deux ans. (). A l'expiration du délai de validité du sursis à statuer, une décision doit, sur simple confirmation par l'intéressé de sa demande, être prise par l'autorité compétente chargée de la délivrance de l'autorisation, dans le délai de deux mois suivant cette confirmation. Cette confirmation peut intervenir au plus tard deux mois après l'expiration du délai de validité du sursis à statuer. Une décision définitive doit alors être prise par l'autorité compétente pour la délivrance de l'autorisation, dans un délai de deux mois suivant cette confirmation. A défaut de notification de la décision dans ce dernier délai, l'autorisation est considérée comme accordée dans les termes où elle avait été demandée. () ".

4. D'une part, eu égard à son objet, une décision de sursis à statuer prise sur le fondement de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme cesse de produire ses effets, quelle que soit la durée du sursis qu'elle indique, à la date où le plan local d'urbanisme dont l'élaboration ou la révision l'avait justifiée est adopté. Toutefois, une telle adoption, intervenue avant l'expiration du délai indiqué par la décision de sursis elle-même, a pour seule incidence de déclencher le délai dont dispose le demandeur pour confirmer sa demande mais ne saurait, par elle-même, priver d'objet le recours pour excès de pouvoir dirigé contre ladite décision dès lors que cette dernière a non seulement produit des effets et n'a de plus pas été retirée. D'autre part, si la décision de sursis à statuer ne précise pas la durée du sursis et le délai dans lequel le demandeur pouvait confirmer sa demande, aucun délai n'est alors opposable au demandeur.

5. En l'espèce, il est constant que la décision attaquée en date du 13 septembre 2019 par laquelle le maire de la commune de Nice a opposé un sursis à statuer sur la déclaration préalable déposée par la requérante a prévu une durée de validité de deux ans à compter de sa date de notification, soit à compter de la date du 17 septembre 2019. Si la commune défenderesse fait valoir que la pétitionnaire n'a pas confirmé sa demande dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme et qu'ainsi à la date d'introduction de la présente requête la décision litigieuse n'avait plus d'existence juridique, dès lors que le sursis à statuer litigieux avait produit des effets et qu'aucun permis de construire valant retrait de cette décision n'avait été délivré pour le projet considéré, la demande d'annulation présentée par la requérante n'était pas devenue sans objet.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'exception de non-lieu à statuer opposée par la commune de Nice doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

7. D'une part, il est constant que le plan local d'urbanisme métropolitain (ci-après " PLUM ") de Nice a classé la parcelle objet de la déclaration préalable déposée par la requérante en zone agricole, classement exempt de toute illégalité ainsi que l'a estimé tant le tribunal de céans par jugement n°1906184 en date du 15 juin 2021 que la cour administrative d'appel de Marseille par arrêt n°21MA02935 en date du 2 juin 2022. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que le zonage agricole du terrain objet de la déclaration préalable au terme du PLUM de Nice ne serait pas justifié.

8. D'autre part, si la requérante soutient en outre que le projet objet de la déclaration préalable litigieuse ne serait en tout état de cause pas incompatible avec le classement par le PLUM de Nice du terrain en zone agricole, la commune défenderesse soutient, sans être contestée, que ne sont autorisées dans la zone Ac du PLUM que " les constructions et installations destinées à l'exploitation agricole et forestière à condition qu'elles soient nécessaires à l'activité " ainsi que " les constructions de logements à condition qu'elles soient nécessaires à l'activité agricole ". La requérante n'établissant ni ne soutenant que son projet remplirait les conditions susmentionnées, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision de sursis à statuer qui lui a été opposée n'était pas justifiée.

9. Il résulte de tout de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Il y a dès lors lieu de rejeter les conclusions susmentionnées aux fins d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction ainsi qu'au titre des frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de Nice.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

L'assesseur le plus ancien,

signé

B. Le Guennec

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Sussen

1905416

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