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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-1906101

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-1906101

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-1906101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2019 sous le numéro 1906101, M. D B, représenté par Me Hallier, demande au tribunal :

- d'annuler l'arrêté en date du 9 février 2016 du maire de la commune de L'Escarène accordant le permis de construire n°PC 006 057 15 G0006 à Mme C A pour la rénovation et l'extention d'une bastide sur un terrain sis 3226 La Chapelle de Saint-Pancrace à L'Escarène, ainsi que l'arrêté en date du 15 octobre 2018 du maire de la commune transférant ledit permis à la SCI Saint-Pancrace, dont Mme A est la gérante, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 29 août 2019 à l'encontre de ces décisions ;

- et de mettre à la charge de la commune de L'Escarène une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* il a intérêt à agir en tant que voisin immédiat du projet en cause, et même propriétaire co-indivisaire sur les parcelles objets du projet ;

* Mme A n'avait pas qualité pour déposer une demande de permis de construire sans l'accord de tous les propriétaires co-indivisaires ;

* la délivrance du permis de construire litigieux est entachée d'illégalité, dès lors que :

- le projet se situe en zone agricole alors qu'il " n'a rien d'agricole " ;

- la notice architecture est incomplète, le photomontage est insuffisant, et le dossier de demande ne contient pas de plans des niveaux 1 et 2 ;

- le dossier de demande ne comprend pas les éléments relatifs à la piscine projetée ;

- le projet est irrégulier en ce qui concerne l'assainissement ;

- le projet est irrégulier en ce qui concerne la voie d'accès à la construction.

Par un mémoire en défense et des pièces produites, enregistrés les 14 février 2020 et 12 juillet 2022, la SCI Saint-Pancrace, prise en la personne de sa gérante en exercice, et Mme C A, représentées par Me Lacrouts, concluent à l'irrecevabilité de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 1 000 euros pour chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la requête est triplement irrecevable, premièrement, comme tardive, deuxièmement, en l'absence de démonstration par le requérant d'un intérêt à agir à l'encontre de l'autorisation en cause, troisièmement, dès lors qu'il n'établit pas qu'il aurait satisfait aux exigences de l'article R.600-1 du code de l'urbanisme.

Un mémoire a été enregistré pour M. D B le 15 décembre 2022 et n'a pas été communiqué.

Des pièces ont été enregistrées pour la SCI Saint-Pancrace le 5 janvier 2023 et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 janvier 2023 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Hallier, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A a déposé une demande de permis de construire pour la rénovation et l'extention d'une bastide sur un terrain sis 3226 La Chapelle de Saint-Pancrace, sur le territoire de la commune de L'Escarène. Le permis, n°PC 006 057 15 G0006, lui a été délivré par arrêté en date du 9 février 2016 du maire de la commune de L'Escarène. Par arrêté en date du 15 octobre 2018, le maire de ladite commune a transféré le permis à la SCI Saint-Pancrace, dont Mme A est la gérante. M. D B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 29 août 2019 à l'encontre de ces décisions.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article L. 600-2-1 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet objet de l'autorisation d'urbanisme litigieuse (permis de construire valant également permis de démolir) consiste en la rénovation et l'extention d'une bastide sur un terrain sis 3226 La Chapelle de Saint-Pancrace, sur le territoire de la commune de L'Escarène sur les parcelles cadastrées B n°590, 591 à 599 et 1568, et sur une surface de 177m². D'une part, si le requérant soutient qu'il est copropriétaire, en indivision, " de la parcelle destinée à recevoir les constructions litigieuses mais aussi de celles voisines ", il ne l'établit pas et il ressort au contraire des pièces du dossier que sa demande tendant à voir dire qu'il est propriétaire indivis des parcelles cadastrées section B n°590, 592, 594, 603, 604 et 473 a été rejetée par une ordonnance de mise en état du tribunal judiciaire de Nice en date du 21 juin 2022. D'autre part, en se bornant à mentionner le " parti architectural choisi ", sans autres précisions hormi les allégations relatives à son droit de propriété sur les parcelles susmentionnées, le requérant ne saurait ainsi établir que le projet litigieux est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien, la SCI Saint-Pancrace et Mme A soutenant au demeurant en défense qu'il n'aura aucune visibilité sur les travaux qui seront entrepris. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir soulevée en défense par la SCI Saint-Pancrace et tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant doit être accueillie.

Sur les frais liés au litige :

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

5. La commune de L'Escarène n'étant pas partie perdante, les conclusions du requérant présentées sur le fondement des dispositions précitées doivent être rejetées. En revanche, une somme de 1 000 euros, au profit de la SCI Saint-Pancrace, est mise à la charge du requérant au titre des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Une somme de 1 000 euros, au profit de la SCI Saint-Pancrace, est mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet des Alpes-Maritimes et à la SCI Saint-Pancrace.

Copie en sera adressée à la commune de L'Escarène.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 février 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

L'assesseur le plus ancien,

signé

B. Le Guennec

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Sussen

N°1906101

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