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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2000011

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2000011

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2000011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLAFAY

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 février 2023 :

- le rapport de M. Cherief, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Dépil Tech est une société intervenant dans le domaine des soins de beauté spécialisée dans la photo épilation. Par une demande du 6 mars 2019, elle a demandé à l'inspection du travail d'autoriser le licenciement pour motif économique de Mme C, salariée de son établissement. Par une décision du 7 mai 2019, l'inspection du travail a refusé d'autoriser le licenciement. La société Dépil Tech a alors formé un recours hiérarchique contre cette décision de rejet par une lettre du 2 juillet 2019, notifiée à l'administration le 3 juillet 2019. Suite au silence gardé par l'administration pendant quatre mois sur cette demande, une décision implicite de rejet est née le 4 novembre 2019 en application des dispositions de l'article R. 2422-1 du code du travail. La société a alors formé une première requête contre cette décision implicite enregistrée sous le numéro n° 2000011 au greffe du tribunal administratif de Nice le 2 janvier 2020. Une décision explicite en date du 2 janvier 2020 rejetant son recours hiérarchique a été notifiée à la société requérante le 13 janvier 2020. La société requérante a alors formé une seconde requête enregistrée sous le numéro 2001191 le 9 mars 2020 au greffe du tribunal administratif de Nice. Par ces deux requêtes, la société Dépil Tech doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 7 mai 2019 par laquelle l'inspection du travail a refusé d'autoriser le licenciement pour motif économique de Mme C ainsi que la décision expresse du ministre du travail du 2 janvier 2020 rejetant son recours hiérarchique et confirmant la décision du 7 mai 2019.

Sur la jonction :

2. Les deux requêtes, enregistrées sous les n°s 2000011 et 2001191, introduites par la société Dépil Tech, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail dispose que " La demande d'autorisation de licenciement est adressée à l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement dans lequel le salarié est employé. Si la demande d'autorisation de licenciement repose sur un motif personnel, l'établissement s'entend comme le lieu de travail principal du salarié. Si la demande d'autorisation de licenciement repose sur un motif économique, l'établissement s'entend comme celui doté d'un comité social et économique disposant des attributions prévues à la section 3, du chapitre II, du titre I, du livre III. ".

4. D'une part, à l'appui de son mémoire en défense commun aux deux requêtes, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Provence-Alpes-Côte d'Azur produit la décision du 31 juillet 2018 portant modification de la décision relative à la localisation et à la délimitation des unités de contrôle et des sections d'inspection du travail de la DIRECCTE Provence-Alpes-Côte d'Azur, publiée le 1er août 2018 au n° R93-2018-092 du recueil des actes administratifs de la préfecture de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Cette décision délimite la compétence territoriale de la section 06-04-03 de l'unité de contrôle 4 Nice nord et ouest. Cette dernière s'exerce du boulevard René Cassin, côté pair, à partir de la voie ferrée à l'angle du boulevard René Cassin, côté pair, avec la rue Paez jusqu'à Magnan côté Ouest inclus ainsi que, du nord au sud, sous la voie rapide incluse jusqu'au bord de mer inclus. Le siège social de la société requérante étant situé au 196 avenue de la Californie à Nice, elle relève de la compétence territoriale la section 06-04-03 de l'unité de contrôle 4 Nice nord et ouest.

5. D'autre part, l'article 1 de la décision n° 2018/592 du 31 août 2018, relative à l'affectation des agents de contrôle dans les sections et aux pouvoirs de décisions administratives dans les unités de contrôle, publié le 31 août 2018 au n° 153.2018 du recueil spécial des actes administratifs de la préfecture des Alpes-Maritimes, précise que Mme D A est chargée des actions d'inspection de la législation du travail dans les entreprises relevant de la 3ème section de l'inspection du travail composant l'unité de contrôle 4 Nice nord et ouest.

6. Il résulte de ce qui précède Mme A était compétente pour signer la décision du 7 mai 2019 refusant d'autoriser le licenciement économique de Mme C. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 2421-5 du code du travail : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée. / Elle est notifiée par lettre recommandée avec avis de réception : / 1° A l'employeur ; / 2° Au salarié ; / 3° A l'organisation syndicale intéressée lorsqu'il s'agit d'un délégué syndical. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

8. D'une part, la décision du 7 mai 2019 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de Mme C vise les dispositions applicables du code du travail, mentionne les éléments relatifs à la procédure suivie, et énonce précisément les fonctions syndicales de Mme C ainsi que les motifs sur lesquels elle se fonde pour refuser d'accorder l'autorisation de licenciement sollicitée tirés de l'absence de menace sur la compétitivité de l'entreprise et du non-respect, par cette dernière, de son obligation de reclassement de Mme C. Dès lors, la société Dépil Tech n'est pas fondée à faire valoir que la décision attaquée est insuffisamment motivée.

9. D'autre part, lorsque le ministre rejette le recours hiérarchique qui lui est présenté contre la décision de l'inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement formée par un employeur, sa décision ne se substitue pas à celle de l'inspecteur. Dès lors, s'il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre ces deux décisions, d'annuler, le cas échéant, celle du ministre par voie de conséquence de l'annulation de celle de l'inspecteur, des moyens critiquant les vices propres dont serait entachée la décision du ministre ne peuvent être utilement invoqués au soutien des conclusions dirigées contre cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision du 2 janvier 2020 rejetant explicitement le recours hiérarchique de la société Dépil Tech est entaché d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1233-3 du code du travail, " Les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise s'apprécient au niveau de cette entreprise si elle n'appartient pas à un groupe et, dans le cas contraire, au niveau du secteur d'activité commun à cette entreprise et aux entreprises du groupe auquel elle appartient, établies sur le territoire national, sauf fraude. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. Le secteur d'activité permettant d'apprécier la cause économique du licenciement est caractérisé, notamment, par la nature des produits biens ou services délivrés, la clientèle ciblée, ainsi que les réseaux et modes de distribution, se rapportant à un même marché. () ".

11. Lorsque le juge administratif est saisi d'un litige portant sur la légalité de la décision par laquelle l'autorité administrative a autorisé le licenciement d'un salarié protégé pour un motif économique ou a refusé de l'autoriser pour le motif tiré de ce que les difficultés économiques invoquées ne sont pas établies et qu'il se prononce sur le moyen tiré de ce que l'administration a inexactement apprécié le motif économique, il lui appartient de contrôler le bien-fondé de ce motif économique en examinant la situation de l'ensemble des entreprises du groupe intervenant dans le même secteur d'activité dans les conditions mentionnées au point précédent.

12. En ce qui concerne le secteur d'activité pertinent, il ressort des pièces du dossier que pour apprécier le bien-fondé du motif économique invoqué par la société Dépil Tech, l'inspectrice du travail s'est fondée sur la situation économique de cette dernière ainsi que sur celle de l'ensemble de ses filiales. Il est constant que l'ensemble de ces sociétés constituent des centres de soin intervenant dans le secteur d'activité de l'épilation à lumière pulsée. Dès lors, au regard de la nature des services délivrés et de la clientèle ciblée, ce dernier constitue le secteur d'activité commun à ces sociétés permettant d'apprécier le bien-fondé du motif économique du licenciement invoqué par la société Dépil Tech pour justifier le licenciement de Mme C.

13. En ce qui concerne le bien-fondé du motif économique, il ressort des pièces du dossier que pour justifier le licenciement pour motif économique de Mme C, la société requérante s'est prévalue de la réorganisation de l'entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité, en raison notamment des difficultés économiques auxquelles la société a dû faire face et qui se sont caractérisées par un résultat net d'exploitation déficitaire, la saisie du tribunal de commerce de Nice aux fins d'ouverture d'une procédure de sauvegarde et l'admission de la société au bénéfice de cette procédure par jugement du 24 mai 2018, avec période d'observation jusqu'au 27 novembre 2019. Suite à l'ouverture de cette procédure, la société requérante a mis en place un plan de sauvegarde prévoyant notamment une rationalisation des services et des effectifs de l'entreprise. Il ressort des pièces du dossier que la société requérante a connu, au cours de l'année 2017, une période de difficulté économique se traduisant par une légère stagnation du chiffre d'affaires net entre 2016 et 2017 et une forte augmentation des charges d'exploitation entre au cours de ces mêmes années, entraînant en 2017 un résultat d'exploitation négatif de 1 001 753 euros contre un résultat d'exploitation positif de 98 332 euros en 2016. Toutefois, la société requérante ne conteste pas, notamment par la seule production d'un tableau relatif à l'état de ses dettes, les allégations de l'administration qui fait valoir que la situation économique de la société s'est améliorée en 2018 avec une augmentation conséquente de son chiffre d'affaires à 8,2 millions d'euros et une amélioration de son résultat d'exploitation. En outre, la société Dépil Tech n'établit pas que les difficultés économiques qu'elle connaît trouvent leur origine dans une baisse de compétitivité de la société sur le marché de l'épilation par lumière pulsée mais davantage à un problème de structuration interne due à une croissance trop rapide de la société, ainsi que cela ressort d'un document intitulé " Conserver notre compétitivité - Dépil Tech doit rester leader ", joint par la société à la requête. Enfin, cette dernière ne produit aucun élément quant à la situation économique de ses filiales ni sur la situation générale du marché dans le domaine de l'épilation par lumière pulsée, la seule production d'une étude de marché concernant la ville de Rennes étant à cet égard peu conclusif. Dès lors, c'est sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que l'inspectrice du travail a pu considérer que le motif économique invoqué par la société requérante et tiré de la menace existant sur sa compétitivité n'était pas fondé. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 1233-4 du code du travail : " Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. / Le reclassement du salarié s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie que celui qu'il occupe ou sur un emploi équivalent assorti d'une rémunération équivalente. A défaut, et sous réserve de l'accord exprès du salarié, le reclassement s'effectue sur un emploi d'une catégorie inférieure. / L'employeur adresse de manière personnalisée les offres de reclassement à chaque salarié ou diffuse par tout moyen une liste des postes disponibles à l'ensemble des salariés, dans des conditions précisées par décret. / Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précise. ".

15. Pour apprécier si l'employeur a satisfait à son obligation en matière de reclassement, l'autorité administrative doit s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié, tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises du groupe auquel elle appartient, ce dernier étant entendu, à ce titre, comme les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel.

16. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande d'autorisation de licenciement de la société Dépil Tech, l'inspectrice du travail a relevé que les offres de reclassement n'ont été proposées à Mme C que lors de l'entretien préalable au licenciement qui s'est déroulé le 12 février 2019, et que ces offres n'étaient ni précises ni écrites. La société requérante fait valoir, d'une part, qu'aucun poste ne relevait de la catégorie d'emploi de Mme C ou n'était compatible avec ses compétences et, d'autre part, que cette dernière avait eu parfaitement connaissance des postes disponibles au sein de l'entreprise, dès lors qu'elle avait reçu, en sa qualité de déléguée du personnel, une convocation à la réunion des délégués du personnel au cours de laquelle la liste des postes disponibles pour le reclassement avait été discutée. Cependant, la société requérante n'établit par aucune pièce au dossier qu'elle aurait effectivement procédé à la recherche de possibilités de reclassement pour Mme C dans l'ensemble des entreprises du groupe et notamment qu'elle aurait sollicité les sociétés Holmes et Blasinvet à cet effet, alors même que ces dernières constituent des filiales de la société requérante intervenant dans le même secteur d'activité, ou encore la société DT SUCC. Par ailleurs la circonstance que Mme C ait participé, en tant que déléguée du personnel, à une réunion le 8 janvier 2019 au cours de laquelle le reclassement de deux salariés, pour quatre postes disponibles, a fait l'objet d'une discussion ne permet pas de considérer qu'elle aurait été destinataire d'offres précises et écrites au sens des dispositions précitées de l'article L. 1233-4 du code du travail. Enfin, s'il est constant que Mme C s'est vue proposer plusieurs postes, dont un poste de chef comptable qui n'avait pas été mentionné à l'occasion de la réunion du 8 janvier 2019, lors de l'entretien préalable à son licenciement, il est constant que ces propositions ont été faites oralement, sans indications précises et écrites. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'inspectrice du travail a rejeté la demande d'autorisation de licenciement de Mme C. Par suite, le moyen tiré de ce que la société Dépil Tech n'aurait pas méconnu son obligation de reclassement doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes n°s 2000011 et 2001191 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. Par suite les conclusions présentées sur ce fondement par l'association Azur Développement Services doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes enregistrées sous les n°s 2000011 et 2001191 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Dépil Tech,à Mme C et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mear, présidente,

Mme Kolf, conseillère,

M. Cherief, conseiller,

assistés de Mme Suner, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

H. CHERIEF

La présidente,

signé

J. MEAR La greffière,

signé

V. SUNER

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière.

N°s 2000011-2001191

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