mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2000101 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 janvier 2020, 29 octobre 2021 et 17 janvier 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Sud Foncier, représentée par Me Jacquemin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2019 par lequel le maire de Vence s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle a déposée en vue de la division foncière des parcelles cadastrées section AT n°130 et 131, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de Vence de lui délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Vence la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente et ne vise aucune délégation de signature ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- les motifs tirés de l'absence d'accès et de desserte communs aux lots et de la prétendue insuffisance de la desserte du projet sont illégaux.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 septembre, 29 novembre 2021 et 14 février 2022, la commune de Vence, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 3 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soler,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Cerbello, substituant Me Jacquemin, représentant la société requérante, et de Me Plenot, représentant la commune de Vence.
Considérant ce qui suit :
1. La société Sud Foncier a déposé, le 6 juin 2019, une déclaration préalable en vue de la division foncière des parcelles cadastrées section AT n°130 et 131 situées sur le territoire de la commune de Vence. Par un arrêté du 11 juillet 2019, le maire de Vence s'est opposé à cette déclaration préalable. Par un courrier, reçu le 9 septembre 2019 par la commune, la société Sud Foncier a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Par sa requête, la société Sud Foncier demande l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2019, ensemble de la décision rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". Aux termes de l'article L. 442-3 du même code : " Les lotissements qui ne sont pas soumis à la délivrance d'un permis d'aménager doivent faire l'objet d'une déclaration préalable ". L'article R.*421-19 du code de l'urbanisme précise : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : / a) Les lotissements : / -qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement. Les équipements pris en compte sont les équipements dont la réalisation est à la charge du lotisseur ; / () ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la division de lots réalisée en vue de construire, si elle nécessite la réalisation d'une voie d'accès commune à l'ensemble des lots, est soumise à l'obligation d'obtenir un permis d'aménager en vertu de l'article R.*421-19 du code de l'urbanisme.
4. En l'espèce, contrairement à ce que soutient la société déclarante, il ressort des plans joints au dossier de déclaration préalable que deux accès sont prévus par le projet, un pour chaque lot, matérialisés par deux triangles rouges sur le plan coté DP 10. En tout état de cause, si une seule voie d'accès avait été prévue par le projet, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que celui-ci aurait été soumis à l'obligation d'obtenir un permis d'aménager et non à une déclaration préalable.
5. D'autre part, aux termes de l'article R.*441-9 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige : " La déclaration préalable précise : / a) L'identité du ou des déclarants, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; / b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; / c) La nature des travaux ou la description du projet de division ; / () " et aux termes de l'article R.*441-10 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan sommaire des lieux indiquant les bâtiments de toute nature existant sur le terrain ; / c) Un croquis et un plan coté dans les trois dimensions de l'aménagement faisant apparaître, s'il y a lieu, la ou les divisions projetées. / () ".
6. En l'espèce, contrairement à ce que soutient la société déclarante, dès lors que celle-ci avait matérialisé les accès dans le cadre du dossier joint à sa déclaration préalable, ceux-ci doivent être regardés comme faisant partie intégrante du projet de division et de l'aménagement déclaré, au sens des dispositions du c) de l'article R.*441-9 du code de l'urbanisme citées au point précédent, de sorte que la commune était fondée à s'assurer de la conformité de ceux-ci aux dispositions législatives et règlementaires applicables.
7. Enfin, aux termes de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable relatif aux accès et voirie : " Pour être constructible un terrain doit être desservi par des voies publiques ou privées dans les conditions répondant à l'importance ou à la destination du bâtiment ou des aménagements envisagés. Les caractéristiques des voies de desserte doivent être compatibles avec la circulation et l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie de sécurité civile et de ramassage des ordures ménagères ".
8. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
9. En premier lieu, les dispositions de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme citées au point 7 concernent uniquement les voies publiques ou privées desservant les constructions ou aménagements envisagés. Par suite, la circonstance que le projet en litige prévoirait plusieurs accès sur cette voie ou que ceux-ci ne disposeraient pas de pans coupés afin d'assurer une visibilité suffisante est inopérante pour apprécier le respect de ces dispositions. A cet égard, en application du principe d'indépendance des législations, les dispositions contenues dans le règlement métropolitain de voirie ne sont pas au nombre des dispositions dont l'autorité qui délivre les autorisations d'urbanisme doit assurer le respect et la méconnaissance de ces règles ne peut fonder une opposition à déclaration préalable. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le motif selon lequel le projet ne prévoirait pas d'accès commun aux deux lots est illégal.
10. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que les deux lots projetés sont desservis par une voie existante, démarrant au droit du chemin de l'Ormée et desservant une dizaine de constructions. D'une part, le service départemental d'incendie et de secours, qui, contrairement à ce que soutient la commune en défense, ne s'est pas prononcé au regard de la seule adresse postale du projet mais au regard du dossier qui lui avait été transmis comprenant notamment un plan coté DP 10 présentant l'accès au projet par la voie démarrant au droit du chemin de l'Ormée, a, par un avis favorable du 24 juin 2019, estimé que les caractéristiques de la voie de desserte étaient compatibles avec la circulation et l'utilisation des engins de secours. D'autre part, la commune soutient en défense que la desserte du projet n'est pas adaptée à l'importance des aménagements envisagés dès lors que cette voie est étroite, pentue, dépourvue de trottoir ou d'aménagement, ne mesure pas 5 mètres de large sauf très ponctuellement et ne permet pas le croisement des véhicules. Toutefois, alors que le projet prévoit seulement la réalisation d'un lot à bâtir supplémentaire d'une surface de 1 245 m², que la voie en litige dessert déjà une dizaine de constructions et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que cette desserte serait actuellement inadaptée aux constructions existantes, la commune a fait une inexacte application des dispositions de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme citées au point 7 en estimant que les caractéristiques de cette voie ne serait pas adaptées à l'aménagement envisagé. Il suit de là que la société déclarante est fondée à soutenir que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UD 3 du règlement du plan local d'urbanisme en raison de l'insuffisance de la voie de desserte est illégal.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Sud Foncier est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 juillet 2019, ensemble de la décision rejetant son recours gracieux. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par la société requérante n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. D'une part, l'article L. 911-1 du code de justice administrative dispose que : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
13. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / () ".
14. Il résulte du présent jugement que les deux motifs énoncés par le maire de Vence, conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, dans son arrêté du 11 juillet 2019, ont été censurés. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif que le maire n'aurait pas relevé serait susceptible de fonder une décision d'opposition au projet de la société Sud Foncier ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement fasse obstacle à ce qu'il soit enjoint au maire de délivrer une décision de non-opposition. Il y a donc lieu de prescrire à cette autorité d'y procéder, dans un délai qu'il convient de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Sud Foncier, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Vence demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Vence une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Sud Foncier et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Vence du 11 juillet 2019 est annulé, ensemble la décision rejetant le recours gracieux de la société Sud Foncier.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Vence de délivrer à la société Sud Foncier une décision de non-opposition et ce, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Vence versera à la société Sud Foncier une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Vence présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Sud Foncier et à la commune de Vence.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023
La rapporteure,
Signé
N. SOLER
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
O. MOULOUD
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026