jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2000137 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | KOUAKOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 janvier 2020 et 5 mai 2022, Mme C D épouse E, représentée par Me Kouakou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'État à lui verser une somme totale de 86 290 euros, en réparation des préjudices nés de l'agression dont elle a été victime le 5 mars 2014 ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 20 novembre 2018 ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance ;
4°) d'ordonner l'exécution provisoire de la décision à intervenir.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors qu'au moment des faits, l'auteure des violences qu'elle a subies était placée sous la garde des services de la direction territoriale de la Protection judiciaire de la jeunesse des Alpes-Maritimes ;
- elle est dès lors fondée à demander la réparation des préjudices qui en sont résultés, à hauteur des sommes suivantes :
* une somme de 70 290 euros en réparation du préjudice économique né de la perte de son activité professionnelle ;
* une somme de 3 000 en réparation de son préjudice corporel ;
* une somme de 8 000 euros en réparation de son préjudice matériel ;
* et une somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut principalement au rejet de la requête, et subsidiairement à ce que l'indemnisation éventuellement accordée soit ramenée à de plus justes proportions.
Le ministre soutient :
- à titre principal, que les préjudices allégués ne sont pas justifiés ;
- à titre subsidiaire, qu'il y a lieu, en tout état de cause, de ramener l'indemnisation sollicitée à de plus justes proportions.
Par ordonnance en date du 6 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 mai 2022.
Un mémoire a été enregistré le 15 décembre 2022 pour Mme D, épouse E, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 45-174 du 2 février 1945 relative à l'enfance délinquante ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 12 janvier 2023 :
- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Kouakou, pour la requérante ;
- le garde des Sceaux, ministre de la justice, n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, épouse E, a conclu avec la direction territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse des Alpes-Maritimes, par l'intermédiaire de l'unité éducative d'hébergement collectif de Nice, une convention de prise en charge d'une mineure, Mme A B, née le 14 novembre 1998. Cette convention, en date du 23 janvier 2014, dispose notamment que " c'est le service éducatif chargé de la mesure qui assure la responsabilité et le suivi de la prise en charge éducative " et que " toute difficulté particulière rencontrée pendant le séjour devrait faire l'objet d'une information rapide au service éducatif qui reste responsable du jeune confié ". Par courrier en date du 20 novembre 2018, Mme D, épouse E, a formé une demande préalable d'indemnisation pour les préjudices qu'elle estime avoir subis suite aux violences commises à son encontre le 5 mars 2014 par Mme B, qu'elle hébergeait à son domicile en tant que famille d'accueil en vertu d'une convention de prise en charge. Cette demande ayant été implicitement rejetée, elle demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 86 290 euros.
Sur la responsabilité de l'État :
2. Aux termes de l'article 10 de l'ordonnance du 2 février 1945 relative à l'enfance délinquante : " Le juge des enfants et le juge d'instruction () pourront confier provisoirement le mineur mis en examen : 1° A ses parents, à son tuteur ou à la personne qui en avait la garde, ainsi qu'à une personne digne de confiance () ; 2° A un centre d'accueil ; 3° A une section d'accueil d'une institution publique ou privée habilitée à cet effet ; 4° Au service de l'assistance à l'enfance ou à un établissement hospitalier ; 5° A un établissement ou à une institution d'éducation, de formation professionnelle ou de soins, de l'Etat ou d'une administration publique, habilité. / S'ils estiment que l'état physique ou psychique du mineur justifie une observation approfondie, ils pourront ordonner son placement provisoire dans un centre d'observation institué ou agréé par le ministre de la justice. / La garde provisoire pourra, le cas échéant, être exercée sous le régime de la liberté surveillée. / Le juge des enfants saisi de la procédure est compétent pour modifier ou révoquer la mesure de garde jusqu'à la comparution du mineur devant le tribunal pour enfant ".
3. La décision par laquelle le juge des enfants confie la garde d'un mineur au titre de l'article 10 de l'ordonnance du 2 février 1945, à l'une des personnes mentionnées par cette ordonnance, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont elle se trouve ainsi investie lorsque le mineur lui a été confié, sa responsabilité peut être engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur. La condamnation de l'Etat est cependant subordonnée à la démonstration de l'existence d'un lien de causalité direct entre le préjudice invoqué et la mesure de placement. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.
4. En l'espèce, il est constant que Mme B, auteure, le 5 mars 2014, de violences ayant entrainé une incapacité totale de travail de deux jours à l'encontre de la requérante, relevait des services de la protection judiciaire de la jeunesse. En outre, le garde des Sceaux, ministre de la justice, ne conteste pas le principe de l'engagement de la responsabilité de l'Etat à raison des dommages causés à la requérante par la mineure qu'elle hébergeait.
Sur les préjudices :
S'agissant du préjudice économique :
5. Si la requérante fait valoir le fait qu'elle n'a pas pu travailler pendant 33 mois, en raison de la décision de la protection judiciaire de la jeunesse de retrait de la mineure qui lui était confiée, d'une part elle n'établit cependant pas qu'elle aurait été dans l'impossibilité de poursuivre toute activité professionnelle, et d'autre part, et en tout état de cause, elle ne justifie pas de la réalité du montant de 70 290 euros demandé. Par suite, elle n'est pas fondée à demander une indemnisation au titre du préjudice susmentionné.
S'agissant du préjudice corporel :
6. Il résulte de l'instruction que la requérante a subi une incapacité totale de travail de deux jours ainsi qu'une fausse couche. Le lien de causalité des préjudices susmentionnés avec l'agression subie par la requérante doit être considéré comme établi au regard des éléments du dossier. Par suite, il sera fait une juste appréciation de la réparation due à la requérante au titre des préjudices en cause en lui allouant une somme de 3.000 euros.
S'agissant du préjudice matériel :
7. Si la requérante soutient avoir subi un préjudice matériel s'élevant à la somme de 8 000 euros, au titre des dégradations qu'elle a subies dans son logement, le préjudice ainsi allégué n'est toutefois pas établi. Par suite, elle n'est pas fondée à demander une indemnisation au titre du préjudice susmentionné.
S'agissant du préjudice moral :
8. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par la requérante en lui allouant à ce titre une somme de 5 000 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D, épouse E, est fondée à demander la condamnation de l'État à lui verser la somme totale de 8 000 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 22 novembre 2018, date de notification de sa demande préalable.
Sur les dépens :
10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens au sens des dispositions de l'article R 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées à ce titre sont sans objet et doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Une somme de 1 200 euros est mise à la charge de l'Etat, au profit de la requérante, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur l'exécution provisoire du jugement :
12. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné d'exécuter provisoirement le présent jugement ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 8 000 euros à Mme D, épouse E. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 novembre 2018.
Article 2 : L'Etat versera à la requérante la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme C D, épouse E, et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée à la direction territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse des Alpes-Maritimes et à Mme A B.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Le Guennec, conseillère,
M. Combot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 février 2023.
Le président-rapporteur,
signé
F. SILVESTRE-TOUSSAINT-FORTESA
La greffière,
signé
C. SUSSENL'assesseur le plus ancien,
signé
B. LE GUENNECLa République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
C. SUSSEN
N°2000137
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026