mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2000525 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LEMAIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 février 2020, M. C A, représenté par Me Lemaire, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2019 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a procédé à la fermeture administrative pour une durée de 15 jours de son établissement " Le Burger Pizza de Léo " situé au n° 81 boulevard François Grosso à Nice ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de compétence dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaisse des droits de la défense dès lors que le rapport de la police municipale ne lui a pas été communiqué ;
- elle a été prise à l'issue de perquisitions menées dans le cadre d'une procédure déloyale et délictuelle ;
- elle méconnaît l'article L. 3332-15 du code de la santé publique dès lors que la fermeture administrative n'a pas été précédée d'un avertissement ;
- le délit de travail dissimulé, l'absence de déclaration d'un système de vidéosurveillance et le défaut de déclaration de vente de boissons alcoolisées à emporter qui lui reprochés ne sont pas constitués ;
- la durée de fermeture administrative est disproportionnée ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les principes de la liberté du commerce et d'industrie.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.
Une mise en demeure a été adressée le 30 août 2021 au préfet des Alpes-Maritimes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duroux, conseillère,
- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lemaire, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 février 2019, la pizzeria " Le Burger Pizza de Léo " située au n° 81 boulevard François Grosso à Nice et exploitée par M. A a fait l'objet d'une opération de contrôle par les services de l'URSSAF et les services la ville de Nice compétents notamment en matière d'hygiène alimentaire, accompagnés de policiers municipaux. A la suite de cette opération, le préfet des Alpes-Maritimes a informé M. A qu'une mesure de fermeture administrative d'une durée de 3 mois était susceptible d'être prononcée à l'encontre de son établissement pour délit de travail dissimulé, absence de déclaration d'un système de vidéosurveillance et défaut de déclaration de vente de boissons alcoolisées. Après un entretien qui s'est déroulé le 3 avril 2019 et la réception des observations écrites de M. A, le préfet des Alpes-Maritimes a, par un arrêté du 26 juillet 2019, fermé l'établissement exploité par M. A pour une durée de 15 jours. Par une ordonnance du 6 février 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a suspendu l'exécution de l'arrêté préfectoral du 26 juillet 2020. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2019-429 du 3 mai 2019 régulièrement publié le 13 mai 2019 au recueil spécial n° 96.2019 des actes administratifs de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. D B, sous-préfet, directeur de cabinet du préfet des Alpes-Maritimes, a reçu délégation du préfet des Alpes-Maritimes pour signer notamment les arrêtés pour les matières relevant des attributions de la direction des sécurités. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B pour signer la décision attaquée manque en fait et doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de justice administrative : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. ".
4. En l'espèce, le requérant soutient que les droits de la défense n'ont pas été respectés dès lors que le rapport de la police municipale sur lequel le préfet se serait exclusivement fondé pour prendre sa décision ne lui a pas été communiqué. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir informé M. A, par courrier du 13 mars 2019, qu'une mesure de fermeture administrative d'une durée de 3 mois était susceptible d'être prononcée à l'encontre de son établissement, le préfet des Alpes-Maritimes a reçu l'intéressé lors d'un entretien qui s'est déroulé le 3 avril 2019 au cours duquel il a pu faire valoir ses observations orales. Le requérant a également communiqué ses observations écrites par courrier du 20 avril 2019. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le principe du contradictoire a été méconnu. Le moyen sera donc écarté.
5. En troisième lieu, le requérant cite l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration relatif à la motivation des actes administratifs en visant de manière erroné l'article L. 221-1 du code de justice administrative. A supposer que le requérant entende soulever le moyen tiré du défaut de motivation, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci comporte les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Le moyen sera donc écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient le requérant, la police municipale n'a pas effectué des perquisitions judiciaires lors du contrôle de son établissement le 6 février 2019. En effet, il ressort des rapports établis le 8 février 2012 que les policiers municipaux se sont déplacés dans l'établissement du requérant dans le cadre d'une opération coordonnée de contrôle de commerce en lien avec les services de l'URSSAF et les services de la ville de Nice compétents en matière d'hygiène alimentaire, de sécurité, d'occupation du domaine public et de police des débits de boissons. Au cours de cette visite sur place, les agents de la police municipale ont constaté la présence de quatre caméras de vidéoprotection à l'intérieur de l'établissement ainsi que des bouteilles de vins proposées pour la vente à emporter ou la livraison. Il ressort également des rapports que seuls les agents de l'URSSAF ont procédé au contrôle d'identité d'un personnel de l'établissement qui se trouvait en situation de travail dissimulé. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la procédure serait déloyale et délictuelle ni qu'elle serait contraire aux articles 4 et 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, à l'article 66 de la Constitution et aux article 53 et 76 du code de procédure pénale. Au surplus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la police municipale ne figure pas sur la liste des personnes habilitées au contrôle des entreprises établies par l'article L. 8771-1-2 du code de sécurité sociale dès lors que ces dispositions n'existent pas. Le moyen sera donc écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements. / Cette fermeture doit être précédée d'un avertissement qui peut, le cas échéant, s'y substituer, lorsque les faits susceptibles de justifier cette fermeture résultent d'une défaillance exceptionnelle de l'exploitant ou à laquelle il lui est aisé de remédier. / 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. Le représentant de l'Etat dans le département peut réduire la durée de cette fermeture lorsque l'exploitant s'engage à suivre la formation donnant lieu à la délivrance d'un permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. / 3. Lorsque la fermeture est motivée par des actes criminels ou délictueux prévus par les dispositions pénales en vigueur, à l'exception des infractions visées au 1, la fermeture peut être prononcée pour six mois. Dans ce cas, la fermeture entraîne l'annulation du permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. / 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation. / 5. Les mesures prises en application du présent article sont soumises aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration. / 6. A Paris, les compétences dévolues au représentant de l'Etat dans le département par le présent article sont exercées par le préfet de police. ".
8. Aux termes de l'article de l'article L. 8221-1 du code du travail : " Sont interdits : / 1° Le travail totalement ou partiellement dissimulé, défini et exercé dans les conditions prévues aux articles L .8221-3 et L .8221-5 ; () ; / 3° Le fait de recourir sciemment, directement ou par personne interposée, aux services de celui qui exerce un travail dissimulé". Aux termes de l'article L. 8221-5 du même code : " Est réputé travail dissimulé par dissimulation d'emploi salarié le fait pour tout employeur : / 1° Soit de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 1221-10, relatif à la déclaration préalable à l'embauche ; / 2° Soit de se soustraire intentionnellement à l'accomplissement de la formalité prévue à l'article L. 3243-2, relatif à la délivrance d'un bulletin de paie, ou de mentionner sur ce dernier un nombre d'heures de travail inférieur à celui réellement accompli, si cette mention ne résulte pas d'une convention ou d'un accord collectif d'aménagement du temps de travail conclu en application du titre II du livre Ier de la troisième partie ; / 3° Soit de se soustraire intentionnellement aux déclarations relatives aux salaires ou aux cotisations sociales assises sur ceux-ci auprès des organismes de recouvrement des contributions et cotisations sociales ou de l'administration fiscale en vertu des dispositions légales. ".
9. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de la décision attaquée que le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de procéder à la fermeture administrative de l'établissement exploité par M. A sur le fondement de l'alinéa 3 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique précité, lequel ne prévoit pas que la mesure de fermeture doit être précédée d'un avertissement. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Le moyen sera donc écarté.
10. En deuxième lieu, le requérant soutient que le délit de travail dissimulé, l'absence de déclaration d'un système de vidéosurveillance et le défaut de déclaration de vente de boissons alcoolisées à emporter qui lui reprochés ne sont pas constitués.
11. Il ressort des pièces du dossier que les agents de l'URSSAF ont constaté qu'une personne qui était en train de travailler au sein de l'établissement ne faisait pas partie du personnel déclaré. Le requérant soutient, en se prévalant des dispositions de l'article L. 142-4 et suivants du code de la sécurité sociale, que le travail dissimulé ne peut être établi qu'à l'expiration de voies de recours. Toutefois, ces dispositions relatives au contentieux de la sécurité sociale et de l'admission à l'aide sociale ne sont pas applicables en l'espèce. S'agissant de l'absence de déclaration d'un système de vidéosurveillance, le requérant ne conteste pas utilement ni que son établissement soit équipé d'un système de vidéosurveillance composé de quatre caméras ni qu'il ne bénéficie d'aucune autorisation préalable. De surcroît, il ressort des termes de la décision attaquée que le requérant a indiqué dans ses observations orales et écrites qu'il avait effectué une demande d'autorisation pour l'exploitation d'un système de vidéosurveillance postérieurement au contrôle. Par ailleurs, si le préfet s'est également fondé sur l'absence de déclaration de vente de boissons alcoolisées, ce fait étant constitutif d'une contravention et non d'un acte criminel ou délictueux ne pouvait justifier la mesure attaquée sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique. Toutefois, le préfet a pu prendre la décision de fermeture au regard des dispositions du 3° de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique en retenant, ainsi qu'il a été dit précédemment, le délit de travail dissimulé et l'absence de déclaration d'un système de vidéosurveillance qui sont établis. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En troisième lieu, la durée de 15 jours que le préfet des Alpes-Maritimes a fixé pour la mesure de fermeture administrative de l'établissement " Le Burger Pizza de Léo " exploité par le requérant n'apparaît pas manifestement disproportionnée eu égard aux faits reprochés et alors même que la durée initiale envisagée était de trois mois. Par suite, le moyen tiré de ce que la mesure de fermeture administrative serait disproportionnée doit être écarté.
13. En quatrième et dernier lieu, eu égard aux faits reprochés et à la durée de la fermeture limitée à 15 jours, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait contraire aux principes de liberté du commerce et de l'industrie. Le moyen sera donc écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation du requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pascal, président,
Mme Duroux, conseillère,
Mme Chaumont, conseillère,
assistés de Mme Ravera, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
G. DUROUX
Le président,
signé
F.PASCAL La greffière,
signé
C. RAVERA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef
Ou par délégation, le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
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01/06/2026