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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2000773

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2000773

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2000773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantSCP A.B.C.G. (ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE ROMAND)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2020, M. A B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte de 6 points sur son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 5 juin 2018, a récapitulé les pertes de points antérieures, a constaté la perte de validité de son titre de conduite pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer dans un délai de dix jours, ainsi que la décision résultant du silence gardé sur son recours gracieux ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 18 février et 5 juin 2018 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points sont entachées d'un vice de procédure tiré du défaut d'information prévu par l'article L. 223-3 du code de la route ;

- la décision d'invalidation du permis de conduire est illégale dès lors que sont illégales les décisions de retrait de points ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de ce que les décisions de retrait de points contestées ne lui ont jamais été notifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal :

- de prononcer un non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision 48SI du 18 octobre 2019 en tant qu'elle invalide son permis pour solde nul et contre la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 5 juin 2018 ;

- de rejeter le surplus des conclusions.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision 48SI, en tant qu'elle invalide le permis pour solde de points nul, et contre la décision de retrait de points suite à l'infraction du 5 juin 2018 sont sans objet ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bonhomme, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 21 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de plusieurs infractions au code de la route, entraînant des retraits de points de son permis de conduire, M. B a fait l'objet d'une décision référencée " 48 SI ", du 18 octobre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire et a constaté son invalidité par défaut de points. Le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision, ainsi que la décision résultant du silence gardé sur son recours gracieux, et les décisions antérieures de retrait de points relatives aux infractions commises les 18 février et 5 juin 2018.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que les mentions relatives à la décision référencée " 48 SI ", en tant qu'elle porte invalidation du permis de conduire de M. B et injonction de le restituer, et à la décision portant retrait de points suite à l'infraction du 5 juin 2018 ne figurent plus sur le relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur et édité en cours d'instance le 27 juillet 2020, qui fait apparaître un solde positif avec huit points sur douze. Dès lors, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré, postérieurement à la date d'introduction de la requête, cette mesure d'invalidation et la décision de retrait de points. En conséquence, les conclusions tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " et de la décision portant retrait de points suite à l'infraction du 5 juin 2018 contestées sont, dans cette mesure, devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision portant retrait de points suite à l'infraction du 18 février 2018 à 1h48 :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

4. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant que l'infraction commise le 18 février 2018 à 1h48 a été relevée par radar automatique, ainsi que le prouvent les mentions " tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé) " et a fait l'objet d'un paiement de l'amende forfaitaire. Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention pour cette infraction. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant, dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction, à défaut pour l'intéressé de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets. Dans ces conditions M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de retrait de points prise à la suite de cette infraction l'aurait été au terme d'une procédure irrégulière.

Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision portant retrait de points suite à l'infraction du 18 février 2018 à 2h :

5. Lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la formalité d'information est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et particulièrement des mentions du relevé d'information intégral de M. B, que l'infraction visée ci-dessus a fait l'objet d'une condamnation pénale devenue définitive prononcée le 9 octobre 2018 par le tribunal de grande instance de Nice. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 3 doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de points suite à l'infraction du 18 février 2018.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions mentionnées ci-dessus doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, la présente instance n'a pas engendré de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée " 48 " par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré un point au permis de conduire de M. B suite à la commission d'une infraction, le 5 juin 2018, ainsi que sur celles tendant à l'annulation de la décision d'invalidation de son permis de conduire du 18 octobre 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

M.L. DAVERIO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2000773

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