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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2000916

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2000916

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2000916
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP AMIEL-SUSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 février et 8 décembre 2020, la société civile immobilière (SCI) du château de Saint-Jeannet, représentée par Me Susini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2019 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a ordonné l'exécution d'office des travaux de démolition des constructions irrégulièrement réalisées sur son ensemble immobilier dit du " château de La Gaude " en application de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux daté du 25 octobre 2019 née du silence gardé par le préfet sur ce recours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise sans qu'elle ait été mis à même de présenter des observations écrites ou orales en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme dès lors que l'exécution d'office des travaux de démolition ne pouvait intervenir sans que l'expulsion de la société Les trophées de Saint-Jeannet, titulaire d'un contrat de bail, n'ait été préalablement ordonnée par l'autorité judiciaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2020, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par Me Jacquemin, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insusceptible de recours ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mars 2023 :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Bessis-Osty, substituant Me Jacquemin, représentant le préfet des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. La société du château de Saint-Jeannet, propriétaire du domaine " château de La Gaude ", situé sur le territoire de la commune de Saint-Jeannet, et son gérant, M. B, ont réalisé des travaux sans autorisation lesquels ont été constatés par un procès-verbal du 14 août 2007. Par un jugement du tribunal correctionnel de Grasse du 21 janvier 2009, M. B a été déclaré coupable pour l'infraction d'exécution de travaux non autorisés par un permis de construire et pour l'infraction aux dispositions du plan local d'urbanisme de Saint-Jeannet et condamné à une amende délictuelle de 2 000 000 euros. La société le château de Saint-Jeannet a été reconnue coupable des mêmes infractions et condamnée à une amende délictuelle de 3 000 000 euros. Par un arrêt du 8 février 2011, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a relaxé les prévenus de cinq infractions, les a déclarés coupables pour le surplus de la prévention, a condamné la société du château de Saint-Jeannet et M. B à une amende de 300 000 euros chacun et a ordonné la remise en état à la charge des prévenus, dans un délai d'un an, sous astreinte de 75 euros par jour de retard, de la pergola sur terrasse avec la mise en place de treize piliers en pierre, la pool house d'une terrasse bétonnée de 65 m² , la pergola sur cette terrasse avec mise en place de quatre piliers en pierre, la construction de 220 m² au lieu et place de la " petite maison " et de la zone de vie des ouvriers et de ses sanitaires. Cet arrêt est devenu définitif, le pourvoi en cassation ayant été rejeté par un arrêt de la Cour de cassation du 29 novembre 2011. Par un courrier du 19 janvier 2017, le préfet des Alpes-Maritimes a alors informé la société requérante et son gérant qu'en application de l'arrêt du 8 février 2011 et de l'article L 480-9 du code de l'urbanisme, après plusieurs liquidations d'astreinte et en l'absence d'exécution totale de cet arrêt, il envisageait de prendre un arrêté décidant d'effectuer, en leur lieu et place et à leur frais et risques, les travaux prévus par cette décision pénale devenue définitive. Par une mise en demeure du 15 mars 2017, le préfet des Alpes-Maritimes a informé la société requérante qu'en l'absence d'exécution de l'arrêt de la cour d'appel dans les huit jours, il procéderait aux travaux de démolition. Par une décision du 27 septembre 2019, le préfet des Alpes-Maritimes a ordonné l'exécution d'office des travaux de démolition de la " zone de vie des ouvriers " en application des dispositions précitées de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme. Par sa requête, la société requérante demande l'annulation de cette décision, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux daté du 25 octobre 2019 née du silence gardé par le préfet des Alpes-Maritimes sur ce recours.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Alpes-Maritimes :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme : " Si, à l'expiration du délai fixé par le jugement, la démolition, la mise en conformité ou la remise en état ordonnée n'est pas complètement achevée, le maire ou le fonctionnaire compétent peut faire procéder d'office à tous travaux nécessaires à l'exécution de la décision de justice aux frais et risques du bénéficiaire des travaux irréguliers ou de l'utilisation irrégulière du sol. / Au cas où les travaux porteraient atteinte à des droits acquis par des tiers sur les lieux ou ouvrages visés, le maire ou le fonctionnaire compétent ne pourra faire procéder aux travaux mentionnés à l'alinéa précédent qu'après décision du tribunal de grande instance qui ordonnera, le cas échéant, l'expulsion de tous occupants ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'en application des dispositions précitées de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme, le préfet des Alpes-Maritimes a, par une lettre du 15 mars 2017, mis en demeure la société du château de Saint-Jeannet de procéder, sous huit jours, aux travaux nécessaires à l'exécution de l'arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence du 8 février 2011. Cette lettre indiquait expressément qu'elle valait " décision administrative d'exécution d'office " en cas de manquement à ses obligations de la part de la société requérante. Si, par la décision attaquée du 27 septembre 2019, le préfet a informé la société requérante des modalités pratiques de cette exécution d'office, elle constitue toutefois un simple courrier d'information dans le prolongement de la décision du 15 mars 2017 laquelle constituait la seule décision susceptible de faire grief à la société requérante et donc d'être attaquée devant le juge de l'excès de pouvoir. Dans ces conditions, eu égard à son caractère purement informatif, la décision attaquée du 27 septembre 2019 n'est pas susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Par suite, il y a lieu de faire droit à la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Alpes-Maritimes et de rejeter comme étant irrecevables les conclusions à fin d'annulation présentées par la société requérante à l'encontre de cette décision. Par voie de conséquence, doivent également être écartées les conclusions à fin d'annulation de la décision portant rejet du recours gracieux présenté par la société requérante le 25 octobre 2019, née du silence gardé par le préfet sur ce recours.

5. En tout état de cause, à supposer que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 septembre 2019 aient été recevables, les moyens présentés par la société requérante étaient, en tout état de cause, infondés dès lors que, d'une part, par un courrier du 19 janvier 2017, le préfet l'avait invitée à faire valoir ses observations après l'avoir informée qu'il envisageait de procéder d'office aux travaux nécessaires à l'exécution de l'arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence du 8 février 2011 et, d'autre part, que la société Les trophées de Saint-Jeannet ne peut être regardée comme une occupante dont l'expulsion devait, en application du deuxième alinéa de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme, être ordonnée par voie judiciaire avant la démolition des constructions litigieuses.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme demandée par la société requérante, au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette société une somme de 1 500 euros à verser à l'Etat au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société du château Saint-Jeannet est rejetée.

Article 2 : La société du château Saint-Jeannet versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière du château Saint-Jeannet et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une copie sera adressée pour information au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. HOLZER

Le président,

Signé

T. BONHOMME

La greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2000916

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