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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001192

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001192

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL BRL - BAUDUCCO - ROTA - LHOTELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2020, M. C B et Mme A D épouse B, représentés par Me Bauducco, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 janvier 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a retiré l'autorisation de défrichement partiel de leur parcelle cadastrée section MD n°229 située chemin des Sablières à Nice, qu'il leur avait implicitement accordée ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- en retirant l'autorisation de défrichement implicitement accordée sur les motifs tirés de ce que le maintien de la destination forestière de la parcelle concernée est nécessaire en application des dispositions du 1°, 8° et 9° de l'article L. 341-5 du code forestier, le préfet des Alpes-Maritimes a entaché la décision litigieuse d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code forestier ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2023 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er mars 2019, M. B a déposé une demande d'autorisation de défrichement partiel de sa parcelle cadastrée section MD n°229, située chemin des Sablières à Nice. Par des courriers datés des 13 mars et 16 septembre 2019, la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes a demandé au pétitionnaire, dans le cadre de l'instruction de sa demande, de lui fournir des pièces complémentaires, lesquelles ont été transmises par ce dernier. Par un courrier daté du 8 novembre 2019, cette même direction de la préfecture des Alpes-Maritimes a informé M. B, d'une part, du caractère complet de sa demande de défrichement à compter du 13 septembre 2019 et, d'autre part, de la prorogation du délai d'instruction porté à quatre mois, expirant ainsi le 13 janvier 2020. Par une décision datée du 13 janvier 2020 mais notifiée le 15 janvier suivant, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de faire droit à la demande de défrichement de M. B. Par sa requête, les époux B demandent au tribunal d'annuler cette décision.

Sur le cadre du litige :

2. Aux termes de l'article R. 341-4 du code forestier : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 341-6, la demande présentée sur le fondement de l'article L. 341-3 est réputée acceptée à défaut de décision du préfet notifiée dans le délai de deux mois à compter de la réception du dossier complet. () / Lorsque le préfet estime, compte tenu des éléments du dossier, qu'une reconnaissance de la situation et de l'état des terrains est nécessaire, il porte le délai d'instruction à quatre mois et en informe le demandeur dans les deux mois suivant la réception du dossier complet. Il peut, par une décision motivée, proroger ce délai d'une durée complémentaire de trois mois, notamment lorsque les conditions climatiques ont rendu la reconnaissance impossible. ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier daté du 8 novembre 2019, la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes a informé M. B, d'une part, du caractère complet de sa demande de défrichement à compter du 13 septembre 2019 et, d'autre part, de la prorogation du délai d'instruction porté à quatre mois, expirant ainsi le 13 janvier 2020. Si par la décision attaquée datée du 13 janvier 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a expressément refusé de délivrer l'autorisation de défrichement sollicitée, il ressort des pièces du dossier que cette décision n'a toutefois été notifiée à M. B que le 15 janvier suivant, sans que cela ne soit d'ailleurs contesté, en défense, par le préfet des Alpes-Maritimes. Ainsi, et en l'absence de toute notification de la décision attaquée avant l'expiration du délai d'instruction le 13 janvier 2020, M. B devait être regardé comme étant bénéficiaire, à l'expiration de ce délai, d'une autorisation tacite de défrichement sur sa parcelle. Par suite, la décision attaquée ne peut que s'analyser comme une décision de retrait de l'autorisation de défrichement tacitement accordée à M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'autorisation tacite de défrichement :

4. Aux termes de l'article L. 341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière. / Est également un défrichement toute opération volontaire entraînant indirectement et à terme les mêmes conséquences, sauf si elle est entreprise en application d'une servitude d'utilité publique. / La destruction accidentelle ou volontaire du boisement ne fait pas disparaître la destination forestière du terrain, qui reste soumis aux dispositions du présent titre. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 341-3 de ce même code : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 341-5 du même code : " L'autorisation de défrichement peut être refusée lorsque la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est reconnu nécessaire à une ou plusieurs des fonctions suivantes : / 1° Au maintien des terres sur les montagnes ou sur les pentes ; / () 8° A l'équilibre biologique d'une région ou d'un territoire présentant un intérêt remarquable et motivé du point de vue de la préservation des espèces animales ou végétales et de l'écosystème ou au bien-être de la population ; / 9° A la protection des personnes et des biens et de l'ensemble forestier dans le ressort duquel ils sont situés contre les risques naturels, notamment les incendies et les avalanches. ".

5. En l'espèce, le préfet des Alpes-Maritimes a retenu, pour considérer que l'autorisation tacite de défrichement accordée à M. B était illégale, trois motifs tirés respectivement du fait que le maintien de la destination forestière de la parcelle litigieuse est nécessaire en application des 1°, 8° et 9° de l'article L. 341-5 du code forestier précité.

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le terrain concerné par la demande de défrichement litigieuse présente une forte pente, comprise, aux termes du procès-verbal de reconnaissance de bois à défricher du 20 décembre 2019 établi par la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes, entre 20 et 50%. Le rapport d'étude établi le 5 février 2019 par le cabinet d'expertise Vernet décrit ce terrain comme présentant " une forte pente vers les Nord-Est d'environ 83% sous l'horizontale ". En outre, il ressort de l'analyse du plan de zonage du plan de prévention des risques de mouvements de terrain (PPRMT) applicable sur le territoire de la commune de Nice que la partie de la parcelle concernée par l'opération de défrichement est majoritairement située au sein d'une zone de risque fort dénommée " zone rouge RR* " qui se caractérise par la présence d'un aléa élevé d'éboulements ainsi que d'un autre aléa de mouvement de terrain (glissement, ravinement et/ou effondrement). L'existence de ces aléas est d'ailleurs confirmée tant par le rapport d'étude précité du cabinet d'expertise Vernet que par le procès-verbal de reconnaissance de bois à défricher de la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes. Par ailleurs, les photographies produites à l'appui de ce procès-verbal font état de l'instabilité du sol de ladite parcelle. Dans ces conditions, aucun des éléments dont se prévalent les requérants ne sont de nature à remettre en cause la réalité des risques ainsi identifiés sur leur terrain qui présente une forte déclivité. Par suite, en estimant que le maintien de la destination forestière de cette partie de la parcelle litigieuse était nécessaire au maintien des terres sur les pentes, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas fait une inexacte application des dispositions précités du 1° de l'article L. 341-5 du code forestier.

7. En deuxième lieu, d'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 341-1 du code forestier que le défrichement est une opération ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière. Ainsi, en sollicitant une demande de défrichement sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 341-1 et L. 341-3 du code forestier, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que leur demande ne portait que sur une simple opération d'entretien et de mise en sécurité de la parcelle litigieuse et qu'elle n'emportait aucun déboisement. D'autre part, en se bornant à soutenir que le défrichement est une obligation citoyenne rendue nécessaire dans l'intérêt des personnes et des biens, les requérants ne contestent pas utilement le motif tiré ce que le maintien de la destination forestière du sol est nécessaire en application des dispositions du 8° de l'article L. 341-5 du code forestier.

8. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que l'autorisation de défrichement litigieuse a pour objet notamment de limiter le risque d'incendie sans apporter aucun élément à l'appui d'une telle allégation, les requérants ne conteste pas utilement le motif tiré de ce que le maintien de la destination forestière de la parcelle est nécessaire en application des dispositions précitées du 9° de l'article L. 341-5 du code forestier.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée portant retrait de l'autorisation tacite de défrichement :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes () morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". La décision portant retrait d'une autorisation tacite de défrichement est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

10. En l'espèce, d'une part, la régularité de la motivation d'une décision administrative ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs. Dès lors, en contestant le bien-fondé des motifs par lesquels le préfet des Alpes-Maritimes a retiré l'autorisation de défrichement litigieuse, les requérants ne contestent pas utilement la régularité de la motivation de cette décision. D'autre part, si les requérants soutiennent que la description de la parcelle litigieuse dans le procès-verbal de reconnaissance de bois à défricher du 20 décembre 2019 établi par la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes est insuffisamment précise, une telle circonstance, à supposer d'ailleurs qu'elle soit établie, est toutefois sans incidence sur la régularité de la motivation de la décision attaquée. En tout état de cause, la décision litigieuse qui se réfère notamment aux dispositions des 1°, 8° et 9° de l'article L. 341-5 du code forestier et au procès-verbal précité du 20 décembre 2020, a permis aux requérants de comprendre les motifs de retrait de l'autorisation tacite de défrichement et de les contester utilement devant le tribunal. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

12. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que l'autorisation litigieuse de défrichement tacitement accordée à M. B est illégale au regard des motifs exposés aux points 6 à 8 de ce jugement. Dès lors, en procédant, dans le délai de quatre mois imparti par les dispositions précitées de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, au retrait d'une décision administrative créatrice de droits illégale, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu ces dispositions.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 13 janvier 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a retiré l'autorisation de défrichement qu'il leur avait implicitement accordée. Par suite, leurs conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A D épouse B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Duroux, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

M. HOLZER

Le président,

signé

F. PASCAL

La greffière,

signé

P.-B. ANTOINE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2001192

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