mercredi 12 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2001317 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MAUREL PIERRE-LOUIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mars 2020 et 20 avril 2022, M. D E, représenté par Me Maurel, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2019 par lequel le maire de Vallauris Golfe-Juan a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la réalisation d'une maison individuelle sur les parcelles cadastrées section AT n°s 148, 149 et 334, situées chemin de la glacière à Vallauris Golfe-Juan, ensemble la décision née du silence gardé par le maire sur son recours gracieux daté du 12 décembre 2019 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vallauris Golfe-Juan la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente faute pour le maire de Vallauris Golfe-Juan de justifier d'une délégation de signature régulière au profit de son signataire ;
- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut de motivation sérieuse ;
- en faisant application du plan de prévention du risque inondation avant même que ce plan ne soit approuvé, le maire de Vallauris Golfe-Juan a fait application d'une norme inexistante et a ainsi entaché l'arrêté attaqué d'une erreur de droit ;
- le maire ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour refuser de faire droit à sa demande de permis de construire en l'absence de risque d'inondation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, la commune de Vallauris Golfe-Juan conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens présentés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2023 :
- le rapport de M. Holzer,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de M. C, représentant la commune de Vallauris Golfe-Juan.
Considérant ce qui suit :
1. Par sa requête, M. E doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2019 par lequel le maire de Vallauris Golfe-Juan a refusé de lui délivrer un permis de construire portant sur la réalisation d'une maison individuelle sur les parcelles cadastrées section AT n°s 148, 149 et 334, situées chemin de la Glacière à Vallauris Golfe-Juan, ensemble la décision née du silence gardé par le maire sur son recours gracieux daté du 12 décembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par M. B A, adjoint au maire en charge de l'urbanisme lequel a reçu une délégation du maire à l'effet d'exercer les attributions en matière d'aménagement, d'urbanisme et d'habitat, par un arrêté du 15 avril 2014. Il ressort également des pièces du dossier que cet arrêté a fait l'objet d'une publication au recueil des actes administratifs n° 80 du deuxième trimestre 2014, ainsi qu'en atteste le certificat administratif du maire de Vallauris Golfe-Juan du 2 décembre 2014, d'un affichage en mairie le 18 avril 2014 et d'une transmission, ce même jour, au représentant de l'Etat dans le département. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente. Ce moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la motivation de l'arrêté attaqué :
3. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 / () ". Aux termes de l'article A 424-3 de ce même code : " L'arrêté indique, selon les cas : / () / b) Si le permis est refusé ou si la déclaration préalable fait l'objet d'une opposition ; / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article A 424-4 du code précité : " Dans les cas prévus aux b à f de l'article A. 424-3, l'arrêté précise les circonstances de droit et de fait qui motivent la décision () ".
4. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le maire de Vallauris-Golfe-Juan a visé les dispositions du code de l'urbanisme et plus particulièrement les dispositions de l'article R. 111-2 de ce code. Par ailleurs, il indique comme motif de refus, d'une part, que le projet litigieux " ne respecte pas les dispositions du PPRI en cours de révision " et, d'autre part, qu'il " est de nature à porter atteinte à la sécurité publique ". Ainsi, ces mentions ont permis à M. E de comprendre utilement les motifs pour lesquels sa demande de permis de construire a été refusée. En outre, la circonstance selon laquelle l'arrêté attaqué ne justifie pas de la mise à exécution anticipée du PPRI qui n'était pas encore approuvé à la date de l'arrêté attaqué est sans incidence sur la régularité de sa motivation dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité compétente ait entendu faire application d'une telle faculté prévue par les dispositions de l'article L. 562-2 du code de l'environnement. Dans ces conditions, et dès lors que la régularité de la motivation de l'arrêté attaqué ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, les moyens tirés de ce que cet arrêté est insuffisamment motivé et n'a pas fait l'objet d'une motivation sérieuse ne peuvent qu'être écartés.
En ce qui concerne le motif tiré de la méconnaissance du PPRI :
5. En application de l'article L. 562-1 du code de l'environnement, l'État élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles, en particulier pour les inondations, qui ont notamment pour objet de délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de leur nature et de leur intensité, d'y interdire les constructions ou la réalisation d'aménagements ou d'ouvrages ou de prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités. L'article L. 562-4 de ce même code précise que " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan local d'urbanisme, conformément à l'article L. 153-60 du code de l'urbanisme. / Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé fait l'objet d'un affichage en mairie et d'une publicité par voie de presse locale en vue d'informer les populations concernées ".
6. En l'espèce, d'une part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le projet, objet de la demande de M. E, " ne respecte pas les dispositions du PPRI en cours de révision ". Dans ces conditions, la commune de Vallauris Golfe-Juan n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas directement fondé son refus sur un tel document. D'autre part, il est constant que ce PPRI n'était pas approuvé à la date de la décision attaquée de telle sorte que le maire de Vallauris Golfe-Juan ne pouvait légalement se fonder sur un tel document pour refuser le permis de construire sollicité par le requérant. Ce dernier est donc fondé à soutenir que le maire a commis une erreur de droit en se fondant sur un document d'urbanisme qui n'était pas applicable à la date de la décision attaquée.
En ce qui concerne le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
7. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
8. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. A ce titre, l'autorité compétente doit prendre en compte les éléments d'information disponibles, en particulier les études réalisées dans le cadre de l'élaboration ou de la révision d'un plan de prévention des risques alors même que celui-ci n'est pas encore entré en vigueur, ni n'a fait l'objet d'une application anticipée.
9. D'une part, s'il résulte de ce qui a été au point 6 que le PPRI en cours d'adoption n'était pas applicable à la date de la décision attaquée, une telle circonstance ne s'opposait pas, conformément à ce qui a été dit au point précédent, à ce que le service instructeur prît en compte les informations issues de ce document non opposables, mais révélant l'existence d'un risque, pour l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
10. D'autre part, le requérant soutient que le maire ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour refuser de faire droit à sa demande de permis de construire en l'absence de risque d'inondation. Pour refuser le permis de construire litigieux, le maire de Vallauris Golfe-Juan s'est fondé sur la circonstance selon laquelle la majeure partie du terrain d'assiette du projet se situe dans une zone soumise à un risque d'aléa fort d'inondation (zone rouge) du projet de révision du PPRI tel que cela ressort notamment de l'avis défavorable du 16 août 2019 de la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) sur le projet litigieux. L'intensité d'un tel aléa a été définie au regard du croisement des hauteurs d'eau calculées sur le terrain d'assiette et les vitesses d'écoulement sur ce même terrain dont les valeurs retenues sont contestées par le requérant.
11. Toutefois, en se bornant, en premier lieu, à soutenir qu'il n'y a aucun risque pour la sécurité publique dans la mesure où le niveau NGF mesuré sur le terrain d'assiette du projet est supérieur à celui figurant au titre des prévisions du PPRI, le requérant ne conteste pas utilement l'appréciation de l'intensité de l'aléa relatif au risque d'inondation dès lors que, conformément à ce qui a été dit au point précédent, un tel aléa est évalué par le seul croisement des hauteurs d'eau calculées et les vitesses d'écoulement sur le terrain d'assiette concerné.
12. En deuxième lieu, si l'imprécision des éléments cartographiques annexés au PPRI en cours d'adoption ne permet pas d'apprécier, eu égard à un effet de pixellisation, la valeur exacte des hauteurs d'eau calculées à chaque point des parcelles concernées, il ressort des pièces du dossier que chacune de ces parcelles est toutefois concernée, par endroit, par une hauteur d'eau supérieure à 0,5 mètres, comme le reconnait d'ailleurs le requérant dans ses écritures. En outre, en se bornant à soutenir que compte tenu du fait que le terrain d'assiette du projet est végétalisé, la vitesse d'écoulement sera moindre que celle figurant sur les éléments cartographiques du PPRI laissant apparaitre une vitesse de l'ordre de 0,75 m/s à 1m/s, le requérant ne remet pas utilement en cause la réalité de l'évaluation de cette vitesse d'écoulement sur le terrain d'assiette du projet alors, qu'en tout état de cause, il ressort de ces éléments que, par endroits, une telle vitesse est de plus de 1 m/s. Dans ces conditions, à supposer, comme le soutient le requérant, que le terrain d'assiette du projet n'est pas concerné, dans son ensemble, par une hauteur d'eau supérieure à 0,5 mètres et par une vitesse d'écoulement supérieur à 0,75 mètres dont le croissement aboutit à l'évaluation d'un aléa d'inondation fort, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à plusieurs endroits de ces parcelles, de telles valeurs, voire des valeurs supérieures, sont bien observables, caractérisant ainsi, à ces endroits, un aléa d'inondation fort. Dans ces conditions, et alors que la DDTM avait émis un avis défavorable à ce projet en considérant que l'intégralité du terrain d'assiette est affecté par un aléa d'inondation fort, le maire de Vallauris Golfe-Juan n'a pas une inexacte application des dispositions citées au point 7, ni entaché sa décision d'une erreur de fait en refusant le permis de construire litigieux au motif que la majeure partie du terrain d'assiette du projet est exposée à un aléa d'inondation de nature à révéler un risque pour la sécurité publique au sens des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
En ce qui concerne la neutralisation du motif tiré de la méconnaissance du PPRI en cours d'adoption :
13. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le maire de Vallauris Golfe-Juan ne pouvait légalement fonder la décision de refus litigieuse sur le motif tiré de la méconnaissance du PPRI en cours d'adoption. Toutefois, il résulte de l'instruction que le maire aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Il suit de là que le motif illégal tiré de la méconnaissance du PPRI doit être neutralisé.
14. Il résulte ainsi de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2019 et de la décision née du silence gardé par le maire sur le recours gracieux de M. E du 12 décembre 2019 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par le requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et à la commune de Vallauris Golfe-Juan.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
M. HOLZER
Le président,
Signé
T. BONHOMME
La greffière,
Signé
M.L. DAVERIO
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
N°2001317
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026