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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001369

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001369

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001369
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBRAHIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mars 2020, Mme C D épouse A, représentée par Me Brahimi, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la délibération du 26 septembre 2019 par laquelle le conseil municipal du Bar-sur-Loup a approuvé son plan local d'urbanisme en tant que les dispositions de son article T1.2 prévoient que, dans les zones naturelles habitées (Nh), seules sont autorisées les extensions représentant au maximum 30% de la surface de plancher existant, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux daté du 21 novembre 2019.

Elle soutient que :

- les dispositions de l'article N. T1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune méconnaissent le principe d'égalité entre les citoyens dès lors que tout propriétaire doit normalement bénéficier des mêmes droits que ceux dont ont bénéficié ceux qui ont construit dans la même zone et le même secteur ;

- tous les terrains classés dans la zone Nh étaient constructibles sous l'empire des documents d'urbanisme antérieurs ;

- les dispositions de l'article N. T1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune méconnaissent, d'une part, la directive territoriale d'aménagement (DTA) des Alpes-Maritimes dès lors qu'elle prône une densification du tissu urbain et, d'autre part, le plan de prévention des risques (PPR) lequel ne prévoit aucune limitation à la constructibilité dans le secteur concerné par ce classement en zone Nh ;

- les dispositions de l'article N. T1.2 du règlement du plan local d'urbanisme sont incohérentes avec le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) dès lors que ce dernier fixe comme objectif la réalisation de 133 nouvelles résidences principales et que la zone Nh comporte des espaces consommables pour construire ;

- elles sont entachées d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, la commune du Bar-sur-Loup, représentée par Me Orlandini, conclut à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle ne répond pas aux exigences imposées par les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juin 2022 à 12 heures.

Un mémoire présenté pour Mme D a été enregistré le 23 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2003-1169 du 2 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mars 2023 :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Gadd, subsituant Me Orlandini, représentant la commune du Bar-sur-Loup.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 26 septembre 2019, le conseil municipal du Bar-sur-Loup a approuvé son plan local d'urbanisme. Par un courrier daté du 21 novembre 2019, Mme D a formé un recours gracieux contre cette délibération en tant que les dispositions de l'article T1.2 de ce règlement prévoient que, dans la zone Nh, seules sont autorisées les extensions représentant au maximum 30% de la surface de plancher existant, ce qui aboutit à rendre totalement inconstructible sa parcelle, non-bâtie, section E n°353 située sur le territoire de la commune. Le silence gardé par le maire sur ce recours a fait naitre une décision implicite de rejet. Par sa requête, Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette délibération en tant que les dispositions de l'article T1.2 du règlement du plan local d'urbanisme prévoient que, dans la zone Nh, seules sont autorisées les extensions représentant au maximum 30% de la surface de plancher existant, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux née du silence gardé par le maire sur ce recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article N. T1.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Les zones naturelles et forestières " N " concernent les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique, soit de leur caractère d'espaces naturels. / Se distinguent : / Le secteur naturel de carrière Nc / Le secteur naturel habité Nh / () ". Aux termes de l'article N. T1.2 de ce même règlement : " En zone N et secteurs Nh et Np sont autorisés : / Les extensions d'habitations légalement édifiées* à condition que : / L'extension représente au maximum 30% de la surface de plancher existante à la date d'approbation du PLU et si la surface de plancher (existant + projet) ne dépasse pas 200 m² pour l'ensemble du bâti (ainsi, deux logements existants dans un même bâtiment ou dans des bâtiments accolés ne peuvent pas faire l'objet d'extensions jusqu'à atteindre 2 x 200 m²) / () ".

3. En premier lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que la différence de traitement qui en résulte soit, dans l'un comme l'autre cas, en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des différences de situation susceptibles de la justifier. En l'espèce, la requérante fait valoir que les dispositions précitées de l'article N. T1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune méconnaissent le principe d'égalité entre les citoyens dès lors que tout propriétaire devrait bénéficier des mêmes droits que ceux dont ont bénéficié ceux qui ont construit dans la même zone et dans le même secteur. Toutefois, la distinction entre les parcelles construites pour lesquelles les extensions, au demeurant résiduelles, peuvent être autorisées et celles non-bâties pour lesquelles aucune nouvelle construction n'est autorisée, ne porte pas atteinte au principe d'égalité compte tenu du fait que ces deux types de parcelles se trouvent dans une situation différente. Dès lors, contrairement à ce que soutient la requérante, les dispositions précitées de l'article N. T1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune ne portent pas atteinte au principe d'égalité des citoyens devant la loi. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 105-1 du code de l'urbanisme : " N'ouvrent droit à aucune indemnité les servitudes instituées par application du présent code en matière de voirie, d'hygiène et d'esthétique ou pour d'autres objets et concernant, notamment, l'utilisation du sol, la hauteur des constructions, la proportion des surfaces bâties et non bâties dans chaque propriété, l'interdiction de construire dans certaines zones et en bordure de certaines voies, la répartition des immeubles entre diverses zones. / Toutefois, une indemnité est due s'il résulte de ces servitudes une atteinte à des droits acquis ou une modification à l'état antérieur des lieux déterminant un dommage direct, matériel et certain. Cette indemnité, à défaut d'accord amiable, est fixée par le tribunal administratif, qui tient compte de la plus-value donnée aux immeubles par la réalisation du plan local d'urbanisme approuvé ou du document en tenant lieu. "

5. En l'espèce, la requérante soutient que tous les terrains classés dans la zone Nh étaient constructibles sous l'empire des documents d'urbanisme antérieures. A supposer que la requérante ait entendu se prévaloir du fait que la règle instituée par les dispositions de l'article N. T1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune est spoliatrice, il résulte des dispositions de l'article L. 105-1 du code de l'urbanisme que seules les atteintes à des droits acquis ou les modifications à l'état antérieur des lieux résultant directement de l'institution de servitudes d'urbanisme peuvent ouvrir droit à indemnisation. Ainsi, à supposer que les documents d'urbanisme antérieurs aient pu faire naître une plus-value sur la parcelle de la requérante, celle-ci ne détenait, d'une part, aucun droit acquis au maintien de cette règlementation et, d'autre part, la servitude constituée par la mise en œuvre de règles de constructibilité plus restrictives n'entraine pas en elle-même de modification à l'état antérieur des lieux. Ainsi, dans ces conditions, un tel moyen ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / () ". Aux termes de l'article L. 151-8 de ce code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

7. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

8. La requérante fait valoir que les règles prévues par les dispositions précitées de l'article N. T1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune sont incohérentes avec le projet d'aménagement et de développement durables, qui mentionne l'objectif de réaliser 116 nouveaux logements (page 23) et que les zones Nh disposent d'espaces consommables. Toutefois, une telle circonstance n'a pas pour effet de caractériser une incohérence entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables dans la mesure où la troisième orientation générale de ce document consiste à " recentrer le développement urbain autour du village " en visant notamment " à modérer la consommation foncière " et à " lutter contre l'étalement urbain en renforçant la centralité du village ". En outre, il ressort de ce même document que l'organisation de l'enveloppe urbaine future doit, entre autre, tenir compte des enjeux paysagers. Ainsi, il fixe comme objectif de " densifier des poches autour du village pour que les futurs habitants puissent bénéficier des services, transports, commerces et équipements du village () ". A cet effet, les documents du plan local d'urbanisme ont délimité une zone dans laquelle il est envisagé de densifier ces poches autour du village, sans que ni la parcelle de la requérante, ni plus généralement le secteur dans lequel elle se trouve ne soit concerné par une telle zone. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incohérence entre les dispositions précitées de l'article N. T1.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune et le projet d'aménagement et de développement durables ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième et cinquième lieu, en se bornant à affirmer que la directive territoriale d'aménagement (DTA) des Alpes-Maritimes prône une densification du tissu urbain et que le plan de prévention des risques (PPR) ne limite pas la constructibilité dans le secteur concerné, la requérante n'assortit pas ces deux moyens des précisions suffisantes permettant d'en apprécier leur bien-fondé et ne peuvent donc qu'être écartés.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment et notamment au point 3, que le détournement de pouvoir allégué selon lequel les prescriptions prévues par les dispositions de l'article N. T1.2 du règlement du plan local d'urbanisme ne visent qu'à favoriser les propriétaires de parcelles bâties, n'est pas établi. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune du Bar-sur-Loup.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros à verser à la commune du Bar-sur-Loup au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la commune du Bar-sur-Loup au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse A et à la commune du Bar-sur-Loup.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. HOLZER

Le président,

Signé

T. BONHOMME

La greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2001369

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