mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2001632 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | ACCARIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er avril 2020, la société GLCE Littoral Sécurité, représentée par Me Accaries, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 février 2020 par laquelle la commune de Nice, d'une part, lui a notifié le décompte de résiliation du lot n° 2 du marché n° VDN190011 relatif aux prestations de sécurité et de gardiennage pour les besoins de la commune, d'autre part, a rejeté sa demande du 15 janvier 2020 tendant au règlement des factures restant dues à hauteur de 27 908,59 euros TTC et au versement de la somme de 116 511,62 euros TTC correspondant aux bons de commande non honorés ainsi que de la somme de 50 000 euros au titre du préjudice moral et du préjudice d'image subis ;
2°) de condamner la commune de Nice à lui verser la somme de 144 420,21 euros TTC au titre des factures restant à payer et des bons de commande ;
3°) de condamner la commune de Nice à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation du préjudice moral et du préjudice d'image subis ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Nice la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la résiliation du marché est infondée dès lors qu'elle a déféré à la mise en demeure adressée par la commune de Nice ;
- cette décision de résiliation est infondée dès lors que les manquements reprochés ne sont pas établis : le jour du contrôle, les prestations de gardiennage ont été assurées par ses propres agents et non par la société Atheyna Intervention, que les agents présents sur site ont présenté leur carte professionnelle, que ces cartes ont été remises au pouvoir adjudicateur en réponse à la mise en demeure, qu'ils disposaient tous d'un contrat de travail, dont la commune avait eu connaissance, qu'ils ont tous été destinataires du code de déontologie lequel est annexé aux contrats de travail et que la main courante était bien présente sur le site dans les locaux qui lui étaient dédiés alors que la ville ne rapporte pas même la preuve qu'elle en aurait demandé communication et qu'une telle demande serait restée vaine ; la commune ne peut pas davantage fonder la résiliation en litige sur une simple suspicion de travail dissimulé et sur un prétendu défaut d'accréditation d'un agent sans preuve certaine ;
- la résiliation est irrégulière en ce que la commune ne pouvait se fonder sur un contrôle normal des agents du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) ou de l'URSSAF ;
- la question de la compétence de la commune de Nice ou de la métropole Nice Côte d'Azur pour résilier ce marché, s'agissant de prestations réalisées le 6 décembre 2019 sur le marché de Noël, se pose ;
- la résiliation du marché, étant illégale et infondée, ne peut qu'être prononcée aux torts exclusifs de la commune ;
- elle a droit au paiement des factures pour la période du 1er au 6 décembre 2019 et dont la métropole ne s'est pas acquittée, pour un montant de 27 908,59 euros TTC ;
- elle a droit au paiement des bons de commande qu'elle n'a pas pu honorer du fait de la résiliation illégale du marché, ce qui constitue un manque à gagner de 116 511,62 euros TTC ;
- elle a subi un préjudice moral et un préjudice d'image résultant de l'illégalité de la résiliation du marché, qui s'élèvent à la somme de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2020, la commune de Nice, représentée par Me Cabanes, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des frais de procédure.
Elle fait valoir que :
- la résiliation pour faute est régulière et bien fondée ;
- elle était compétente pour prononcer la résiliation pour faute du marché ;
- à titre subsidiaire :
- la société GLCE Littoral Sécurité n'est pas fondée à demander le paiement de la somme de 27 908,59 euros correspondant à des factures relatives à la période du 1er au 6 décembre 2019 en ce qu'elle ne figure pas dans le décompte de résiliation ;
- elle n'est pas fondée à solliciter le paiement de la somme de 116 511,62 euros TTC qui correspond à des prestations non réalisées et pour laquelle le titulaire d'un marché résilié pour faute n'a pas droit à être indemnisé du manque à gagner ;
- elle n'a pas droit au versement d'une indemnisation au titre du préjudice d'image et du préjudice moral qu'elle estime avoir subis dès lors que le marché a été résilié pour faute en raison des manquements graves qu'elle a commis.
Par ordonnance du 25 mai 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juin 2021.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'appartient pas au juge du contrat de prononcer, à la demande de l'une des parties, l'annulation des mesures non détachables du contrat prises par l'autre partie, des conclusions en ce sens étant irrecevables.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;
- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2023 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique.
- et les observations de Me Mc Donagh, représentant la commune de Nice.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Nice a attribué, le 18 décembre 2018, à la société GLCE Littoral Sécurité le lot n°2 " gardiennage " du marché public de service n° VDN190011 passé sous forme d'un accord cadre à bons de commande, et ayant pour objet des prestations de sécurité et de gardiennage lors de spectacles, réceptions et manifestations de la ville. A la suite d'une opération de contrôle menée le 6 décembre 2019 par le CNAPS et l'URSSAF, en présence de la police municipale, sur le site du marché de Noël de la commune de Nice, le pouvoir adjudicateur a adressé, le même jour, à la société GLCE Littoral Sécurité une mise en demeure en vue de la transmission pour le 9 décembre suivant de tous les éléments permettant de démontrer que les prestations sont assurées en toute régularité au regard de la législation du travail et de la sécurité intérieure ainsi que des règles contractuelles. La société GLCE Littoral Sécurité a répondu à cette mise en demeure le 7 décembre 2019. Estimant que les réponses apportées ne permettaient pas de lever les défaillances constatées, la commune de Nice a notifié à la société GLCE Littoral Sécurité, le 12 décembre 2019, sa décision de résiliation pour faute du marché. Le 15 décembre 2019, la société GLCE Littoral Sécurité, estimant cette résiliation injustifiée et abusive, a demandé à la personne publique, d'une part, de l'indemniser des préjudices subis du fait du caractère irrégulier et infondé de la décision de résiliation, d'autre part, de lui payer les prestations réalisées en exécution du marché résilié ainsi que la somme correspondant aux bons de commande non honorés. Par décision du 6 février 2020, notifiée le même jour, la commune de Nice a adressé à la société requérante le décompte de résiliation du marché. La société GLCE Littoral Sécurité a adressé, le 10 février 2020, un mémoire en réclamation au pouvoir adjudicateur sur le différend né sur le rejet de sa demande du 15 décembre 2019 et sur la notification de la décision du 6 février 2020. La société GLCE Littoral Sécurité demande au tribunal administratif de Nice, d'une part, d'annuler la décision du 6 février 2020, d'autre part, de condamner la commune de Nice à lui verser une somme de 50 000 euros au titre des préjudices subis du fait de la résiliation ainsi que la somme de 144 420,21 euros au titre des factures impayées et des bons de commande à honorer.
Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation :
2. Il n'appartient pas au juge du contrat de prononcer, à la demande de l'une des parties, l'annulation des mesures non détachables du contrat prises par l'autre partie. Il suit de là que la société GLCE Littoral Sécurité n'est pas recevable à demander l'annulation du décompte de résiliation qui lui a été notifié par signification d'huissier le 7 février 2020 et de la décision rejetant implicitement sa demande préalable formée le 15 janvier 2019.
Sur les conclusions tendant à l'indemnisation du caractère fautif de la résiliation :
3. D'une part, aux termes de l'article 29 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de fournitures courantes et service (CCAG-FCS), dans sa version en vigueur : " Principes généraux / Le pouvoir adjudicateur peut mettre fin à l'exécution des prestations faisant l'objet du marché avant l'achèvement de celles-ci, soit à la demande du titulaire dans les conditions prévues à l'article 31, soit pour faute du titulaire dans les conditions prévues à l'article 32, soit dans le cas des circonstances particulières mentionnées à l'article 30. / Le pouvoir adjudicateur peut également mettre fin, à tout moment, à l'exécution des prestations pour un motif d'intérêt général. Dans ce cas, le titulaire a droit à être indemnisé du préjudice qu'il subit du fait de cette décision, selon les modalités prévues à l'article 33. / La décision de résiliation du marché est notifiée au titulaire. Sous réserve des dispositions particulières mentionnées ci-après, la résiliation prend effet à la date fixée dans la décision de résiliation ou, à défaut, à la date de sa notification ". Aux termes de l'article 32 du CCAG-FCS, dans sa rédaction applicable : " Résiliation pour faute du titulaire /32. 1. Le pouvoir adjudicateur peut résilier le marché pour faute du titulaire dans les cas suivants : / a) Le titulaire contrevient aux obligations légales ou réglementaires relatives au travail ou à la protection de l'environnement ; () /e) Le titulaire a sous-traité en contrevenant aux dispositions législatives et réglementaires relatives à la sous-traitance, ou s'il ne respecte pas les obligations relatives aux sous-traitants mentionnées à l'article 3. 6 ; / () 32. 2. Sauf dans les cas prévus aux i, m et n du 32. 1 ci-dessus, une mise en demeure, assortie d'un délai d'exécution, doit avoir été préalablement notifiée au titulaire et être restée infructueuse. / Dans le cadre de la mise en demeure, le pouvoir adjudicateur informe le titulaire de la sanction envisagée et l'invite à présenter ses observations () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 14 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché de gardiennage conclu entre la commune de Nice et la société requérante : " 14.1 Résiliation pour faute. / En cas de résiliation pour faute, il sera fait application des articles 32 et 36 du CCAG FCS avec les précisions suivantes : / le pouvoir adjudicateur pourra faire procéder par un tiers à l'exécution des prestations prévues par le présent contrat aux frais et risques du titulaire dans les conditions définies à l'article 36 du CCAG FCS. / La décision de résiliation le mentionnera expressément. / Le titulaire n'a droit à aucune indemnisation () ".
En ce qui concerne la régularité de la mesure de résiliation :
5. Il résulte de l'instruction que la commune de Nice a notifié à la société GLCE Littoral Sécurité, le 6 décembre 2019, une mise en demeure pour le lot n°2 lui demandant la transmission, pour le 9 décembre suivant, de tous les éléments permettant de démontrer qu'elle exécute dans les règles de l'art les prestations prévues au marché au regard de manquements constatés à la législation du travail, à la sécurité intérieure et aux règles contractuelles lors d'une action de contrôle réalisée le 6 décembre 2019 et coordonnée par les services de la police municipale, de l'URSSAF et du CNAPS sur le site du village de Noël de la ville.
6. D'une part, il résulte de l'instruction que par un bon de commande n° 19VD27368P émis le 6 novembre 2019, la commune de Nice a confié à la société requérante une prestation de gardiennage concernant le village de Noël 2019 de la commune. Il suit de là que la commune de Nice était compétente pour prononcer la résiliation du marché n° VDN190011 en raison de manquements constatés lors de l'exécution de celui-ci.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction que les manquements aux obligations contractuelles et à la législation sur le travail et sur la sécurité intérieure sur lesquels la commune s'est fondée pour résilier le marché conclu avec la société GLCE Littoral Sécurité ont été constatés lors d'un contrôle réalisé le 6 décembre 2019, sur le site du village de Noël de la commune de Nice, par l'URSSAF et le CNAPS, en présence de la police municipale niçoise. Dès lors que lesdits manquements ont été constatés à l'occasion de l'exécution des prestations confiées par la commune à la société requérante pour le marché en cause, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que le pouvoir adjudicateur ne pouvait prononcer la résiliation dudit contrat au regard des résultats de cette opération de contrôle à laquelle était d'ailleurs associée la police municipale.
8. Il suit de là que les moyens tirés de l'irrégularité de la résiliation pour faute du marché en cause doivent être écartés.
En ce qui concerne le bien-fondé de la résiliation :
9. Même si un marché ne contient aucune clause à cet effet et, s'il contient de telles clauses, quelles que soient les hypothèses dans lesquelles elles prévoient qu'une résiliation aux torts exclusifs du titulaire est possible, il est toujours possible, pour le pouvoir adjudicateur, de prononcer une telle résiliation lorsque le titulaire du marché a commis une faute d'une gravité suffisante.
10. Pour prononcer la résiliation pour faute du marché en litige, la commune de Nice s'est fondée sur des manquements commis par la société GLCE Littoral Sécurité à la législation sur le travail et sur la sécurité intérieure ainsi qu'aux stipulations contractuelles. Le pouvoir adjudicateur a estimé qu'à la suite du contrôle opéré sur le marché de Noël le 6 décembre 2019, et en dépit de la réponse apportée par la société requérante le 7 décembre 2019 à la mise en demeure du 6 décembre, cette dernière avait commis les infractions précitées en ce qu'elle a fait intervenir sur site une sous-traitante sans la déclarer, que les trois agents présents sur site ne disposaient pas sur eux de leur carte professionnelle, qu'ils ne justifiaient pas d'un contrat de travail, qu'au moins un d'entre eux n'avait pas fait l'objet d'une accréditation, que le code de déontologie n'a pas été transmis aux agents et qu'aucune main courante n'était présente sur le site.
11. D'une part, il résulte de l'instruction que par une lettre datée du 7 décembre 2019, la société GLCE Littoral Sécurité a apporté des pièces et éléments en réponse à la mise en demeure du 6 décembre 2019 de la commune de Nice, lesquels démontrent que les trois agents présents lors du contrôle sont ses employés et non ceux d'un sous-traitant et qu'ils justifiaient de la délivrance d'une carte professionnelle par la commission locale d'agrément et de contrôle sud (CLAC) ainsi que d'un contrat de travail les liant à la société GLCE Littoral Sécurité, en cours de validité à la date du contrôle. En outre, au vu de la mention portée dans les contrats de travail des trois agents selon laquelle " le salarié reconnait avoir reçu ce jour un exemplaire du code de déontologie des personnes physiques ou morales exerçant des activités privées de sécurité dans sa version conforme au décret 2012-870 du 10 juillet 2012. / Il reconnait l'avoir lu et compris ", la requérante justifie avoir remis à ces derniers, lors de leur embauche, le code de déontologie tel qu'exigé par l'article R. 631-3 du code de la sécurité intérieure. Enfin, si la commune de Nice s'est fondée sur l'absence de main courante sur site et d'une suspicion de dissimulation de celle-ci pour prononcer la résiliation, elle ne l'établit pas par les pièces produites alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette main courante ait été demandée lors du contrôle ni que, à supposer qu'elle ait été demandée, elle n'aurait pas été communiquée. Il s'ensuit qu'au vu des justifications et pièces versées aux débats par chacune des parties, la commune de Nice n'établit pas la réalité des manquements à la législation sur le travail et la sécurité intérieure invoqués.
12. D'autre part, quand bien même la requérante ne justifie pas de la détention matérielle d'une carte professionnelle par chacun des trois agents lors du contrôle, et a reconnu, dans sa lettre précitée du 7 décembre 2019, le défaut d'accréditation d'un de ses agents, ces seuls manquements, qui ne revêtent pas une gravité suffisante, ne sont dès lors pas de nature à eux-seuls à justifier la sanction de résiliation infligée à la société requérante.
13. Par suite, la commune de Nice n'apportant pas la démonstration de ce que la société GLCE Littoral Sécurité a commis des manquements graves à la législation sur le travail, sur la sécurité intérieure et aux règles contractuelles, cette dernière est fondée à soutenir que la résiliation du marché dont elle était titulaire n'est pas justifiée.
En ce qui concerne le décompte de résiliation :
S'agissant du paiement des prestations contractuelles réalisées :
14. Aux termes de l'article 34 du CCAG-FCS : " Décompte de résiliation / 34. 1. La résiliation fait l'objet d'un décompte de résiliation, qui est arrêté par le pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. () / 34. 3. Le décompte de résiliation à la suite d'une décision de résiliation prise en application de l'article 32 comprend : / 34. 3. 1. Au débit du titulaire : / - le montant des sommes versées à titre d'avance, d'acompte, de règlement partiel définitif et de solde ; / - la valeur, fixée par le marché et ses avenants éventuels, des moyens confiés au titulaire que celui-ci ne peut restituer, ainsi que la valeur de reprise des moyens que le pouvoir adjudicateur cède à l'amiable au titulaire ; / - le montant des pénalités ; / - le cas échéant, le supplément des dépenses résultant de la passation d'un marché aux frais et risques du titulaire dans les conditions fixées à l'article 36. / 34. 3. 2. Au crédit du titulaire : / - la valeur contractuelle des prestations reçues y compris, s'il y a lieu, les intérêts moratoires ; / - la valeur des prestations fournies éventuellement à la demande du pouvoir adjudicateur telles que le stockage des fournitures. () / 34. 5. La notification du décompte par le pouvoir adjudicateur au titulaire doit être faite au plus tard deux mois après la date d'effet de la résiliation du marché. / Le cas échéant, les pénalités pour retard sont appliquées jusqu'à la veille incluse du jour de la date d'effet de la résiliation ".
15. Aux termes de l'article 37 du même CCAG : " Différends entre les parties. / 37. 1. Le pouvoir adjudicateur et le titulaire s'efforceront de régler à l'amiable tout différend éventuel relatif à l'interprétation des stipulations du marché ou à l'exécution des prestations objet du marché. / 37. 2. Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire de réclamation exposant les motifs et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Ce mémoire doit être communiqué au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. / 37. 3. Le pouvoir adjudicateur dispose d'un délai de deux mois, courant à compter de la réception du mémoire de réclamation, pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation ".
15. Il résulte de l'instruction que la société requérante a contesté le décompte de résiliation notifié le 7 février 2020 par la commune de Nice en lui adressant, conformément aux dispositions de l'article 37 du CCAG-FCS, un mémoire en réclamation le 10 février 2020, réceptionné le 18 février suivant. Il s'ensuit que ce décompte de résiliation n'est pas devenu définitif.
16. Pour contester le décompte de résiliation arrêté à la somme de 0 euro, la société GLCE Littoral Sécurité soutient que la commune de Nice n'a pas procédé au règlement des factures restant dues pour la période du 1er au 6 décembre 2019, correspondant à deux prestations de gardiennage, pour un montant total de 27 908,59 euros TTC (village de Noël pour un montant de 26 097,66 euros TTC et théâtre Lino Ventura pour un montant de 1 810,93 euros TTC). Elle verse aux débats les bons de commande correspondant à ces deux prestations ainsi que les factures émises pour ces deux prestations (facture d'un montant de 26 097,66 euros TTC pour le village de Noël et facture d'un montant de 1 810,93 euros TTC pour le théâtre Lino Ventura).
17. Il n'est pas contesté en défense que ces prestations ont été exécutées, la commune se bornant à se prévaloir du décompte de résiliation arrêté à la somme de 0 euro sans autre précision sur les factures réglées. La commune de Nice ne soutient pas davantage avoir procédé au règlement de ces deux factures. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à solliciter le paiement de ces deux factures d'un montant total de 27 908,59 euros TTC. Cette somme doit dès lors être inscrite au décompte du marché, à son crédit.
S'agissant du manque à gagner :
18. La société requérante demande le paiement de la somme de 116 511,62 euros TTC correspondant aux bons de commande non honorés. Ce faisant elle sollicite l'indemnisation de son manque à gagner.
19. Si le titulaire d'un marché résilié irrégulièrement peut prétendre à être indemnisé de la perte du bénéfice net dont il a été privé, il lui appartient d'établir la réalité de ce préjudice. Dans le cas d'un marché à bons de commande dont les documents contractuels prévoient un minimum en valeur ou en quantité, le manque à gagner ne revêt un caractère certain qu'en ce qu'il porte sur ce minimum garanti.
20. Il résulte de l'instruction que le marché en litige a été conclu sous forme d'un accord-cadre avec bons de commande pour un montant minimum, pour chaque période, de 120 000 euros TTC. Il résulte également de l'instruction et n'est pas contesté que la société GLCE Littoral Sécurité a exécuté des prestations pour un montant de 385 210,99 euros TTC. Dans ces conditions, dès lors que le montant minimum du marché dont elle était titulaire avait d'ores et déjà été atteint à la date de résiliation du contrat et que la requérante, en outre, ne justifie pas des charges qu'elle aurait engagées pour les trois bons de commande qui auraient été édités avant la résiliation, ce qui n'est au demeurant pas établi, cette dernière n'est pas fondée à demander l'indemnisation d'un manque à gagner, qui revêt un caractère incertain.
S'agissant de l'indemnisation du préjudice moral et du préjudice d'image invoqués par la société :
21. Ainsi qu'il a été dit au point 12, la résiliation du marché en litige est injustifiée et constitue dès lors une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Nice.
22. Si la société GLCE Littoral Sécurité soutient subir un véritable préjudice moral qui se traduit par une atteinte à son image, y compris en son sein même, et à sa crédibilité, du fait de la résiliation prononcée à ses torts exclusifs, elle n'apporte aucune justification à l'appui de ses prétentions et n'établit pas la réalité de ces préjudices dont elle ne précise pas au demeurant le montant de 50 000 euros réclamé. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires présentées par la société requérante à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le solde du décompte :
23. Il résulte de ce qui précède que le montant des prestations réalisées par la société GLCE Littoral Sécurité, à porter à son crédit, s'élève à la somme de 27 908,59 euros TTC. Par suite, le solde du décompte de résiliation doit être fixé à la somme de 27 908,59 euros TTC en faveur de la société GLCE Littoral Sécurité.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société GLCE Littoral Sécurité, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Nice demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Nice une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société GLCE Littoral Sécurité et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Nice est condamnée à payer à la société GLCE Littoral Sécurité la somme de 27 908,59 euros TTC.
Article 2 : La commune de Nice versera une somme de 1 500 euros à la société GLCE Littoral Sécurité en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Nice au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société GLCE Littoral Sécurité et à la commune de Nice.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
La présidente,
signé
V. Chevalier-Aubert La greffière,
signé
B-P. Antoine
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026