mercredi 10 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2001661 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL NEVEU, CHARLES ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 avril 2020, Mme A E C, représentée par Me Grech, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 février 2020 par laquelle le maire de Cannes a refusé de requalifier son contrat conclu le 19 décembre 2019 en contrat à durée indéterminée ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la commune de Cannes de procéder à la transformation de son contrat en contrat à durée indéterminée dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la commune de Cannes de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Cannes la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article 21 de la loi du 12 mars 2012 ;
- elle occupe un emploi permanent ;
- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité de traitement et est discriminatoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, la commune de Cannes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 15 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 avril 2023 :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Grech, représentant la requérante, et de Mme D, représentant la commune de Cannes.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a été recrutée par la commune de Cannes à compter de 2008 pour exercer les fonctions de professeur au centre de formation des apprentis de la commune. Après plusieurs contrats de vacation, elle a conclu sept contrats à durée déterminée successifs à compter du mois de septembre 2010. Le dernier de ces contrats a été conclu le 19 décembre 2019 pour la période allant du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2020. Par un courrier en date du 10 janvier 2020, elle a sollicité la transformation de ce dernier contrat en contrat à durée indéterminée. Par une décision du 3 février 2020, le maire de Cannes a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, une décision de refus de transformation du contrat d'un agent public en contrat à durée indéterminée n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21 de la loi du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique : " A la date de publication de la présente loi, la transformation de son contrat en contrat à durée indéterminée est obligatoirement proposée à l'agent contractuel, employé par une collectivité territoriale ou un des établissements publics mentionnés à l'article 2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée conformément à l'article 3 de la même loi, dans sa rédaction antérieure à celle résultant de la présente loi, qui se trouve en fonction ou bénéficie d'un congé prévu par le décret pris en application de l'article 136 de ladite loi. / Le droit défini au premier alinéa du présent article est subordonné à une durée de services publics effectifs, accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement public, au moins égale à six années au cours des huit années précédant la publication de la présente loi. / () ".
4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'agent titulaire d'un contrat à durée déterminée ne peut bénéficier de sa transformation en contrat à durée indéterminée, à la date de publication de la loi du 12 mars 2012, que s'il remplit les conditions de durée de services effectifs, accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement public, prévues par cette loi.
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C a conclu plusieurs contrats avec la commune de Cannes couvrant les périodes du 21 octobre 2008 au 3 juillet 2009 inclus, du 1er septembre 2009 au 5 juillet 2010 inclus et du 1er septembre 2010 au 31 décembre 2016 inclus. Ainsi, le 13 mars 2012, date de publication de la loi du 12 mars 2012 précitée, Mme C ne totalisait que trois ans et un mois de service effectif au sein de la commune de Cannes. Elle ne pouvait donc prétendre au bénéfice des dispositions de l'article 21 de la loi du 12 mars 2012 citées au point 3 prévoyant la transformation des contrats à durée déterminée en contrats à durée indéterminée. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 6232-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable antérieurement au 1er janvier 2020 : " La création des centres de formation d'apprentis fait l'objet de conventions conclues, sur le territoire régional, entre la région et : / () / ; 2° Les autres collectivités territoriales ; / () " et aux termes de l'article R. 6232-15 du même code, dans sa rédaction applicable jusqu'au 9 novembre 2019 : " Dix-huit mois au moins avant la date d'expiration de la convention, les parties se concertent afin de préparer son renouvellement en tenant compte, s'il y a lieu, des adaptations rendues nécessaires par l'évolution des besoins de formation. / Lorsqu'il apparaît que la convention ne peut être renouvelée, le recrutement de nouveaux apprentis est interrompu. La convention en vigueur est prorogée de plein droit jusqu'à l'achèvement des formations en cours, lorsque cet achèvement a lieu après la date d'expiration de la convention ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 3-4 loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa rédaction applicable au litige : " () / II. - Tout contrat conclu ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée. / La durée de six ans mentionnée au premier alinéa du présent II est comptabilisée au titre de l'ensemble des services accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement dans des emplois occupés sur le fondement des articles 3 à 3-3, à l'exception de ceux qui le sont au titre du II de l'article 3. () ".
8. Aux termes de l'article 3-3 de la même loi dans sa rédaction applicable au litige, aujourd'hui repris aux articles L. 332-8 et L. 332-9 du code général de la fonction publique : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; / () / 4° Pour les autres collectivités territoriales ou établissements mentionnés à l'article 2, pour tous les emplois à temps non complet lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; / () / Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée " et aux termes de l'article 3 de la même loi dans sa rédaction applicable au litige, aujourd'hui repris aux articles L. 332-23 et L. 332-24 du code général de la fonction publique : " () / II. - Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent également, pour mener à bien un projet ou une opération identifié, recruter un agent par un contrat à durée déterminée dont l'échéance est la réalisation du projet ou de l'opération. / Le contrat est conclu pour une durée minimale d'un an et une durée maximale fixée par les parties dans la limite de six ans. Il peut être renouvelé pour mener à bien le projet ou l'opération, dans la limite d'une durée totale de six ans. / () ".
9. L'existence ou l'absence du caractère permanent d'un emploi doit s'apprécier au regard de la nature du besoin auquel répond cet emploi et ne saurait résulter de la seule durée pendant laquelle il est occupé.
10. D'une part, il résulte des dispositions du code du travail citées au point 6, applicables jusqu'au 1er janvier 2020, que les conventions portant création d'un centre de formation des apprentis étaient conclues pour une durée déterminée et, étant susceptibles de ne pas être renouvelées, les emplois occupés au sein de ce type d'organisme étaient nécessairement temporaires et ne pouvaient, en conséquence, recevoir la qualification d'emploi permanent. Par suite, Mme C occupait un emploi temporaire jusqu'au 31 décembre 2019.
11. D'autre part, à supposer que l'emploi occupé par Mme C doive désormais être qualifié d'emploi permanent dès lors que la création des centres de formation des apprentis n'est plus liée à la conclusion d'une convention avec le conseil régional et que leur financement s'effectue désormais par les opérateurs de compétence selon des modalités liées à l'activité effectivement réalisée par le centre de formation, il ressort des pièces du dossier que les contrats conclus entre la commune de Cannes et Mme C jusqu'au 31 décembre 2019 l'ont été sur le fondement des dispositions du II de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 citées au point 8. Dès lors, Mme C ne peut se prévaloir de la durée des services accomplis à ce titre pour bénéficier des dispositions de l'article 3-4 de la même loi citées au point 7 et demander la transformation de son contrat en contrat à durée indéterminée. Il suit de là que le moyen tiré de ce qu'elle occuperait un emploi permanent n'est pas de nature à entraîner l'annulation de la décision en litige.
12. En quatrième lieu, Mme C ne peut invoquer utilement le fait que d'autres agents employés par le centre de formation des apprentis ont bénéficié des dispositions en cause dès lors qu'il ne ressort pas des éléments versés aux débats que ces agents se trouvaient dans une situation identique à la sienne. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait le principe d'égalité de traitement et serait discriminatoire doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E C et à la commune de Cannes.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
N. B
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
M.L. DAVERIO
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026