jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2001683 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DELPLANCKE-POZZO DI BORGO-ROMETTI & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 avril 2020, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Segurana, représenté par son syndic, par Me Pozzo di Borgo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commune de Nice a refusé de procéder aux formalités hypothécaires requises à la suite de la déclaration d'abandon des parcelles non-bâties cadastrées section EZ n° 0061, n° 0332, et n° 0334, signifiée par voie d'huissier de justice le 7 juillet 2017, intervenue à la suite du silence gardée sur la demande adressée à la commune de Nice le 5 décembre 2019 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Nice de procéder aux formalités hypothécaires nécessaires pour que cet abandon soit opposable aux tiers et que la mutation de côte ait plein et entier effet ;
3°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de la commune de Nice en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la commune de Nice, ayant été régulièrement informée de l'abandon des parcelles litigieuses, aurait dû en prendre acte et effectuer les démarches hypothécaires correspondantes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2021, la commune de Nice, représentée par Me Capia, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge du syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Segurana en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la déclaration d'abandon est irrégulière, faute pour le syndic d'avoir été habilité par l'assemblée générale de copropriété à entreprendre une telle procédure ;
- elle est irrecevable dès lors qu'il n'est pas établi que le syndic a été habilité à agir en justice au nom de la copropriété ;
- en tout état de cause, aucun des moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 22 juin 2023, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Segurana conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que :
- les copropriétaires ont autorisé le syndic à entreprendre la procédure de déclaration d'abandon perpétuel, ainsi que cela ressort du procès-verbal d'assemblée générale en date du 19 mai 2016 ;
- la commune de Nice ne saurait opposer le défaut de qualité pour agir du syndic en application des dispositions de l'article 55 du décret n° 67-223 du 17 mars 1967 ;
- les parcelles litigieuses constituent des terres vaines et vagues au sens des dispositions de l'article 1401 du code général des impôts.
Un mémoire a été produit pour la commune de Nice le 23 septembre 2023 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 67-223 du 17 mars 1967 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pozzo di Borgo, représentant le syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Segurana, et de Me De Craecker, substituant Me Capia, représentant la commune de Nice.
Considérant ce qui suit :
1. La copropriété de l'immeuble La Segurana, dont il n'est pas contesté qu'elle était propriétaire des parcelles cadastrées EZ n° 0061, EZ n° 0332 et EZ n° 0334, sises 25, avenue Jean de la Fontaine et 112-114 avenue Henry Dunant à Nice, a fait, par voie d'huissier de justice par un acte en date du 7 juillet 2017, abandon desdites parcelles à la commune de Nice sur le fondement des dispositions de l'article 1401 du code général des impôts. Par une demande reçue le 6 décembre 2019, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Segurana a mis la commune de Nice en demeure d'effectuer les formalités hypothécaires nécessaires afin de rendre cet abandon opposable aux tiers et de donner plein et entier effet à la mutation de côte. En raison du silence gardé par la commune pendant un délai de quatre mois sur cette demande, une décision implicite de rejet est née.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, la commune de Nice ne saurait utilement soulever une fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité du syndic des copropriétaires de l'immeuble La Segurana pour procéder à l'abandon perpétuel des parcelles sur le fondement des dispositions de l'article 1401 du code général des impôts, un tel moyen n'ayant pas trait à la recevabilité de la requête.
3. En second lieu, aux termes de l'article 15 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis : " Le syndicat a qualité pour agir en justice, tant en demandant qu'en défendant, même contre certains des copropriétaires ; il peut notamment agir, conjointement ou non avec un ou plusieurs de ces derniers, en vue de la sauvegarde des droits afférents à l'immeuble ". Aux termes de l'article 55 du décret du 17 mars 1967 pris pour l'application de ladite loi, dans sa rédaction issue de l'article 12 du décret n° 2019-650 du 27 juin 2019 : " Le syndic ne peut agir en justice au nom du syndicat sans y avoir été autorisé par une décision de l'assemblée générale. / Seuls les copropriétaires peuvent se prévaloir de l'absence d'autorisation du syndic à agir en justice () ".
4. En application des dispositions précitées de l'article 55 du décret du 17 mars 1967, dans leur rédaction issue de l'article 12 du décret du 27 juin 2019, il n'appartient pas à des tiers de contester l'absence d'autorisation du syndic à agir en justice. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Nice tirée de l'absence de qualité pour agir du syndic qui représente le syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Segurana doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article 1401 du code général des impôts : " Les contribuables ne peuvent s'affranchir de l'imposition à laquelle les terres vaines et vagues, les landes et bruyères et les terrains habituellement inondés ou dévastés par les eaux doivent être soumis, que s'il est renoncé à ces propriétés au profit de la commune dans laquelle elles sont situées. La déclaration détaillée de cet abandon perpétuel est faite par écrit, à la mairie de la commune, par le propriétaire ou par un fondé de pouvoir spécial. Les cotisations des terrains ainsi abandonnés comprises dans les rôles établis antérieurement à l'abandon restent à la charge du contribuable imposé. Pour les rôles postérieurs, la taxe foncière est supportée par la commune. Le paiement de la taxe foncière afférente aux marais et terres vaines et vagues qui n'ont aucun propriétaire particulier ainsi qu'aux terrains connus sous le nom de biens communaux, incombe à la commune tant qu'ils ne sont point partagés. La taxe due pour des terrains qui ne sont communs qu'à certaines portions des habitants d'une commune est acquittée par ces habitants ". Ces dispositions ont pour seul objet de permettre aux contribuables de s'affranchir de toute imposition portant sur des terres vaines, les landes et bruyères et les terrains habituellement inondés ou dévastés par les eaux dont ils sont propriétaires, en déclarant leur abandon perpétuel à la commune concernée. Il résulte de ces dispositions qu'elles ne sont applicables qu'aux terrains ne comportant aucun aménagement particulier de nature à les rendre propres à un usage agricole, industriel, commercial ou à des fins d'habitation. Par ailleurs, l'abandon prévu par les dispositions de l'article 1401 du code général des impôts n'est pas subordonné à l'acceptation par la commune.
6. Il ressort des pièces du dossier que le syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Ségurana a, par acte extra judiciaire signifié par voie d'huissier de justice en date du 7 juillet 2017, abandonné perpétuellement, au profit de la commune de Nice, les parcelles cadastrées EZ n° 0061, EZ n° 0332 et EZ n° 0334, sises 25, avenue Jean de la Fontaine et 112-114 avenue Henry Dunant à Nice conformément aux dispositions de l'article 1401 du code général des impôts. Dans ces conditions, et alors, d'une part, que cette procédure d'abandon perpétuel ne nécessite pas l'accord de la commune au profit de qui les parcelles sont abandonnées, et, d'autre part, qu'il est constant que la commune de Nice ne s'est pas opposée à cet abandon qui lui a été signifié près de deux ans avant la décision litigieuse et est ainsi devenu définitif, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Segurana est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la commune de Nice a refusé d'effectuer les formalités de publicité foncière et de déclaration de mutation au cadastre. Cette dernière ne peut, à cet égard, utilement se prévaloir, dans le cadre du présent litige portant sur la décision par laquelle elle a refusé de tirer les conséquences de cet abandon de parcelle, de ce que cet abandon serait constitutif d'un détournement de procédure, ni de ce que les parcelles en cause ne seraient pas des terres vaines et vagues au sens des dispositions de l'article 1401 du code général des impôts.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la commune de Nice de procéder aux formalités de publicité foncière et de déclarer la mutation au cadastre, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre une somme de 1 200 euros à la charge de la commune de Nice à verser au syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Segurana, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de rejeter les conclusions de la commune de Nice présentée sur le même fondement et tendant à l'allocation à son profit d'une somme au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande adressée le 5 décembre 2019 à la commune de Nice et tendant à ce qu'il soit procédé aux formalités hypothécaires nécessaires pour que l'abandon des parcelles EZ n° 0061, EZ n° 0332 et EZ n° 0334 soit opposable aux tiers et que la mutation de côte ait plein et entier effet est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Nice de procéder aux formalités de publicité foncière et de déclarer la mutation au cadastre dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Nice versera une somme de 1 200 euros au syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Segurana en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : La présente décision sera notifiée au syndicat des copropriétaires de l'immeuble La Segurana et à la commune de Nice.
Copie sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
Mme Bergantz, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
V. Chevalier-Aubert
La greffière,
signé
C. Martin
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026