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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001699

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001699

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEMES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2020, M. B A, représentée par Me Governatori, doit être regardé demandant au tribunal :

1°) avant dire droit, d'enjoindre à la commune de Sospel de produire les documents transmis aux conseillers municipaux préalablement à la délibération en date du 14 novembre 2019 ainsi que l'arrêté du 3 juin 2019 portant organisation de l'enquête publique sur le projet de plan local d'urbanisme de la commune de Sospel ;

2°) d'annuler la délibération en date du 14 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Sospel a approuvé son plan local d'urbanisme, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 10 janvier 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sospel une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la délibération litigieuse n'a pas été régulièrement adoptée dès lors qu'il n'est pas justifié que, conformément à l'article L.2121-12 du code général des collectivités territoriales, une note explicative de synthèse, de nature à éclairer le sens et la portée des dispositions du plan local d'urbanisme soumises à l'approbation des conseillers municipaux, ainsi que l'ensemble des documents leur permettant de disposer d'une information adéquate relative au plan local d'urbanisme de Sospel, ont été adressés à ces derniers préalablement à la délibération attaquée ;

- la délibération litigieuse a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la commune ne justifie pas que le débat des orientations du projet d'aménagement et de développement durables est intervenu au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme, conformément à l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme ;

- la délibération attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas pris en compte l'occupation des sols dans le territoire de l'Etat limitrophe, l'Italie, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 131-5 du code de l'urbanisme ;

- la délibération attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 151-1 du code de l'urbanisme compte tenu du délai excessif qui s'est écoulé entre la date de prescription de l'élaboration du plan local d'urbanisme par une délibération en date du 6 octobre 2011 et l'approbation du plan local d'urbanisme par une délibération en date du 14 novembre 2019 ;

- le classement des parcelles cadastrées section A nos 354-353 et 882 en zone agricole est incohérent au regard du rapport de présentation et des orientations du projet d'aménagement et de développement durables et entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 octobre 2020 et 4 janvier 2021, la commune de Sospel, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Jacquemin, s'en remet, dans le dernier état de ses écritures, à la sagesse du tribunal et conclut au rejet des conclusions du requérant présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Le Guennec ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- les observations de Me Governatori, représentant le requérant ;

- et les observations de Me Bessis-Osty, substituant Me Jacquemin, représentant la commune de Sospel.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération en date du 14 novembre 2019, le conseil municipal de la commune de Sospel a approuvé son plan local d'urbanisme. Par un courrier en date du 7 janvier 2020, reçu le 10 janvier 2020 par la commune de Sospel, M. B A a formé un recours gracieux, lequel a été implicitement rejeté. M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la délibération en date du 14 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Sospel a approuvé son plan local d'urbanisme, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 10 janvier 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / () Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc ".

3. Il résulte de ces dispositions que, dans les communes de 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil municipal doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose toutefois pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

4. M. A soutient, sans être contredit, qu'il n'est pas établi qu'une note de synthèse aurait été jointe à la convocation de l'ensemble des membres du conseil municipal. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence d'écritures de la part de la commune de Sospel, que la maire de Sospel, aurait fait parvenir aux membres du conseil municipal, des documents leur permettant de disposer d'une information adéquate relative au plan local d'urbanisme de Sospel afin qu'ils puissent exercer utilement leur mandat. Dans ces conditions, l'absence de la note explicative de synthèse a privé les conseillers municipaux d'une garantie et a, en outre, été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la délibération approuvant ce plan local d'urbanisme communal. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la délibération litigieuse a été approuvée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des formalités prévues par les dispositions de l'article L.2121-12 du code général des collectivités territoriales.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme : " Un débat a lieu au sein de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale et des conseils municipaux ou du conseil municipal sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables mentionné à l'article L. 151-5, au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme ".

6. Il n'est pas établi, en l'absence d'écritures en défense de la commune de Sospel et d'éléments accessibles tant au juge qu'aux parties, que les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables ont été débattues au sein du conseil municipal de la commune de Sospel conformément aux dispositions précitées, soit plus de deux mois avant que le projet de plan local d'urbanisme ne soit arrêté. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme ont été méconnues.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

9. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

10. En l'espèce, les parcelles cadastrées section A nos 354-353 et 882 ont été classées en zone agricole. Le requérant soutient, sans être contredit, que ces parcelles sont desservies par les réseaux et qu'elles s'insèrent dans un secteur urbanisé et non dans un secteur à caractère agricole. Il n'est pas établi ni même allégué par la commune de Sospel que ces parcelles, qui supportent déjà une construction et ne font pas l'objet d'une exploitation agricole, présentent un potentiel particulier pour un tel usage. Par ailleurs, la commune de Sospel, qui s'en remet à la sagesse du tribunal, ne produit aucun élément relatif au parti pris d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme pour la détermination du classement desdites parcelles. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, en l'absence de toutes écritures en défense et d'éléments pertinents librement consultables sur le site internet de la commune de Sospel, tel que le rapport de présentation ou le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme, le requérant est fondé à soutenir que le classement des parcelles cadastrées section A nos 354-353 et 882 en zone agricole est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est de nature à fonder l'annulation de la délibération attaquée.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'enjoindre à la commune de Sospel, de produire les documents demandés par M. A, que ce dernier est fondé à demander l'annulation de l'ensemble de la délibération en date du 14 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Sospel a approuvé son plan local d'urbanisme, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 10 janvier 2020.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Sospel la somme demandée par le requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération en date du 14 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Sospel a approuvé son plan local d'urbanisme et la décision par laquelle la maire de Sospel a implicitement rejeté le recours gracieux formé par M. A le 10 janvier 2020 sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. B A et à la commune de Sospel.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Albu, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

B. Le Guennec

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Albu

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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