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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001762

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001762

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantSCP A.B.C.G. (ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE ROMAND)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2020, M. B C, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 20 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié la perte de huit points sur le capital de son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 18 août 2019, a récapitulé les pertes de points antérieures, a constaté la perte de validité de son titre de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer dans un délai de dix jours ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés à son permis de conduire à la suite des infractions constatées les 6 septembre 2015, 30 mai 2016, 17 octobre 2016, 30 mars 2018, 11 mai 2019, 18 mai 2019 et 18 août 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire dans un délai de huit jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points sont entachées d'un vice de procédure tiré du défaut d'information prévu par l'article L. 223-3 du code de la route ;

- la décision d'invalidation du permis de conduire est illégale dès lors que sont illégales les décisions de retrait de points ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de ce que les décisions de retrait de points contestées ne lui ont jamais été notifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2020, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête de M. C.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points suite aux infractions commises les 6 septembre 2015, 30 mai 2016 et 11 mai 2019 sont sans objet dès lors que les points retirés ont été restitués antérieurement à l'introduction de la requête ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions relevées les 6 septembre 2015, 30 mai 2016 et 11 mai 2019, les points correspondant à ces infractions ayant été restitués à M. C antérieurement à l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bonhomme, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 21 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de plusieurs infractions au code de la route, entraînant retrait de points de son permis de conduire, M. C a fait l'objet d'une décision référencée " 48 SI " du 20 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire et a constaté son invalidité par défaut de points. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision, et les décisions antérieures de retrait de points relatives aux infractions commises les 6 septembre 2015, 30 mai 2016, 17 octobre 2016, 30 mars 2018, 11 mai 2019, 18 mai 2019 et 18 août 2019.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. C édité le 6 août 2020 que les points retirés sur son permis de conduire suite aux infractions constatées les 6 septembre 2015, 30 mai 2016 et 11 mai 2019 lui ont été restitués avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions de la requête de M. C dirigées contre les décisions procédant à ces retraits de points sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions portant retrait de points :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant de l'infraction commise le 30 mars 2018 :

4. Il ressort du relevé d'information intégral que, pour l'infraction précitée constatée par radar automatique, le requérant s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale. Par suite, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende dès lors que M. C n'apporte pas la preuve qu'il s'est vu remettre un avis inexact ou incomplet. Dès lors c'est à bon droit que le ministre a tenu compte de ce retrait de points pour invalider le permis de M. C.

S'agissant des infractions commises les 17 octobre 2016 et le 18 mai 2019 à 00h00 :

5. Il résulte de l'instruction que les infractions des 17 octobre 2016 et 18 mai 2019 à 00h00 ont donné lieu au prononcé d'une condamnation pénale de suspension du permis de conduire par le tribunal de grande instance de Nice et le tribunal de grande instance de Grasse, le 27 juin 2017 et le 5 mars 2020. Par suite, le requérant ne saurait utilement soutenir qu'il n'a pas été destinataire de l'information prévue par les dispositions précitées du code de la route.

S'agissant de l'infraction commise le 18 mai 2019 à 22h30 :

6. Il ressort de l'instruction que l'infraction susmentionnée a été constatée sur un outil dédié de type PDA ou tablette et que le requérant a procédé au paiement différé de l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction après avoir nécessairement reçu l'avis de l'amende forfaitaire à son domicile, sur lequel figure les informations requises par le code de la route. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L.223-3 et R 223-3 du code de la route doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points.

En ce qui concerne la légalité de la décision 48SI :

8. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 2, les points ôtés consécutivement aux infractions commises les 6 septembre 2015, 30 mai 2016 et 11 mai 2019 étaient rétablis à la date à laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. E pour solde de points nul. Par conséquent, le moyen tiré de l'illégalité du retrait de ces points est inopérant à l'encontre de la décision référencée " 48 SI " attaquée qui, ainsi qu'il vient d'être dit, ne les a pas pris en compte pour constater la perte de validité du permis de conduire.

9. En second lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits.

10. En l'espèce, M. C a nécessairement eu connaissance des décisions de retrait de points en litige à la date à laquelle il a reçu la décision du 20 mars 2020, à partir de laquelle les retraits de points lui sont devenus opposables. La circonstance, à la supposer établie, que ces retraits de points ne lui auraient pas été notifiés antérieurement reste par elle-même sans incidence sur la légalité de cette décision.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision " 48SI " du 20 mars 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susmentionnées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. D'une part, la présente instance n'a pas engendré de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors en tout état de cause qu'être rejetées.

14. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que l'Etat, qui n'est pas partie perdante à l'instance, verse à M. C la somme demandée au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

M. A D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°200176

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