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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001867

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001867

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantC/M/S BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 4 mai 2020, 3 août 2020, 27 octobre 2020, 9 mars 2021 et 8 octobre 2021, la société par actions simplifiée Swiss Global Invest, prise en la personne de son représentant légal, représentée par le cabinet CMS Francis Lefebvre Avocats, doit être regardée demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 novembre 2019 par lequel le maire de la commune de Cannes s'est opposé à la déclaration préalable en vue d'un changement de destination de treize appartements à usage d'habitation en hébergements hôteliers et touristiques sur un terrain situé 11 rue Marceau, à Cannes, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cannes, à titre principal, de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable qu'elle avait déposée ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cannes une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'erreur d'appréciation ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme est erroné dès lors que les travaux projetés sur l'immeuble existant n'entrainent pas de besoins nouveaux en stationnement et en outre, qu'ils ont pour effet de rendre l'immeuble plus conforme à ces dispositions ;

- les substitutions de motifs sollicitées méconnaissent les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- la substitution de motif sollicitée par la commune tirée de la méconnaissance de l'arrêté en date du 27 décembre 2017 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé la carence au titre de la période triennale 2014-2016 doit être écartée dès lors que l'opération en cause ne constitue pas une opération de construction mais de changement de destination, que le projet objet de la déclaration préalable est sans incidence sur un éventuel futur exercice du droit de préemption en cas de cession des biens et qu'un tel motif manifeste un détournement de pouvoir ;

- la substitution de motif sollicitée par la commune tirée de la méconnaissance par son projet du schéma de cohérence territoriale doit être écartée dès lors, d'une part, que ce dernier n'était pas entré en vigueur à la date de l'arrêté attaqué et d'autre part, que ses dispositions ne sont pas opposables aux autorisations de construire et, en tout état de cause, son projet est conforme aux objectifs dudit schéma ;

- la substitution de motif sollicitée par la commune tirée de la méconnaissance par son projet des orientations du plan d'aménagement et de développement durable du plan local d'urbanisme en vigueur doit être écartée dès lors que les orientations générales d'un tel plan ne sont pas opposables aux autorisations de construire, et, en tout état de cause, son projet est cohérent avec les orientations du plan en cause et respecte par ailleurs les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Cannes qui lui sont applicables.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 août 2020, 2 décembre 2020 et 1er juin 2021, la commune de Cannes, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par le cabinet SCP Lyon-Caen et Thiriez, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Cannes fait valoir que :

- aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé ;

- en tout état de cause, la décision en litige est justifiée dès lors que l'opposition à déclaration préalable aurait pu être fondée, d'une part, sur la méconnaissance par le projet de l'arrêté en date du 27 décembre 2017 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé la carence au titre de la période triennale 2014-2016 et d'autre part, sur la contrariété du projet avec les objectifs du schéma de cohérence territoriale et du plan d'aménagement et de développement durable du plan local d'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 avril 2023 :

- le rapport de Mme Le Guennec ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- les observations de Me Cloché-Dubois, représentant la société requérante ;

- et les observations de Me Steinmetz, représentant la commune de Cannes.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 septembre 2019, la société par actions simplifiée (ci-après, " SAS ") Swiss Global Invest a déposé une déclaration préalable en vue du changement de destination de treize appartements à usage d'habitation en hébergements hôteliers et touristiques, sur un terrain situé 11 rue Marceau, à Cannes. Par un arrêté en date du 22 novembre 2019, le maire de la commune de Cannes s'est opposé à cette déclaration préalable. Par un courrier en date du 15 janvier 2020, reçu le 17 janvier 2020, la SAS Swiss Global Invest a formé un recours gracieux, lequel a été implicitement rejeté. La SAS Swiss Global Invest doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de l'arrêté en date du 22 novembre 2019, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UA 3 du règlement du plan local d'urbanisme (ci-après, " PLU ") de la commune de Cannes, approuvé le 24 octobre 2005 relatif à l'accès et à la voirie : " 3.1. Tout projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / 3.2. Tout projet peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ".

3. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " (.) Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder ". Aux termes de l'article R. 431-35 dudit code: " La déclaration préalable précise : a) L'identité du ou des déclarants, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; c) La nature des travaux ou du changement de destination ; d) S'il y a lieu, la surface de plancher et la destination et la sous-destination des constructions projetées définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; e) Les éléments, fixés par arrêtés, nécessaires au calcul des impositions ; f) S'il y a lieu, que les travaux portent sur une installation, un ouvrage, des travaux ou une activité soumis à déclaration en application de la section 1 du chapitre IV du titre Ier du livre II du code de l'environnement ; g) S'il y a lieu, que les travaux portent sur un projet soumis à autorisation environnementale en application de l'article L. 181-1 du code de l'environnement ; h) S'il y a lieu, que les travaux doivent faire l'objet d'une dérogation au titre du 4° de l'article L. 411-2 du code de l'environnement ; i) S'il y a lieu, les demandes d'autorisation et les déclarations dont le projet a déjà fait l'objet au titre d'une autre législation que celle du code de l'urbanisme ; j) S'il y a lieu, que le projet est soumis à l'obligation de raccordement à un réseau de chaleur ou de froid prévue à l'article L. 712-3 du code de l'énergie ; k) Lorsque le projet porte sur un ouvrage de production d'électricité à partir de l'énergie solaire installé sur le sol, sa puissance crête ainsi que la destination principale de l'énergie produite. La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une déclaration préalable. Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-36 du même code: " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne. Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux a, b, c, g et q de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1. Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public ou que ce projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. () ".

4. L'autorisation d'urbanisme, qui est délivrée sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si l'administration et le juge administratif doivent, pour l'application des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne leur appartient de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, la parcelle BV n°106, n'est pas desservi directement par une voie ouverte à la circulation, la parcelle BV n° 104 se trouvant entre la voie de circulation, la rue Marceau, et le terrain d'assiette. Il ne ressort d'aucune des dispositions précitées du code de l'urbanisme que l'indication, sur le plan de masse, de l'emplacement et des caractéristiques d'une servitude de passage permettant d'accéder au terrain litigieux lorsque celui-ci n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique soit exigée dans la composition du dossier de déclaration préalable. Ainsi, l'auteur de la décision doit être regardé comme ayant seulement opposé au pétitionnaire la méconnaissance d'une condition de fond de la légalité du projet et non l'absence d'une pièce manquante au sens de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme. Or, en l'espèce, la société pétitionnaire justifie qu'une servitude de passage a été consentie, par acte notarié du 31 mai 1954, sur la parcelle n° 104 au profit de l'immeuble situé au Nord, sur la parcelle cadastrée BV n° 106. Ainsi, et dès lors que la société requérante justifie d'un titre établissant l'existence d'une servitude de passage, qui est constitutive d'un droit réel, lui garantissant l'accès par la cour intérieure, dont il n'est pas contesté qu'elle présente une largeur de quatre mètres, et qu'il n'appartient ni au service instructeur ni au tribunal d'apprécier la validité ou l'étendue de la servitude de passage dont se prévaut la société pétitionnaire, ladite société est fondée à soutenir que le motif tiré de la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article UA 3 est erroné.

6. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes des dispositions de l'article UA12 du règlement du PLU de la commune de Cannes approuvé le 24 octobre 2005 relatives au stationnement : " Il est exigé : pour les constructions à destination d'habitation collective, 1 place de stationnement pour 45 m2 de surface de plancher. () / pour les hôtels, 1 place de stationnement pour 2 chambres indépendantes. / (). Si le calcul du nombre de places par rapport à la surface de plancher créée entraine un chiffre décimal, le calcul du nombre de places nécessaires à l'opération s'effectue suivant la définition donnée à l'article 9 du titre I. Dans le cas d'un changement de destination aggravant les conditions de stationnement ou d'extension de constructions existantes, seuls les besoins nouveaux issus du changement de destination et/ou de la surface de plancher créée au-delà de 30 m2, sont pris en compte ". Aux termes de l'article 9 du Titre 1 relatif aux rappels et définitions : " Stationnement - calcul du nombre de places requises : si le calcul du nombre de places par rapport à la surface de plancher créée entraîne un chiffre décimal, il convient d'arrondir le nombre de places : au chiffre supérieur lorsque la décimale est supérieure ou égale à 0,50 (exemple : 7,52 places = 8 places nécessaires) ; au chiffre inférieur lorsque la décimale est inférieure à 0,50 (exemple : 7,49 places = 7 places nécessaires) ". Les dispositions précitées de l'article UA 12 impose, pour les constructions à usage d'habitation collective de réaliser une place de stationnement pour véhicules automobiles par tranche de 45 m² de surface de plancher et, pour les constructions à usage d'hébergement hôtelier et touristique, une place de stationnement pour deux chambres indépendantes. De plus, elles prévoient qu'en cas de changement de destination d'un immeuble existant, la création de places de stationnement n'est exigée que lorsque l'opération engendre des nouveaux besoins.

7. D'autre part, la circonstance qu'une construction existante n'est pas conforme à une ou plusieurs dispositions d'un plan local d'urbanisme régulièrement approuvé ne s'oppose pas, en l'absence de dispositions de ce plan spécialement applicables à la modification des immeubles existants, à la délivrance ultérieure d'un permis de construire s'il s'agit de travaux qui, ou bien doivent rendre l'immeuble plus conforme aux dispositions réglementaires méconnues, ou bien sont étrangers à ces dispositions.

8. En l'espèce, il est constant que les locaux existants de l'immeuble, qui étaient affectés à un usage d'habitation, comprenaient une surface de plancher de 400 m², ce qui exigeait la réalisation de 9 (8,8) places de stationnement. Les travaux projetés, lesquels consistent à changer l'affectation de ces locaux en treize hébergements hôteliers et touristiques, ne nécessitent la création que de 7 (6,5) places de stationnement au total. Dans ces conditions, et pour l'application des dispositions combinées des points précités de l'article UA 12 du règlement du PLU de Cannes, le changement de destination projeté ne créera pas de besoins nouveaux en matière de stationnement. Au demeurant, à supposer même que le projet puisse être regardé comme entrainant des besoins nouveaux en stationnement en raison de l'aggravation des conditions de stationnement qu'il générerait, il ressort des pièces du dossier qu'il n'existait aucune place de stationnement préexistante sur le terrain d'assiette des travaux projetés. Dans ces conditions, dès lors que les travaux litigieux n'impliquent la réalisation que de 7 places de stationnement alors que la précédente destination à usage d'habitation desdits locaux nécessitait la réalisation de 9 places de stationnements en application des dispositions précitées, le projet a pour effet de rendre la construction plus conforme à la réglementation, ainsi que le soutient la société requérante. Par suite, ladite société est fondée à soutenir que le motif d'opposition à sa déclaration préalable tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 12 du règlement du PLU est également erroné.

9. En troisième lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. En l'espèce, la commune de Cannes fait valoir que l'arrêté portant opposition à déclaration préalable est légalement justifié par la méconnaissance, par le projet, d'une part, de l'arrêté en date du 27 décembre 2017 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé la carence au titre de la période triennale 2014-2016, d'autre part, des objectifs du schéma de cohérence territoriale (ci-après, " SCOT ") et, enfin, des orientations du plan d'aménagement et de développement durable (ci-après, " PADD ").

11. Premièrement, aux termes de l'article L. 111-24 du code de l'urbanisme : " Conformément à l'article L. 302-9-1-2 du code de la construction et de l'habitation, dans les communes faisant l'objet d'un arrêté au titre de l'article L. 302-9-1 du même code, dans toute opération de construction d'immeubles collectifs de plus de douze logements ou de plus de 800 mètres carrés de surface de plancher, au moins 30 % des logements familiaux sont des logements locatifs sociaux définis à l'article L. 302-5 dudit code, hors logements financés avec un prêt locatif social. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 210-1 dudit code : " () Pendant la durée d'application d'un arrêté préfectoral pris sur le fondement de l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, le droit de préemption est exercé par le représentant de l'Etat dans le département lorsque l'aliénation porte sur un des biens ou droits énumérés aux 1° à 4° de l'article L. 213-1 du présent code, affecté au logement ou destiné à être affecté à une opération ayant fait l'objet de la convention prévue à l'article L. 302-9-1 précité. Le représentant de l'Etat peut déléguer ce droit () à un établissement public foncier créé en application des articles L. 321-1 ou L. 324-1 du présent code () ".

12. Contrairement à ce que soutient la commune de Cannes, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le maire s'était fondé, pour s'opposer au projet, sur la méconnaissance de l'arrêté n°2017-1103 en date du 27 décembre 2017, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé la carence de la commune de Cannes au regard de ses objectifs de production de logements sociaux au titre de la période triennale 2014-2016 telle que définie par l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation. Par suite, la commune de Cannes doit être regardée comme demandant une substitution de motif.

13. Le préfet des Alpes-Maritimes a, par un arrêté n°2017-1103 en date du 27 décembre 2017, prononcé la carence de la commune de Cannes au regard de ses objectifs de production de logements sociaux au titre de la période triennale 2014-2016 telle que définie par l'article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation, et a mentionné que l'atteinte d'un tel objectif peut se traduire à la fois par le biais d'opérations de construction neuve et d'opérations d'acquisition-amélioration. Par ailleurs, en application des dispositions précitées de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, cet arrêté de carence confère l'exercice du droit de préemption au préfet des Alpes-Maritimes, pour les biens affectés ou destinés à être affectés au logement. Toutefois, il est constant que le projet objet de la déclaration préalable litigieuse prévoit un changement de destination et ne constitue ni une cession entrant dans le champ du droit de préemption, ni une opération de construction neuve ou d'acquisition-amélioration, ni même une construction au sens des dispositions précitées de l'article L. 111-24 du code de l'urbanisme. Par suite, la commune de Cannes n'est pas fondée à soutenir que le projet méconnaîtrait l'arrêté n°2017-1103 en date du 27 décembre 2017 et la substitution de motif qu'elle demande ne peut dès lors être accueillie.

14. Deuxièmement, aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'urbanisme : " Sont compatibles avec le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale : / 1° Les plans locaux d'urbanisme prévus au titre V du présent livre ; / 2° Les plans de sauvegarde et de mise en valeur prévus au chapitre III du titre premier du livre III ; / 3° Les cartes communales prévues au titre VI du présent livre ; / 4° Les programmes locaux de l'habitat prévus par le chapitre II du titre préliminaire du livre III du code de la construction et de l'habitation ; / 5° Les plans de déplacements urbains prévus par le chapitre IV du titre premier du livre II de la première partie du code des transports ; / 6° La délimitation des périmètres d'intervention prévus à l'article L. 113-16 ; / 7° Les opérations foncières et les opérations d'aménagement définies par décret en Conseil d'Etat ; / 8° Les autorisations prévues par l'article L. 752-1 du code de commerce ; / 9° Les autorisations prévues par l'article L. 212-7 du code du cinéma et de l'image animée ; / 10° Les permis de construire tenant lieu d'autorisation d'exploitation commerciale prévus à l'article L. 425-4 ".

15. La commune fait valoir que le projet serait contraire aux objectifs contenus dans le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale (ci-après, " SCOT "). Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet contesté de changement de destination litigieux relèverait de l'une des hypothèses prévues par les dispositions précitées de l'article L. 142-1 du code de l'urbanisme imposant une compatibilité avec le SCOT. Par suite, la substitution de motif sollicitée par la commune ne peut être accueillie.

16. Troisièmement, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durable ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes () ". Aux termes de l'article L. 152-1 du même code : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Il résulte de ces dispositions que seuls le règlement d'un plan local d'urbanisme et ses documents graphiques sont opposables aux autorisations d'urbanisme, à l'exclusion de son projet d'aménagement et de développement durable et de son rapport de présentation.

17. Si la commune fait valoir que la décision d'opposition à déclaration préalable peut être fondée sur la méconnaissance par le projet des orientations du projet d'aménagement et de développement durable (ci-après, " PADD ") et notamment l'orientation n°17 qui vise à " Promouvoir le développement de logements sociaux dans le diffus grâce au droit de préemption urbain renforcé " et l'orientation n°11 qui vise à assurer la " pérennité de l'offre d'hébergement hôtelier cannoise () dans le respect de la qualité de vie des quartiers ", il résulte des dispositions précitées de l'article L. 151-1 du code de l'urbanisme que, contrairement au règlement et à ses documents graphiques, le PADD d'un PLU n'est pas directement opposable aux autorisations d'urbanisme. Par suite, ainsi que le soutient la société requérante, un tel motif ne peut légalement fonder l'opposition à déclaration préalable et la substitution de motif sollicitée par la commune de Cannes ne peut dès lors être accueillie.

18. Enfin, quatrièmement, la commune de Cannes, à qui était loisible de prévoir, au sein du règlement de la zone UA de son PLU des règles destinées à réglementer le changement de destination, ne peut se fonder, pour s'opposer à la déclaration préalable litigieuse, sur l'objectif général de " mixité sociale ", ce dernier ne constituant pas une règle d'urbanisme directement opposable à une demande d'autorisation d'urbanisme. Par suite, à supposer même que la commune sollicite une substitution de motif qui serait fondée sur l'atteinte, par le projet, à l'objectif de mixité sociale, cette dernière ne peut en tout état de cause pas être accueillie.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la société Swiss Global Invest est fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 22 novembre 2019 du maire de la commune de Cannes, ensemble la décision implicite par laquelle le maire de Cannes a rejeté son recours gracieux.

20. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

22. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Les dispositions introduites au deuxième alinéa de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme par l'article 108 de la loi du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaître tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision.

23. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

24. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté portant opposition à la déclaration préalable dont l'annulation est prononcée interdisaient la délivrance de l'autorisation en cause pour un autre motif que ceux que censure la présente décision. Il ne résulte pas non plus de l'instruction qu'un changement dans les circonstances de fait se soit produit depuis l'édiction de l'arrêté annulé ni, à plus forte raison, que la situation de fait existant à la date du présent jugement fasse obstacle à la non-opposition à déclaration préalable déposée par la société requérante. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au maire de Cannes, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la notification de la présente décision, de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable de la société requérante.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Swiss Global Invest, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que la commune de Cannes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

26. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Cannes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 novembre 2019 et la décision implicite de rejet du recours gracieux de la société par actions simplifiée Swiss Global Invest, pris par le maire de la commune de Cannes, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Cannes, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, d'accorder la déclaration préalable de travaux présentée le 24 septembre 2019 par la société par actions simplifiée Swiss Global Invest.

Article 3 : La commune de Cannes versera la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la société par actions simplifiée Swiss Global Invest sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée Swiss Global Invest et à la commune de Cannes.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2023.

La rapporteure,

signé

B. Le Guennec

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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