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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001895

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001895

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001895
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEMES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 8 mai 2020, 15 avril 2021 et 26 septembre 2022, M. C A et Mme B A, représentés par Me Calandri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération en date du 14 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Sospel a approuvé son plan local d'urbanisme en ce qu'elle a classé une partie de la parcelle cadastrée section AC nos 316 en zone naturelle, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 14 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Sospel de réexaminer le classement de la parcelle cadastrée section AC nos 316 dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir.

Les requérants soutiennent que :

- la délibération litigieuse n'a pas été régulièrement adoptée dès lors qu'il n'est pas justifié que, conformément à l'article L.2121-12 du code général des collectivités territoriales, une note explicative de synthèse, de nature à éclairer le sens et la portée des dispositions du plan local d'urbanisme soumises à l'approbation des conseillers municipaux, ainsi que l'ensemble des documents leur permettant de disposer d'une information adéquate relative au plan local d'urbanisme de Sospel, ont été adressés à ces derniers préalablement à la délibération attaquée ; à supposer même que les documents visés à l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme aient été transmis aux conseillers municipaux, le plan de zonage comporte une erreur de fait de nature à avoir exercé une influence sur le sens de la délibération approuvant ce plan local d'urbanisme communal ;

- le classement d'une partie de la parcelle cadastrée section AC nos 316 en zone naturelle est fondé sur des faits matériellement inexacts dès lors que le plan de zonage ne mentionne pas les constructions situées sur les parcelles voisines et entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme ; elle ne correspond pas aux objectifs définis par le projet d'aménagement et de développement durables ; un certificat d'urbanisme positif a été délivré le 1er octobre 2010 pour la construction d'une villa de 150 m² ; un tel classement est discriminatoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2021, la commune de Sospel, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Jacquemin, s'en remet à la sagesse du tribunal et conclut au rejet des conclusions présentées par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Le Guennec ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- les observations de Me Calandri, représentant les requérants ;

- et les observations de Me Bessis-Osty, substituant Me Jacquemin, représentant la commune de Sospel.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération en date du 14 novembre 2019, le conseil municipal de la commune de Sospel a approuvé son plan local d'urbanisme. Par un courrier en date du 13 janvier 2020, reçu le 14 janvier 2020 par la commune de Sospel, M. C A et Mme B A ont formé un recours gracieux, lequel a été implicitement rejeté. M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler la délibération en date du 14 novembre 2019 en ce qu'elle a classé une partie de la parcelle cadastrée section AC nos 316 en zone naturelle, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 14 janvier 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, applicable aux métropoles en vertu de l'article L. 5211-1 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () ". Aux termes de l'article L. 2121-13 du même code, également applicables aux métropoles : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

3. Il résulte de ces dispositions que la convocation aux réunions du conseil métropolitain doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le président de la métropole n'ait fait parvenir aux membres du conseil métropolitain, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

4. En l'espèce, les requérants soutiennent, sans être contredits, qu'il n'est pas établi qu'une note de synthèse aurait été jointe à la convocation de l'ensemble des membres du conseil municipal. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence d'écritures de la part de la commune de Sospel, que la maire de Sospel aurait fait parvenir aux membres du conseil municipal des documents leur permettant de disposer d'une information adéquate relative au plan local d'urbanisme de Sospel afin qu'ils puissent exercer utilement leur mandat ni même qu'elle n'aurait mis à disposition les pièces relatives au plan local d'urbanisme et ses annexes. Dans ces conditions, l'absence de la note explicative de synthèse a privé les conseillers municipaux d'une garantie et a, en outre, été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la délibération approuvant ce plan local d'urbanisme communal. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la délibération litigieuse a été approuvée à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des formalités prévues par les dispositions de l'article L.2121-12 du code général des collectivités territoriales.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites "zones N". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'une zone naturelle, dite " zone N ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison notamment de son caractère naturel.

7. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section AC nos316, appartenant aux époux A, a été classée, pour sa partie sud, en zone UB et pour sa partie nord, en zone naturelle. Les requérants soutiennent, sans être contredits, que leur parcelle n'a aucun intérêt écologique, esthétique ou historique quelconque, que son classement n'a en aucun cas vocation à prévenir un risque dès lors qu'elle n'est pas classée en zone rouge du plan de prévention des risques naturels, qu'elle n'accueille aucune exploitation forestière et qu'elle ne constitue pas un espace naturel identifié dans le rapport de présentation comme étant à protéger. Par ailleurs, il ressort des pièces versées au dossier par les requérants, non contestées en défense, que le plan de zonage, qui ne mentionne pas l'existence de nombreuses constructions situées sur les parcelles voisines de la parcelle litigieuse, pourtant identifiées tant par un plan cadastral qu'un procès-verbal de constat en date du 23 janvier 2020, est entaché d'inexactitude matérielle. Il ressort de ces mêmes pièces que le terrain d'assiette s'insère dans un secteur largement urbanisé, que l'intégralité des parcelles entourant la parcelle litigieuse sont bâties. Par ailleurs, la parcelle litigieuse est elle-même en partie classée en zone UB, correspondant à une zone urbaine dense constituant le support de développement de la commune, et à proximité immédiate de la zone UC, qui correspond au quartier résidentiel. De plus, il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section AC nos 316 litigieuse peut être desservie par les réseaux, compte tenu des servitudes existantes. En défense, la commune de Sospel, qui s'en remet à la sagesse du tribunal, ne produit aucun élément relatif aux caractéristiques de la parcelle et au parti pris d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme pour la détermination du classement de ladite parcelle. Dans ces conditions, en l'absence de toutes écritures en défense, les requérants sont fondés à soutenir que le classement d'une partie de la parcelle cadastrée section AC nos 316 en zone naturelle est fondé sur des faits matériellement inexacts et entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède, que M. et Mme A sont fondés à demander l'annulation de la délibération en date du 14 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Sospel a approuvé son plan local d'urbanisme, dans la limite de leurs conclusions, c'est à dire en tant uniquement qu'elle classe une partie de la parcelle cadastrée section AC nos 316, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 14 janvier 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. L'annulation partielle, par la présente décision, de la délibération en date du 14 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Sospel a approuvé son plan local d'urbanisme, implique, compte tenu des motifs d'annulation retenus par la présente décision, qu'il lui soit enjoint de réexaminer le classement audit plan de la partie de la parcelle cadastrée section AC nos 316 classée en zone naturelle.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération en date du 14 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Sospel a approuvé son plan local d'urbanisme, en tant qu'elle a classé une partie de la parcelle cadastrée section AC nos 316, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 14 janvier 2020, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Sospel de réexaminer le classement de la partie de la parcelle cadastrée section AC nos 316 classée en zone naturelle.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C A, à Mme B A et à la commune de Sospel.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

Mme Le Guennec, conseillère,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Albu, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

B. Le Guennec

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Albu

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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