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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2001931

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2001931

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2001931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP KLEIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mai 2020 et le 21 août 2020, la société SNADEC Environnement, représentée par Me Ciussi, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Cagnes-sur-Mer a refusé de lui délivrer le permis de construire n° PC 0060271900043 pour la régularisation d'une aire de lavage, d'une aire de décantation, d'une aire de benne filtrante, de quatre aires de stockage, d'un pare caillou et d'une extension de bureau.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence;

- le motif du refus fondé sur la méconnaissance de l'article 12.4 du plan local d'urbanisme métropolitain (PLUM) est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- le motif du refus fondé sur le classement d'une partie de la parcelle en espace boisé classé est entaché d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- le motif du refus fondé sur l'absence de respect des caractéristiques architecturales et paysagères de la zone UEc est erroné ;

- le motif du refus fondé sur le fait que la demande de permis de construire n'intègre pas la régularisation de bâtiments existants irréguliers est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- le motif de refus fondé sur l'impossibilité de vérifier la conformité du projet au regard des règles d'assainissement de l'hydraulique et du pluvial est erroné ;

- les constructions litigieuses sont devenues non conformes à la suite de la modification du PLUM.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 juillet 2020 et le 21 juillet 2020, la commune de Cagnes-sur-Mer, représentée par Me Fiorentino, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société SNADEC Environnement au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société SNADEC Environnement ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 novembre 2020, l'instruction a été clôturée immédiatement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère ;

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Fiorentino, représentant la commune de Cagnes-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. La société SNADEC Environnement occupe, par un bail commercial, la parcelle cadastrée section CT n° 47 à Cagnes-sur-Mer sur laquelle sont édifiés des locaux à usage de bureaux, ateliers, entrepôts et garages. A la suite d'une visite effectuée le 21 août 2019 par les services de la commune dans le cadre de ses missions de contrôle, il a été constaté que des travaux ont été réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le 14 octobre 2019, la société SNADEC Environnement a déposé un permis de construire pour la régularisation d'une aire de lavage, d'une aire de décantation, d'une aire de benne filtrante, de quatre aires de stockage, d'un pare caillou et d'une extension de bureau. Par un arrêté du 11 mars 2020, le maire de la commune de Cagnes-sur-Mer a refusé de délivrer ce permis de construire. Par la présente requête, la société SNADEC Environnement demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 11 mars 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté municipal n° 387/2014 du 4 avril 2014, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 2014/01, Mme Michèle Bottin, conseillère municipale, a reçu délégation du maire du Cannet pour signer les actes, arrêtés et correspondances en matière de droits des sols. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, pour refuser le permis de construire litigieux, le maire a notamment retenu comme motifs de refus, d'une part, que le dossier n'intègre pas la régularisation des bâtiments existants réalisés sans autorisation d'urbanisme et d'autre part, que la société SNADEC Environnement n'entre pas dans la rubrique des équipements d'intérêt collectif et de services publics autorisés en zone UEc.

4. D'une part, lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

5. Si, dans le cas où un immeuble est édifié en violation des prescriptions du permis de construire, un permis modificatif portant sur des éléments indissociables de cet immeuble ne peut être légalement accordé que s'il a pour objet de permettre la régularisation de l'ensemble du bâtiment, une telle exigence ne trouve pas à s'appliquer dans le cas où le permis de construire initial concerne plusieurs immeubles distincts et où la modification demandée ne concerne pas ceux de ces immeubles qui ont été édifiés en violation de ce permis de construire.

6. En l'espèce, il est constant qu'au cours de l'instruction de la demande de permis de construire, la commune a informé la société SNADEC Environnement par courrier du 22 octobre 2019, que le dossier déposé n'intégrait pas la demande de régularisation de toutes les constructions existantes irrégulières. Contrairement à ce que soutient la société requérante, la demande devait inclure la régularisation de l'ensemble des bâtiments dès lors que le permis de construire initial portait sur un seul immeuble, à savoir un entrepôt, et que les constructions pour lesquelles la régularisation est demandée, à l'exception d'une aire de stockage, présentent un lien physique avec les constructions existantes irrégulières pour lesquelles aucune régularisation n'avait été demandée. Il en résulte que le maire de la commune était tenu de refuser le permis de construire sollicité pour les constructions accolées aux bâtiments non autorisés par le permis initial ou autorisé mais ayant subi des transformations non autorisées.

7. D'autre part, l'article 1.2.4 du règlement de la sous zone UEc du plan local d'urbanisme de la métropole Nice Côte d'Azur (PLUM) autorise en zone UEc certaines installations et ouvrages aux nombres desquels figurent notamment " les équipements d'intérêt collectif et de services publics à conditions de s'inscrire dans les sous-destinations suivants : / locaux et bureaux recevant du public des administrations publiques, / locaux techniques et industriels des administrations publiques, / équipements sportifs, / autres équipements recevant du public " et " les dépôts de matériels à condition qu'ils soient liés au service d'intérêt collectif de traitement des déchets ". Aux termes de l'article R. 151-28 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les destinations de constructions prévues à l'article R. 151-27 comprennent les sous-destinations suivantes : /()/ 4° Pour la destination " équipements d'intérêt collectif et services publics " : locaux et bureaux accueillant du public des administrations publiques et assimilés, locaux techniques et industriels des administrations publiques et assimilés, établissements d'enseignement, de santé et d'action sociale, salles d'art et de spectacles, équipements sportifs, autres équipements recevant du public ; /() ".

8. Si la société requérante soutient que le classement des parcelles concernées en zone UEc au sein du PLU métropolitain serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, elle n'apporte aucun élément probant à l'appui de cette affirmation. Par ailleurs, si elle soutient exercer des activités liées à des missions conformes à l'intérêt collectif, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il s'agisse d'équipements d'intérêt collectif et services publics tels que définis par l'article R. 151-28 du code de l'urbanisme. En outre, elle n'établit ni même n'allègue que ses équipements correspondent aux sous-destinations listées. Enfin, la circonstance, à la supposer établie, que la société SNADEC Assainissement serait spécialisée dans l'entretien et le nettoyage des réseaux d'eaux et le traitement des déchets industriels, est sans influence dès lors que le refus de permis de construire litigieux est opposé à la société SNADEC Environnement et non à la société SNADEC Assainissement. Dès lors, le maire n'a commis aucune erreur de droit au regard de l'article 1.2.4 du PLUM.

9. Par suite, ces motifs de refus retenus par l'arrêté attaqué sont fondés et pouvaient, à eux seuls, justifier le refus du permis de construire opposé par le maire de la commune de Cagnes-sur-Mer.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par la société SNADEC Environnement doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Cagnes-sur-Mer, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société SNADEC Environnement une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Cagnes-sur-Mer au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SNADEC Environnement est rejetée.

Article 2 : La société SNADEC Environnement versera à la commune de Cagnes-sur-Mer la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société SNADEC Environnement et à la commune de Cagnes-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

Mme Chaumont, conseillère,

assistés de Mme Gialis, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

E. GIALIS

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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