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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002014

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002014

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 mai 2020, 18 mars et 2 août 2021, M. B D, représenté par Me Paloux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2019 par lequel le maire du Cannet a délivré à

M. A C un permis de construire de régularisation, ensemble la décision du 6 février 2020 rejetant son recours gracieux du 6 décembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Cannet une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que le projet crée un regard sur sa propriété, en violation de l'article 678 du code civil ;

- le dossier est entaché d'inexactitude, d'incomplétude et d'insuffisance au sens des articles R. 431-10 et R. 431-8 du code de l'urbanisme, en l'absence de production du document graphique et de précisions suffisantes sur le nouveau volume de constructions réalisé ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 421-3, R. 421-28, et L. 451-1 du code de l'urbanisme, d'une part, et des articles R. 451-1, R. 451-2, R. 451-3 du code de l'urbanisme, d'autre part, en l'absence de permis de démolir ;

- le permis de construire a été obtenu par fraude dans la mesure où les cotes de terrain retenues pour les travaux ne correspondent pas aux cotes du terrain naturel avant travaux ;

- le permis de construire a été délivré en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 février et 23 avril 2021, la commune du Cannet, représentée par Me Orlandini, conclut au rejet de la requête et à ce que M. D lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 26 mai 2021, M. C, représenté par Me Cycman, conclut au rejet de la requête et à ce que M. D lui verse une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 9 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 23 septembre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sandjo,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Paloux, représentant M. D, et de Me Gadd, représentant la commune du Cannet.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 juin 2013, le maire du Cannet a délivré à M. C un permis de construire, comportant des démolitions, pour une villa avec piscine sur une parcelle de terrain cadastrée B 769, dénombrement de la parcelle BC0330, sise 27 rue de Madrid - 06100 Le Cannet, après que M. C a accepté de céder gratuitement une fraction de son terrain pour l'élargissement de la rue de Madrid. Le 27 janvier 2015, il a obtenu un permis de construire modificatif n° 1 tacite, en vue de modifier ou de créer des ouvertures, de réaménager le sol de la partie Ouest du terrain, d'élargir la terrasse du second niveau et de recaler la piscine, qui devait initialement être enterrée partiellement. Par un arrêté du 11 octobre 2019 pris après avis favorable, sous prescription, de l'architecte des bâtiments de France, M. C a sollicité et obtenu de la mairie du Cannet un deuxième permis de construire modificatif n° 2, tendant à régulariser, après dénonciation, des travaux de recalage de la piscine, dont le caractère irrégulier a été dénoncé auprès de la mairie du Cannet par M. D, agissant en qualité de voisin immédiat du projet. Le 5 décembre 2019, M. D a saisi la mairie du Cannet d'un recours gracieux tendant au retrait du permis, au motif qu'il aurait été acquis par fraude. Par sa requête, M. D demande l'annulation de la décision implicite de rejet, née le 6 février 2020, du silence gardé par le maire du Cannet sur sa demande, ainsi que l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande du permis de construire :

2. D'une part, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. D'autre part, le caractère insuffisant du contenu de l'un des documents ne constitue pas nécessairement une irrégularité de nature à entacher la légalité de l'autorisation si l'autorité compétente est en mesure, grâce aux autres pièces produites, d'apprécier l'ensemble des critères exigés pour l'obtention d'une autorisation d'urbanisme.

S'agissant de l'absence de document graphique

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également :/ () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / () ".

4. Pour contester l'arrêté du 11 octobre 2019, le requérant fait valoir que le dossier de demande de permis ne comportait pas le document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction dans son environnement. Or, les pièces du dossier permettent d'établir que le dossier de demande du permis de construire contesté comporte au moins une photographie représentant les maisons d'habitation voisines implantées le long de la rue de Madrid, dont celle du requérant, ainsi qu'une prise de vue permettant de figurer l'environnement proche du projet. Dès lors, le service instructeur était en mesure d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions voisines. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant de l'absence de précisions suffisantes sur le volume de construction réalisé

5. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le plan de masse, les autres plans, la notice paysagère et les photographies joints au dossier de demande du permis de construire ont permis aux services instructeurs de la commune du Cannet d'apprécier le caractère du bâtiment projeté, son impact visuel, son insertion dans l'environnement existant et le traitement des espaces libres. Ces documents présentent les façades avant et arrière de l'immeuble projeté, sans omettre les travaux de recalage de la piscine aménagée antérieurement sur le terrain d'assiette, ainsi que la dépose de la terrasse aménagée initialement sans autorisation. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notice complète doit être écarté comme manquant en fait.

S'agissant de l'absence de permis de démolir

7. Selon l'article R. 421-28 du code de l'urbanisme : " Doivent en outre être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction : a) Située dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application de l'article L. 631-1 du code du patrimoine ; b) Située dans les abords des monuments historiques définis à l'article L. 621-30 du code du patrimoine ou inscrite au titre des monuments historiques ; c) Située dans le périmètre d'une opération de restauration immobilière définie à l'article L. 313-4 ; d) Située dans un site inscrit ou un site classé ou en instance de classement en application des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l'environnement ; / (). ". Selon l'article R. 431-21 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement ".

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a déposé sa demande de permis de construire au moyen du formulaire cerfa relatif au permis de construire pouvant valoir permis de démolir. Par ailleurs, la démolition du support métallique, réalisé irrégulièrement autour de la piscine en vue de son recalage, ne créait aucune surface de plancher additionnelle et pouvait être démontée sans permis de démolir. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de permis de démolir doit être écarté.

En ce qui concerne la fraude alléguée :

9. D'une part, un permis de construire ne peut faire l'objet d'un retrait, une fois devenu définitif, qu'au vu d'éléments, dont l'administration a connaissance postérieurement à la délivrance du permis, établissant l'existence d'une fraude à la date où il a été délivré. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.

10. D'autre part, lorsqu'une construction a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de déposer une déclaration ou de présenter une demande de permis portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. En revanche, une telle exigence ne trouve pas à s'appliquer dans le cas où les travaux effectués sans autorisation concernent d'autres éléments bâtis sur le terrain d'assiette du projet si le permis demandé ne porte pas sur ces éléments distincts du projet, sauf si ces derniers forment avec la construction faisant l'objet de la demande d'extension, en raison de liens physiques ou fonctionnels entre eux, un ensemble immobilier unique.

11. Pour contester le permis de construire de régularisation du 11 octobre 2019, le requérant fait valoir qu'il a été obtenu par fraude car le pétitionnaire aurait procédé irrégulièrement à un rehaussement du terrain naturel avant travaux, dans le but de tromper les services instructeurs sur la pente des travaux, et en violation des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

12. Si le requérant fait valoir que la cote de terrain naturel figurant à 69.38 dans le dossier de demande du permis de construire attaqué s'établirait en réalité à 70.14, les pièces du dossier permettent d'établir que les services instructeurs de la commune ont été parfaitement informés par le pétitionnaire sur l'exactitude des différentes cotes de terrain entre celles qui existaient pour le permis initial délivré en 2013 et les cotes contenues dans le dossier de demande du permis modificatif n°1 délivré le 27 janvier 2015. En particulier, une attestation d'expert du 15 juillet 2014 a eu pour but de préciser que les différences de cotes alléguées entre les deux autorisations sont la résultante d'une différence des modalités de relevés de géomètre, mais que cette différence de mode de relevé ne change aucunement la géométrie et les contraintes du terrain, seules étant modifiés les références altimétriques, avec une " variation de -3.12m ". Ces cotes, issues d'un relevé topographique sur le terrain d'assiette, ne peuvent être remises en question par des relevés issus d'une méthode extrapolée à partir de la seule observation de plans, telle que celle issue du rapport d'expertise du 18 décembre 2020 présenté par le requérant.

13. En tout état de cause, et à supposer même que les cotes auraient été modifiées de manière irrégulière, il ressort des pièces du dossier et en particulier du rapport d'expertise du 18 décembre 2020 visé au point précédent que l'écart entre les deux relevés ne serait que de 0 à 1.30 mètres, et non pas de 3.25 mètres, comme le soutient le requérant. Dans ces conditions, l'élément matériel de la fraude n'est pas caractérisé. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :

14. Aux termes de l'article R 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

15. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage au sens de cet article, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

16. D'une part, s'il est constant que le projet est implanté dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, les photos produites aux débats révèlent que le terrain d'assiette est situé dans un secteur urbain au sein duquel sont implantés des maisons d'habitation. D'autre part, l'architecte des bâtiments de France a émis un avis favorable pour le projet contesté à plusieurs reprises, les 31 juillet 2019, 21 août 2019, 25 septembre 2019 et 9 octobre 2019. Si les deux premiers avis ont été assortis de prescriptions et de recommandations, les deux derniers avis ont été émis sans réserve. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le projet de régularisation en litige est de nature, eu égard notamment à sa configuration, à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire du Cannet aurait entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Cannet, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. D une somme de 800 euros à verser respectivement à la commune du Cannet et à M. C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : M. D versera à la commune du Cannet une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. D versera à M. C la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la commune du Cannet et à M. A C.

Copie en sera adressée pour information au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

Mme Sandjo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

G. SANDJO

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

O. MOULOUD

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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