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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002141

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002141

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAWTEC - SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 juin 2020 et 30 avril 2021, la société anonyme à responsabilité limitée " Sky ", prise en la personne de son gérant M. A C et représentée par Me Zago, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2020 par lequel le maire de la commune de Cannes a refusé le permis de construire n° PC 06029 19 0109 pour la démolition partielle de la toiture et le rehaussement de la façade d'une construction située sur un terrain cadastré AI n° 361 et AI n° 362 au 5, rue Louis Brouchier à Cannes ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Cannes de réexaminer la demande de permis de construire sur le fondement des dispositions applicables à la date du 27 février 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cannes la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- l'arrêté litigieux est signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que la construction n'ayant pas fait l'objet d'une démolition, il n'y avait pas lieu d'opposer la jurisprudence du Conseil d'Etat du 16 mars 2015, M. et Mme F, n° 369553 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 3.3 section E du titre 2 du plan local d'urbanisme de Cannes relatif à l'implantation des constructions par rapport aux arbres ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 1.7 de la section A du titre 2 du même document d'urbanisme relatif aux accès ;

- il méconnaît les dispositions de l'article U4.3 du même document d'urbanisme relatif aux toitures ;

- et il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme au regard du risque d'inondation.

Par trois mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrées les 29 mars 2021, 31 mars 2021, 28 avril 2021, 8 décembre 2022 et 21 septembre 2023, la commune de Cannes, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

La commune fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce que la société anonyme à responsabilité limitée Sky n'est pas propriétaire de la parcelle AI n° 361 ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 novembre 2023 :

- le rapport de M. Combot ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Zago, représentant la société anonyme à responsabilité limitée Sky et de Mme B représentant la commune de Cannes.

Une note en délibéré présentée par la société anonyme à responsabilité limitée Sky a été enregistrée le 9 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 27 février 2020, le maire de la commune de Cannes a refusé le permis de construire n° PC 06029 19 0109 sollicité par la société anonyme à responsabilité limitée (ci-après, " SARL ") " Sky " pour la démolition partielle de la toiture, le rehaussement de la façade et l'agrandissement d'une construction située sur un terrain cadastré AI n° 361 et AI n° 362 au 5, rue Louis Brouchier à Cannes. La SARL Sky demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté n° 14/1192 du 28 avril 2014 modifié par arrêté du 16 mai 2014, M. D E, septième adjoint au maire, a reçu délégation de fonction et de signature en matière d'urbanisme pour signer toutes les autorisations, dont l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige manque en fait et doit être écarté.

3. Lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

4. En l'espèce, l'arrêté litigieux du 27 février 2020 par lequel le maire de la commune de Cannes a refusé le permis de construire à la SARL Sky est fondé notamment sur le motif que l'aile de la construction sur laquelle les travaux de rehaussement et de démolition de la toiture sont demandé a été démolie puis reconstruite sans autorisation et qu'ainsi, à défaut d'avoir intégrés ces travaux dans la demande de permis conformément aux principes rappelés au point précédent, les règles susmentionnées avaient été méconnues. Premièrement, si la société requérante soutient que l'aile de la construction n'a pas été démolie puis reconstruite produisant au soutien de ses allégations une photographie de mai 2016 ainsi que des témoignages, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'infraction du 20 septembre 2017 qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, du jugement du tribunal correctionnel de Grasse du 7 janvier 2020 et de l'arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence du 11 janvier 2021, que cette aile de la construction a été démolie puis reconstruite sans autorisation. Deuxièmement, si la SARL Sky soutient que les travaux de démolition et de reconstruction ont été autorisés par une décision non opposition tacite à déclaration préalable n° DP 006029 2013 0322, il ressort des pièces du dossier que cette déclaration préalable accordée à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Marybeau et qui n'a, au demeurant, pas fait l'objet d'un transfert au bénéfice de la société requérante, n'avait pas pour objet la démolition complète de la construction et sa reconstruction mais la seule démolition d'une partie de cette construction dans le but de créer un accès à la parcelle voisine. Il s'ensuit que le motif de refus susmentionné retenu par l'arrêté litigieux est fondé et pouvait dès lors, à lui seul, justifier le refus de permis de construire opposé par la commune de Cannes.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Cannes, que la requête de la SARL Sky doit être rejetée, y compris les conclusions présentées à fin d'injonction ainsi que sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société anonyme à responsabilité limitée Sky est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à a société anonyme à responsabilité limitée Sky et à la commune de Cannes.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

M. Holzer, conseillère ;

M. Combot, conseiller ;

Assistés de Mme Sussen, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 30 novembre 2023.

Le rapporteur,

signé

J. Combot

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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