mardi 27 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2002183 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL MAITRE BARBARO ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 juin 2020, la communauté d'agglomération du Pays de Grasse, représentée par Me Barbaro, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement la société BAUA ARCHITECTURE, en sa qualité de maitre d'œuvre d'exécution, et la société DEGIVRY au paiement de la somme de 612 561 euros hors taxes ;
2°) de mettre solidairement à la charge de la société BAUA ARCHITECTURE et de la société DEGIVRY la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
1°) à titre principal :
- les travaux du lot n°3 ont été tacitement réceptionnés ;
- de nombreux désordres et malfaçons concernant les menuiseries, les WC publics et l'écoulement des eaux dans le bâtiment depuis le patio et l'entrée principale ont été constatés, compromettant la solidité de l'ouvrage ou le rendant impropre à sa destination ;
- la société DEGIVRY n'a réalisé qu'une partie du chantier et certains travaux ont dû faire l'objet d'une reprise avant la prise de possession des lieux, de sorte qu'ils n'ont pas le caractère de vices apparents ; l'apparition de fuites et les problèmes d'isolation thermique dans le dojo ne se sont révélés qu'à l'utilisation des lieux et étaient difficilement visibles à la prise de possession des lieux ;
- la responsabilité décennale de l'architecte et de l'entrepreneur en charge du lot n°3 doit donc être engagée ;
- la société BAUA ARCHITECTURE et la société DEGIVRY sont donc solidairement tenues au paiement du montant des travaux de remédiation chiffrés par l'expert dans son rapport du 22 mai 2018 ;
2°) à titre subsidiaire :
- la responsabilité contractuelle du maitre d'œuvre est engagée en raison des fautes commises dans sa mission de conception et d'exécution des travaux ainsi que dans sa mission de conseil et de surveillance lors des opérations de réception compte tenu de l'absence de suivi du chantier et du défaut de surveillance commis :
- les situations de travaux payées par la maitrise d'ouvrage ont toutes été visées et validées par la société BAUA ARCHITECTURE à hauteur de 97,93% alors qu'il résulte des opérations d'expertise que la société DEGIVRY n'a pas même réalisé 95% des travaux de son lot ;
- le maitre d'œuvre n'a pas tenu compte des avis négatifs du contrôleur technique ni demandé à la société DEGIVRY de reprendre l'ensemble de l'ouvrage ;
- la responsabilité contractuelle de la société DEGIVRY est engagée en raison des désordres et malfaçons constatés, également dus à des erreurs d'exécutions notoires, manifestes et généralisées ;
- l'expert et son sapiteur ont chiffré le coût des travaux de reprise des travaux du lot " menuiseries extérieures - serrurerie " à la somme de 505 140 euros hors taxes à laquelle s'ajoute les honoraires de la maitrise d'œuvre d'exécution à hauteur de 65 668 euros hors taxes, soit un montant total estimatif de 570 808 euros hors taxes ;
- l'expert et son sapiteur ont chiffré le coût des travaux de reprise des travaux du lot " VRD " à la somme de 44 340 euros toutes taxes comprises ;
- les travaux de plomberie concernant les sanitaires, estimés à la somme de 2 400 euros toutes taxes comprises, ont fait l'objet d'une transaction ;
- la société DEGIVRY et la société BAUA ARCHITECTURE seront solidairement condamnées à lui verser la somme de 612 561 hors taxes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2020, la société ARTELIA, venant aux droits de la société ARTELIA BATIMENT et INDUSTRIE, représentée par Me Mauduy-Dolfi, conclut :
1°) à sa mise hors de cause ;
2°) au rejet des demandes, prétentions et ou appels en garantie dirigés à son encontre ;
3°) à ce que soit mis solidairement à la charge des parties succombantes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les désordres allégués ne relèvent pas du périmètre de la mission qui lui a été confiée ;
- l'expert n'a imputé aucun désordre à son encontre ;
- la communauté requérante ne forme aucune conclusion contre elle.
Par un courrier adressé le 13 janvier 2023, la société BAUA ARCHITECTURE, Me Funel pris en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société DEGIVRY et Me Garnier pris en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société SOREN BTP, en vertu de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, ont été mises en demeure de produire leurs observations en réponse à la requête de la communauté d'agglomération du Pays de Grasse dans un délai de trente jours, sous peine d'être réputées avoir acquiescé aux faits exposés par la requérante. Cette mise en demeure est restée sans effet.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période au cours de laquelle l'affaire serait susceptible d'être appelée à l'audience et de la date, fixée au 13 septembre 2023, à partir de la laquelle une clôture d'instruction à effet immédiat pourrait intervenir.
La clôture de l'instruction à effet immédiat est intervenue le 12 octobre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 16 juillet 2018, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. A.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 février 2024 :
- le rapport de Mme Gazeau,
- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,
- et les observations de Me Barbaro, représentant la communauté d'agglomération du Pays de Grasse.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté d'agglomération Pôle Azur Provence a confié en 2011 la maîtrise d'œuvre de la construction, sur le territoire de la commune de La Roquette-sur-Siagne, d'un espace culturel et sportif de la vallée de la Siagne à la société BAUA ARCHITECTURE et lot n°3 de la réalisation de cet ouvrage " menuiseries extérieures - serrurerie " à la société DEGIVRY. Par le présent recours, la communauté d'agglomération du Pays de Grasse, qui vient aux droits de la communauté d'agglomération Pôle Azur Provence depuis le 1er janvier 2014, demande la condamnation solidaire de la société BAUA ARCHITECTURE et de la société DEGIVRY au paiement de la somme de 612 561 euros hors taxes correspondant au coût des travaux de reprise des désordres et malfaçons affectant l'ouvrage.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et qu'il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.
Sur la demande de mise hors de cause de la société ARTELIA :
3. La requête de la communauté d'agglomération du Pays de Grasse ne comporte aucune conclusion mettant en cause la société ARTELIA, venant aux droits de la société SOTEC INGENIERIE. Cette dernière est donc fondée à demander sa mise hors de cause.
Sur la responsabilité décennale des constructeurs :
4. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la garantie décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
5. Il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la responsabilité décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.
En ce qui concerne la réception de l'ouvrage :
6. La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. Si elle interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation, elle ne met fin aux obligations contractuelles des constructeurs que dans cette seule mesure. Ainsi, la réception demeure, par elle-même, sans effet sur les droits et obligations financiers nés de l'exécution du marché, à raison notamment de retards ou de travaux supplémentaires, dont la détermination intervient définitivement lors de l'établissement du solde du décompte définitif. Seule l'intervention du décompte général et définitif du marché a pour conséquence d'interdire au maître de l'ouvrage toute réclamation à cet égard.
7. D'une part, il est constant que les travaux correspondant au lot n°3 n'ont pas fait l'objet d'une réception expresse par le maître d'ouvrage dans les conditions prévues par l'article 41 du cahier des clauses administratives générales applicable au marché en cause.
8. D'autre part, la communauté d'agglomération du Pays de Grasse se prévaut d'une réception tacite de l'ouvrage. Il résulte de l'instruction et notamment des écritures de la collectivité requérante, non contredites en défense, la société DEGIVRY représentée par son liquidateur judiciaire, la société SOREN BTP représentée par son liquidateur judiciaire et la société BAUA ARCHITECTURE n'ayant pas produit d'observations en défense en dépit de la mise en demeure qui leur a été adressée, ainsi que du mémoire produit par la société ARTELIA, que des opérations préalables à la réception du lot n°3 se sont déroulées le 24 janvier 2014 et ont donné lieu à un procès-verbal assorti de nombreuses réserves relatives à des travaux et prestations non exécutés, que la société DEGIVRY a été convoquée le 4 mars 2014 par la maitrise d'ouvrage et la maitrise d'œuvre à de nouvelles opérations préalables de réception, à laquelle cette dernière ne s'est pas rendue, que celle-ci a été par la suite, par jugement du 12 mars 2014, placée en liquidation judiciaire, que le marché attribué à la société DEGIVRY a été résilié par son liquidateur judiciaire le 24 mars 2014, que la communauté d'agglomération a pris possession de l'ouvrage et a procédé à son inauguration le 25 janvier 2014 et, enfin, a réglé la quasi-totalité du montant des travaux. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction, en l'état du dossier, que le maître d'ouvrage souhaitait formuler des réserves sur les travaux réalisés, réserves qui auraient au demeurant eu pour effet de faire échec à l'engagement de la responsabilité décennale des constructeurs. Dans ces circonstances particulières, le maître d'ouvrage doit être regardé comme ayant entendu prononcer tacitement la réception sans réserve des travaux du lot n°3. Il suit de là que la responsabilité des constructeurs ne peut qu'être engagée sur le fondement de la garantie décennale.
En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :
9. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise judiciaire, que les désordres affectant l'espace culturel et sportif de la vallée de la Siagne résident dans d'importants défauts affectant les menuiseries en raison de nombreuses non-conformités aux documents contractuels du marché telles que par exemple, des menuiseries extérieures qui n'assurent pas leurs fonctions de clos et de couvert, des murs rideaux instables car constitués pour certains de profilés sous-dimensionnés, d'importants défauts de pose et de calage des vitrages, ou encore d'une absence de profilé à forte inertie induisant une flexion de certaines façades légères et ensemble menuisé au regard des pressions dynamiques des vents dominants. Ces désordres, qui trouvent principalement leur origine dans l'inexécution et les malfaçons affectant les menuiseries du bâtiment, génèrent, par leur importance, tel que l'a relevé l'expert, une instabilité qui affecte la solidité des ouvrages de façade qui peuvent à tout moment s'effondrer, et peuvent en outre mettre en péril la sécurité des biens et des personnes. L'expert a constaté que " seul le remplacement total des équipements et la remise en conformité des avoisinants seront retenus " pour remédier aux désordres. Ainsi, ces désordres par leur importance et leur caractère généralisé, portent atteinte à la solidité de l'ouvrage. Par suite, les désordres constatés doivent être regardés comme étant de nature décennale.
10. D'autre part et toutefois, il résulte du rapport d'expertise que l'expert a constaté, s'agissant des prestations du lot menuiseries, que des désordres étaient apparents lors des opérations de réception et concernaient non pas des inachèvements ou des dysfonctionnements mais des vices apparents affectant la qualité et la nature même de ces ouvrages destinés à assurer le clos et le couvert de cet établissement. Il résulte ainsi de l'instruction et notamment des constatations de l'expert judiciaire que les désordres et inexécutions affectant les menuiseries de l'espace culturel et sportif se sont révélés avant que la communauté d'agglomération ne prenne possession de l'ouvrage et procède à l'inauguration du bâtiment le 25 janvier 2014 et que ces désordres et inexécutions étaient ainsi connus de la collectivité, qui les avait d'ailleurs constatés dès le 14 janvier 2014 ainsi que cela résulte de l'instruction, et signalés en faisant procéder à un état du chantier par M. B, ingénieur expert près la cour administrative d'appel de Marseille le 22 janvier 2014. Le rapport d'expertise, s'il identifie la cause technique de ces désordres n'a pas révélé d'aggravation qui en aurait modifié la nature ou l'ampleur postérieurement aux premières constatations intervenues avant la réception tacite des travaux, quand bien même des travaux de reprise ont été réalisés avant la prise de possession qui n'ont pas mis fin auxdits désordres, les menuiseries extérieures n'ayant jamais assuré leurs fonctions de clos et de couvert ainsi que cela résulte des constatations de l'expert. Par suite, il résulte de l'instruction que la communauté d'agglomération du Pays de Grasse n'est pas fondée à rechercher la responsabilité des sociétés BAUA ARCHITECTURE et DEGIVRY sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs pour les désordres en cause.
Sur la responsabilité contractuelle à titre subsidiaire :
En ce qui concerne la responsabilité contractuelle du maitre d'œuvre et de l'entrepreneur :
11. La réception d'un ouvrage est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle vaut pour tous les participants à l'opération de travaux, même si elle n'est prononcée qu'à l'égard de l'entrepreneur, et met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. Si elle interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation, elle ne met fin aux obligations contractuelles des constructeurs que dans cette seule mesure. Ainsi la réception demeure, par elle-même, sans effet sur les droits et obligations financiers nés de l'exécution du marché, à raison notamment de retards ou de travaux supplémentaires, dont la détermination intervient définitivement lors de l'établissement du solde du décompte définitif. Seule l'intervention du décompte général et définitif du marché a pour conséquence d'interdire au maître de l'ouvrage toute réclamation à cet égard.
12. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la communauté d'agglomération du Pays de Grasse doit être regardée comme ayant entendu prononcer tacitement la réception sans réserve des travaux du lot n°3.
13. Dans ces circonstances, et alors qu'il n'est en tout état de cause ni établi ni même allégué qu'une stipulation du marché liant les constructeurs à la communauté d'agglomération du Pays de Grasse s'opposerait à l'extinction des rapports contractuels résultant de la réception ainsi prononcée, cette dernière n'est pas fondée à solliciter la condamnation de la société DEGIVRY, titulaire du lot n°3, sur le fondement de la responsabilité contractuelle à raison des désordres, malfaçons et inexécutions affectant les menuiseries extérieures.
14. Par ailleurs, la réception de l'ouvrage mettant fin aux rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre en ce qui concerne les prestations indissociables de la réalisation de l'ouvrage, au nombre desquelles figurent, notamment, les missions de conception de cet ouvrage ainsi que les prestations de contrôle et de suivi des travaux, la collectivité requérante ne peut davantage solliciter la condamnation du maître d'œuvre sur le fondement de la responsabilité contractuelle au titre de sa mission de conception et de sa mission de surveillance de l'exécution des travaux.
15. Toutefois, la responsabilité des maîtres d'œuvre pour manquement à leur devoir de conseil peut être engagée, dès lors qu'ils se sont abstenus d'appeler l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage et dont ils pouvaient avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves. Ce devoir de conseil implique que le maître d'œuvre signale au maître d'ouvrage toute non-conformité de l'ouvrage aux stipulations contractuelles, aux règles de l'art et aux normes qui lui sont applicables, afin que celui-ci puisse éventuellement ne pas prononcer la réception et décider des travaux nécessaires à la mise en conformité de l'ouvrage.
16. Il résulte de l'instruction que les nombreux désordres relatifs aux menuiseries extérieures, générant des fuites et entrées d'eau dans le bâtiment, procèdent soit d'une non-conformité des travaux aux documents contractuels d'exécution, soit d'un inachèvement ou d'un défaut même d'exécution des travaux objets du lot n°3, que l'expert a d'ailleurs qualifié, dans ses conclusions, " d'erreurs d'exécutions notoires, manifestes, généralisées ", qui étaient connus du maître d'œuvre lors de la réception de l'ouvrage et avant même ladite réception. Il ne résulte pas de l'instruction que l'ampleur et la gravité de ses conséquences ne pouvaient être appréhendées dès cette réception. Il s'ensuit que le maître d'œuvre a commis une faute dans l'exercice de son devoir de conseil qui engage sa responsabilité à l'égard du maître de l'ouvrage.
17. Il suit de là que la communauté d'agglomération du Pays de Grasse est fondée à soutenir que la société BAUA ARCHITECTURE a manqué à son obligation de conseil en présentant des situations de travaux visées et validées pour le lot n°3, ayant eu pour conséquence de la priver de procéder à la résiliation du marché conclu avec la société DEGIVRY, et en s'abstenant d'appeler son attention sur des défauts de conception et d'exécution qui auraient justifié qu'elle ne réceptionne pas l'ouvrage, et que ce manquement est de nature à engager la responsabilité contractuelle de l'architecte pour réparer les préjudices qu'elle a subis.
18. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 17, la société BAUA ARCHITECTURE n'est pas la seule responsable des dommages invoqués, lesquels procèdent, pour une large part, soit d'une non-conformité des travaux aux documents contractuels d'exécution, soit d'un inachèvement ou d'un défaut même d'exécution des travaux objets du lot n°3 et relèvent donc de la responsabilité de la société DEGIVRY qui ne peut cependant ni être engagée sur le terrain de la responsabilité contractuelle, la réception des travaux ayant été prononcée, ni sur le terrain de la décennale, les vices étant apparents à la réception. En outre, ainsi qu'il a été dit précédemment, les désordres et inexécutions affectant l'espace culturel et sportif étaient connus de la collectivité avant que celle-ci ne prenne possession de l'ouvrage et procède à l'inauguration du bâtiment le 25 janvier 2014. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de la part de responsabilité incombant au maître d'œuvre à raison d'un manquement à son devoir de conseil lors des opérations de réception en la fixant à 15%.
En ce qui concerne les préjudices :
19. Du fait de son manquement à son devoir de conseil auprès du maître d'ouvrage, la société BAUA ARCHITECTURE a privé la communauté d'agglomération du Pays de Grasse de la possibilité de ne pas réceptionner les ouvrages ou d'émettre des réserves ainsi que de la possibilité même de résilier le marché conclu avec la société DEGIVRY. Le maître d'ouvrage a dès lors droit à l'indemnisation des frais de reprise des travaux de menuiseries extérieures à raison du manquement commis par le maitre d'œuvre à son devoir de conseil lors des opérations de réception pour la part de responsabilité qui lui incombe telle que déterminée au point précédent.
20. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que l'expert a conclu que " seul le remplacement total des équipements et la remise en conformité des avoisinants seront retenus pour un montant arrêté à 612 561 euros HT ". Pour obtenir ce chiffrage, l'expert a estimé, sur la base des conclusions du sapiteur, que le remplacement total des équipements incriminés y compris la reprise des embellissements avoisinants (lot 3A menuiseries extérieures) s'élevait à la somme de 421 600 euros hors taxes, que le remplacement total des équipements incriminés y compris la reprise des embellissements avoisinants (lot 3B serrureries extérieures) s'élevait à la somme de 83 540 euros hors taxes, que la fourniture et la pose de caniveau à grille, y compris sciage des revêtements et terrasses en fouille (patio - parvis - locaux techniques) s'élevaient à la somme de 28 250 euros hors taxes, que le regard de branchement patio - parvis s'élevait à la somme de 3 900 euros hors taxes, que la fourniture et la pose de canalisations en arêtes de poisson dans le patio s'élevaient à la somme de 4 800 euros hors taxes et qu'enfin, les honoraires de la maitrise d'œuvre, estimés à 13%, s'élevaient à la somme de 70 471 euros hors taxes.
20. En l'absence de contradiction apportée par la société BAUA ARCHITECTURE à de telles demandes, qui n'a pas défendu malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, et qui ne conteste ainsi ni le principe ni le montant des frais de reprise estimés par l'expert judiciaire et repris par la requérante, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par la communauté d'agglomération du Pays de Grasse en l'évaluant à la somme de 91 884 euros hors taxes imputable à la société BAUA ARCHITECTURE.
Sur les intérêts moratoires :
21. La communauté d'agglomération du Pays de Grasse a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point précédent à compter du 5 juin 2020, date d'enregistrement de la requête.
Sur la charge définitive des dépens :
22. En application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 67 719 euros TTC, à la charge définitive de la société BAUA ARCHITECTURE à hauteur de 15% de cette somme, et le reste de cette somme à la charge définitive de la communauté d'agglomération du Pays de Grasse.
Sur les frais liés au litige :
23. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société BAUA ARCHITECTURE la somme de 1 500 euros à verser à la communauté d'agglomération du Pays de Grasse au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu en revanche dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de la société ARTELIA présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La société ARTELIA est mise hors de cause dans la présente instance.
Article 2 : La société BAUA ARCHITECTURE versera à la communauté d'agglomération du Pays de Grasse la somme de 91 884 euros hors taxes, avec intérêt au taux légal à compter du 5 juin 2020.
Article 3 : Les frais et honoraires de l'expertise de M. A, prescrite par les ordonnances n°1402531, 1404672, 1503172 et 1601990, liquidés et taxés à la somme de euros 67 719 euros TTC par l'ordonnance du 16 juillet 2018, sont mis à la charge définitive de la société BAUA ARCHITECTURE à hauteur de 15% de cette somme et à la charge définitive de la communauté d'agglomération du Pays de Grasse à hauteur de 85% de cette même somme.
Article 4 : La société BAUA ARCHITECTURE versera à la communauté d'agglomération du Pays de Grasse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la communauté d'agglomération du Pays de Grasse, à Me Funel en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société DEGIVRY, à la société BAUA ARCHITECTURE, à Me Garnier en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société SOREN BTP et à la société ARTELIA.
Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Soli, président,
Mme Gazeau, première conseillère,
Mme Guilbert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.
La rapporteure,
signé
D. Gazeau
Le président,
signé
P. Soli La greffière,
signé
L. Bianchi
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026