jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2002407 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS DAMY GREGORY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 22 juin 2020 sous le numéro 2002407, M. D A et Mme B C, représentés par Me Damiano, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 avril 2020 du ministre de l'intérieur en tant qu'il a refusé de déclarer l'état de catastrophe naturelle pour la commune de Carros au titre des évènements de type mouvement de terrain pour les dates du 20 au 22 décembre 2019.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaquée est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il appartient à l'administration de justifier de la régularité de la composition de la commission interministérielle prévue par la circulaire interministérielle du 27 mars 1984 relative à l'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfecture ait transmis au ministère de l'intérieur les pièces prévues par la circulaire du 19 mai 1998 relative à la constitution des dossiers concernant les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- l'état de catastrophe naturelle pour mouvements de terrain a été reconnu pour les communes voisines, notamment pour les communes de Broc, Saint Jeannet et Gilette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2020, le ministre de l'intérieur, représenté par la SELAS Arco-Legal, doit être regardé comme concluant au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme A.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par un courrier du 5 juin 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public relevé d'office et tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête n° 2002407 tendant à ce que le tribunal annule l'arrêté du 28 avril 2020 du ministre de l'intérieur, en tant qu'il a refusé de déclarer l'état de catastrophe naturelle pour la commune de Carros au titre des évènements de type mouvement de terrain pour les dates du 20 au 22 décembre 2019, qui sont dépourvues d'objet, dès lors que l'arrêté du 28 avril 2020 n'avait pas pour objet de se prononcer sur la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrains survenus dans la nuit du 20 au 21 décembre 2019 sur le territoire de la commune de Carros.
II. Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2020 sous le numéro 2003464, M. D A et Mme B C, représentés par Me Damiano, doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2020 du ministre de l'intérieur, en tant qu'il a refusé de déclarer l'état de catastrophe naturelle pour la commune de Carros au titre des évènements de type mouvement de terrain pour les dates du 20 au 22 décembre 2019, ainsi que la décision du 23 juin 2020 rejetant leur recours gracieux.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il appartient à l'administration de justifier de la régularité de la composition de la commission interministérielle prévue par la circulaire interministérielle du 27 mars 1984 relative à l'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfecture ait transmis au ministère de l'intérieur les pièces prévues par la circulaire du 19 mai 1998 relative à la constitution des dossiers concernant les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- l'état de catastrophe naturelle pour mouvements de terrain a été reconnu pour les communes voisines, notamment pour les communes de Broc, Saint-Jeannet et Gilette.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2021, le ministre de l'intérieur, représenté par la SELAS Arco-Legal, doit être regardé comme concluant au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de de M. et Mme A.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- la circulaire interministérielle du 19 mai 1998 relative à la constitution des dossiers concernant des demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle relatif à la constitution, la validation et la transmission des dossiers ;
- la circulaire n° 84-90 du 27 mars 1984 relative à l'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles, modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 juin 2023 :
- le rapport de M. Cherief, conseiller,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
- et les observations de Me Damiano pour M. et Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A sont propriétaires d'une maison située au 761 chemin du Claret, à Carros, dans le département des Alpes-Maritimes. A la suite d'importantes précipitations survenues dans la nuit du 20 au 21 décembre 2019, trois murs en béton armé constituant une seule nappe de treillis soudé se sont effondrés sur le terrain situé à l'aval de la propriété des requérants en contre-bas entrainant le glissement des remblais contenus à l'arrière de ces murs. Par une demande du 24 décembre 2019, le maire de la commune de Carros a sollicité la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrains survenus dans la nuit du 20 au 21 décembre 2019. Par un arrêté du 27 janvier 2020, notifié à la commune le 12 mars 2020, le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de la commune de Carros. Par un second arrêté du 28 avril 2020, le ministre de l'intérieur a reconnu l'état de catastrophe naturelle pour la commune de Carros au titre des inondations et coulées de boue survenues du 19 décembre 2019 au 21 décembre 2019. Par les présentes requêtes, M. et Mme A demandent au tribunal, d'une part, d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2020 du ministre de l'intérieur, en tant qu'il a refusé de déclarer l'état de catastrophe naturelle pour la commune de Carros au titre des évènements de type mouvement de terrain pour les dates du 20 au 22 décembre 2019, ainsi que la décision du 23 juin 2020 rejetant leur recours gracieux et, d'autre part, d'annuler l'arrêté du 28 avril 2020 du ministre de l'intérieur, en tant qu'il a refusé de déclarer l'état de catastrophe naturelle pour la commune de Carros au titre des évènements de type mouvement de terrain pour les dates du 20 au 22 décembre 2019.
Sur la jonction :
2. Les requêtes présentées par M. et Mme A, enregistrées sous les nos 2002407 et 2003464 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 28 avril 2020 :
3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 28 avril 2020 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, par lequel le ministre de l'intérieur a reconnu l'état de catastrophe naturelle pour la commune de Carros au titre des inondations et coulées de boue survenues du 19 décembre 2019 au 21 décembre 2019 n'avait pas pour objet de se prononcer sur la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrains survenus dans la nuit du 20 au 21 décembre 2019 sur le territoire de la commune de Carros. Dès lors, les conclusions de la requête n° 2002407 tendant à ce que le tribunal annule l'arrêté du 28 avril 2020 du ministre de l'intérieur, en tant qu'il a refusé de déclarer l'état de catastrophe naturelle pour la commune de Carros au titre des évènements de type mouvement de terrain pour les dates du 20 au 22 décembre 2019, qui sont dépourvues d'objet, sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 27 janvier 2020 :
4. En premier lieu, l'article 4 de la circulaire du 27 mars 1984, prévoit que la commission interministérielle est composée " - d'un représentant du ministère de l'intérieur (), appartenant à la direction des assurances ; d'un représentant du ministère de l'économie, des finances et du budget, appartenant à la direction des assurances ; d'un représentant du secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie, des finances et du budget, chargé du budget, appartenant à la direction du budget. Le secrétariat de la commission interministérielle est assuré par la caisse centrale de réassurance () ". Par ailleurs, aux termes du II de la circulaire interministérielle du 19 mai 1998 relative à la constitution des dossiers concernant des demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle relatif à la constitution, la validation et la transmission des dossiers : " A - Constitution des dossiers. / Les dossiers de demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle se composent de documents généraux qu'il / convient de classer selon leur degré d'importance pour le traitement des dossiers. / 1 - Les documents constituant le dossier : / Ils constituent la trame des dossiers présentés par les communes et complétés par vos services. / Après examen détaillé des demandes de reconnaissance formulées par les communes (cf annexe 1), vous devez, pour chaque type d'événement à l'origine des désordres, joindre au dossier les rapports techniques permettant l'analyse du / phénomène (cf annexe 2). Vous demanderez ces documents aux services de l'État concernés. / Dans le cadre des demandes relatives aux mouvements de terrain consécutifs à la sécheresse, ou à ceux consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, il convient de rappeler que les études géotechniques peuvent être communes à plusieurs habitations. Cette formule a le mérite d'être moins onéreuse pour les particuliers et contribue aussi à rationaliser les procédures d'instruction des dossiers. / Le principe de gratuité des rapports météorologiques ne s'applique qu'aux rapports destinés à l'instruction des dossiers et uniquement pour les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle formulées par la voie officielle. Toute diffusion de ces rapports en dehors du dossier destiné à la commission ne peut se faire qu'avec l'accord explicite de Météo-France. Un seul rapport météorologique départemental pour l'ensemble des dossiers relatifs au même événement peut être établi. / Ainsi vous devez obligatoirement joindre : - votre rapport circonstancié sur la nature et l'intensité de l'événement indiquant avec précision les dates et heures de début et de fin de l'événement, le nombre de communes concernées et les mesures de prévention qui ont été prises, qui peuvent être prises, ou qui sont envisagées (par exemple, préciser si un plan de prévention des risques existe ou est envisagé pour la zone affectée), / - le rapport météorologique, géotechnique, hydrologique, hydrogéologique, sismologique selon la catégorie d'événement, / - la demande de reconnaissance de la ou des communes, dont vous trouvez ci-joint un modèle de présentation (annexe 1). Désormais, la demande manuscrite du maire n'est plus nécessaire. - la carte géographique précise de la zone sinistrée (sauf mouvements de terrain), faisant ressortir la position des communes demandant la reconnaissance et pour les demandes relatives aux inondations, le tracé des cours d'eau dont la crue a pu affecter ces communes, / - la liste des communes atteintes, des cantons et des arrondissements concernés, classés par ordre alphabétique, / - la liste des communes ayant déjà bénéficié d'un arrêté interministériel au titre de la sécheresse et des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols. Cette liste doit préciser, les périodes de reconnaissance, les dates des arrêtés et de leur publication au Journal officiel (cf annexe 3). / À titre facultatif : - les rapports de gendarmerie et des services d'incendie et de secours, / - les photographies des désordres. / Il n'est pas nécessaire de transmettre les devis, factures ou copies de contrat d'assurance, coupures de presse. / 2 - Présentation type des dossiers. / Afin d'optimiser le traitement des dossiers, vous présenterez les dossiers que vous transmettrez à la direction de la défense et de la sécurité civiles, de la manière suivante : / a - Pièces principales : / - Votre rapport circonstancié, / - Liste des communes atteintes, des cantons et arrondissements concernés classés par ordre alphabétique, / - Rapports techniques, / - Demande de reconnaissance de la ou des communes, signée du maire et certifiée par le cachet de la mairie (cf annexe 1). / b - Pièces annexes : - Carte géographique, / - Liste des communes déjà reconnues sinistrées (au titre de la sécheresse), () ".
5. D'une part, si les requérants font valoir qu'il n'est pas établi que le dossier adressé par le préfet des Alpes-Maritimes aux ministres compétents aurait été composé conformément aux dispositions de la circulaire du 19 mai 1998 relative à la constitution des dossiers concernant les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, ces dispositions, adressées aux seuls services des préfectures et relatives aux pièces devant être produites par ces services à l'appui des demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, constituent des mesures d'organisation du service dont les requérants, qui n'ont pas eux-mêmes formés la demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, n'ont pas la possibilité d'invoquer les dispositions. En tout état de cause, l'administration produit à l'appui de sa requête le rapport d'analyse géotechnique et le rapport météorologique qui ont été transmis par la préfecture afin de permettre aux ministres compétents d'apprécier la situation de la commune de Carros et les requérants n'indiquent pas précisément, dans leurs écritures, les documents qui n'auraient pas été transmis par la préfecture. Par suite, ce moyen doit être écarté comme étant inopérant.
6. D'autre part, les dispositions précitées de la circulaire du 27 mars 1984 précisent que doivent siéger au sein de cette commission un représentant du ministère de l'intérieur, appartenant à la direction des assurances, un représentant du ministère de l'économie, des finances et du budget, appartenant à la direction des assurances, et un représentant du secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'économie, des finances et du budget, chargé du budget, appartenant à la direction du budget. Le secrétariat de la commission interministérielle est assuré par la caisse centrale de réassurance. A l'appui de son mémoire en défense, le ministre de l'intérieur produit la liste d'émargement des membres présents à la séance de la commission interministérielle au cours de laquelle la demande présentée par la commune de Carros a été examinée. Les requérants n'ont pas répliqué suite à cette production qui atteste, à défaut de toute contestation complémentaire, de la présence de représentants des ministères de l'intérieur, de l'économie, des finances et de l'action et des comptes publics et de la caisse centrale de réassurance. La composition de la commission comprenait donc les membres prévus par la circulaire du 27 mars 1984. Le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de cette commission doit, par suite, être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles () ; / Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'État dans le département, assortie d'une motivation. L'arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. De manière exceptionnelle, si la durée des enquêtes diligentées par le représentant de l'État dans le département est supérieure à deux mois, l'arrêté est publié au plus tard deux mois après la réception du dossier par le ministre chargé de la sécurité civile ".
8. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche de notification du 12 mars 2020 que, pour instruire les demandes de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle à raison d'un mouvement de terrain survenu le 20 décembre 2020, l'administration s'est fondée sur deux critères cumulatifs, un critère géologique et un critère météorologique, examinés au regard des études réalisées par Météo France pour les données météorologiques, et par le centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) pour les données géologiques. Le ministre de l'intérieur expose, dans ses écritures en défense, que pour apprécier le caractère exceptionnel d'un phénomène naturel de mouvement de terrain à la suite d'une pluviométrie importante, les ministres compétents s'appuient sur une méthodologie pour laquelle ils sollicitent un rapport après une étude de sols sur site et prennent en compte le rapport météorologique établi par les services de Météo France permettant de déterminer à partir d'outils scientifiques le caractère anormal ou non des précipitations survenues pouvant être à l'origine du phénomène naturel observé. Il explique ainsi que les ministres ont, pour déterminer si l'intensité de la pluviométrie pouvant être à l'origine de mouvements de terrain hors sécheresse géologique présentait un caractère anormal, décidé de s'appuyer sur l'occurrence statistique du phénomène de pluies à l'origine de l'imprégnation des sols et des inondations en résultant, qui doit être d'au minimum dix ans. La durée de retour, soit le délai moyen entre deux occurrences de cet évènement, est alors calculée en fonction des précipitations tombées sur différents pas de temps de 24 heures, trois mois et six mois, relevées sur les réseaux automatiques et manuels de Météo France. Le ministre de l'intérieur expose, en outre, que les ministres compétents, pour évaluer l'intensité de l'agent naturel, prennent en compte l'ampleur du mouvement de terrain constaté et déterminent si une cause anthropique peut être, même partiellement, à l'origine du phénomène observé.
9. En l'espèce, pour instruire la demande de la commune de Carros au titre de la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle à raison de mouvements de terrain hors sécheresse géologique, les ministres se sont appuyés sur les résultats issus du rapport météorologique fourni le 7 janvier 2020 par Météo France. Météo France a pris pour référence de calcul les mesures de lames d'eau " ANTILOPE ", estimation des cumuls de pluie basée sur les observations de réflectivité des radars des stations de Météo France combinée avec des relevés de pluviomètres, et les a comparés avec les bases de données " SHYREG ", méthode développée pour la connaissance régionale des débits de crue de différentes durées et de différentes fréquences, pour les périodes de retour comprises entre 2 et 100 ans. Ce rapport fait état d'une hauteur des précipitations au poste de la commune de Carros, de 2 millimètres en deux heures le 19 décembre 2019, d'une hauteur de 323 millimètres en un mois du 20 novembre 2019 au 19 décembre 2019, de 702 millimètres en trois mois du 20 septembre 2019 au 19 décembre 2019 et de 785 millimètres en six mois du 20 juin 2019 au 19 décembre 2019. Il indique en conséquence que si le cumul pluviométrique en six mois, trois mois et un mois sur la commune de Carros présente une intensité anormale, au regard des estimations décennales, ce cumul présentait une intensité normale du 18 au 19 décembre 2019, la veille de l'évènement. Il ressort également des pièces du dossier, notamment de la lettre de notification du 12 mars 2020, que les ministres ne se sont toutefois pas limités à ces données et se sont, en outre, appuyés sur le rapport géotechnique du CEREMA de janvier 2020 pour prendre l'arrêté litigieux ainsi que sur l'avis de la commission interministérielle du 23 janvier 2020 prévue par la circulaire interministérielle du 27 mars 1984 et qui a pour mission d'éclairer les ministres sur l'application à chaque commune des méthodologies et paramètres scientifiques permettant de caractériser les phénomènes naturels en cause. Au regard de l'ensemble de ces éléments, les ministres ont considéré que le mouvement de terrain survenu le 20 décembre 2019 ne se caractérisait pas par une intensité anormale.
10. M. et Mme A soutiennent que les ministres compétents auraient commis une erreur de droit en se fondant sur la méthode exposée ci-dessus pour évaluer le caractère anormal du ou des mouvements de terrain constatés le 20 décembre 2019 sur le territoire de la commune de Carros. Toutefois, les requérants n'apportent aucun relevé scientifique susceptible d'aller à l'encontre des valeurs de référence retenus par Météo France ainsi qu'aucun élément de nature à remettre en cause ni la méthodologie employée par Météo France ou le CEREMA, ni les résultats que celle-ci a permis d'obtenir en l'espèce sur le territoire de la commune concernée, le rapport de la société FONDASOL en date du 21 décembre 2019 produit par les requérants ayant d'ailleurs été pris en compte par le CEREMA dans son analyse de janvier 2020. En outre, dès lors que la demande de la commune et l'arrêté litigieux portent sur la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre de l'aléa mouvements de terrain hors sécheresse géologique sur la commune de Carros et non sur les phénomènes combinés d'inondations et de coulée de boue, les requérants ne peuvent utilement faire valoir que l'état de catastrophe naturelle pour ces phénomènes a été reconnu pour la commune de Saint-Paul-de-Vence. Ils ne peuvent davantage utilement soutenir, en ce qui concerne les mouvements de terrain, que l'état de catastrophe naturelle a été reconnu pour les communes de Broc, Saint-Jeannet et Gilette. En outre, en se bornant à faire valoir que le rapport du CEREMA comporte une incohérence, ils ne contestent pas sérieusement la méthodologie scientifique retenue par les ministres compétents pour apprécier, en ce qui concerne la commune de Carros, l'intensité du phénomène de mouvements de terrain ne résultant pas d'une sécheresse et d'une réhydratation des sols. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
11. En troisième lieu, compte tenu des résultats issus du rapport météorologique du 6 janvier 2020 fourni par Météo France et des analyses incluses dans le rapport du CEREMA, les ministres compétents ont considéré que le mouvement de terrain intervenu le 20 décembre 2019 ne se caractérisait pas par une intensité anormale. Ils ont ainsi considéré, d'une part, que les précipitations intervenues entre le 18 et le 19 décembre 2019, soit la veille du déplacement de terrain allégué, ne présentaient pas une caractère d'anormalité et, d'autre part, que le phénomène intervenu, à savoir l'effondrement des murs en aval de la propriété des requérants et le mouvement du mur en amont, ne constituait pas, en soi, un mouvement de terrain, ce phénomène présentant par ailleurs une origine anthropique prédominante en raison de l'absence de confortement des murs et d'une gestion des eaux insuffisante, et ce alors que le rapport de Météo France relève que l'indice d'humidité du sol se situait dans la 9ème décile entre le 21 novembre et le 20 décembre 2019, correspondant à un niveau de saturation ne se retrouvant qu'une fois tous les 10 ans. Enfin, les ministres compétents ont retenu que le mouvement de terrain ne présentait pas une intensité exceptionnelle au regard de ses caractéristiques et des connaissances locales sur l'aléa. Les requérants, qui se bornent à faire valoir dans leur requête que le rapport du CEREMA comporterait des contradictions, n'apportent aucun élément de nature à remettre en cause l'analyse du CEREMA et de Météo France, et ils ne contestent pas la pertinence de la méthode d'évaluation visant à déterminer si une cause anthropique peut être, même partiellement, à l'origine du phénomène observé afin de déterminer si ce dernier est susceptible de relever l'état de catastrophe naturelle. Dans ces conditions, et alors que M. et Mme A ne peuvent utilement faire valoir que l'état de catastrophe naturelle pour les phénomènes combinés d'inondations et de coulée de boue a été reconnu pour la commune de Saint-Paul-de-Vence, les ministres compétents n'ont commis aucune erreur d'appréciation en estimant que le mouvement de terrain survenu dans la nuit du 20 au 21 décembre 2019 sur le territoire de la commune de Carros n'avait pas eu un caractère d'intensité anormale et en refusant, par l'arrêté interministériel du 27 janvier 2020, d'accorder à la commune de Carros la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle au titre de mouvements de terrain (hors sécheresse géotechnique) pour cette période. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la présente requête doivent être rejetée.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Carros, laquelle n'est pas partie à la présence instance. Par suite les conclusions présentées sur ce fondement par le ministre de l'intérieur doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2002407 et 2003464 de M.et Mme A sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme B C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
- Copie en sera adressée à la commune de Carros.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mear, présidente,
Mme Kolf, conseillère,
M. Cherief, conseiller,
assistés de Mme Sussen, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.
Le rapporteur,
signé
H. CHERIEF
La présidente,
signé
J. MEAR
La greffière,
signé
C. SUSSEN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui les concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière.
2 et N° 2003464
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026