mercredi 24 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2002612 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MARINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et quatre mémoires, enregistrés les 9 juillet 2020, 1er février 2021, 6 mai 2021, 17 mai 2021 et 14 février 2022, Mme B A, représentée par Me Panicucci, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 mai 2020 par laquelle le directeur de l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier " La Palmosa " de Menton a décidé de l'exclure à titre définitif de la formation conduisant à la délivrance du diplôme d'État d'infirmier ;
2°) de condamner le centre hospitalier de Menton aux entiers dépens ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Menton une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le directeur par intérim E n'était pas compétent pour convoquer et présider la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- cette décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ;
- la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants s'est réunie au-delà du délai d'un mois prévu à l'article 16 de l'arrêté du 21 avril 2007 ;
- cette décision est entachée d'erreur matérielle ;
- cette décision est disproportionnée et entachée d'erreur d'appréciation ;
- cette décision est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par quatre mémoires en défense, enregistrés les 10 septembre 2020, 6 avril 2021, 20 juillet 2021 et 1er juillet 2022, le centre hospitalier " La Palmosa " de Menton, représenté par le cabinet d'avocats Braunstein et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;
- l'arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'État d'infirmier ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mai 2023 :
- le rapport de Mme Bergantz, conseillère ;
- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public ;
- les observations de Me Paniccuci, représentant Mme A ;
- et les observations de Me Genevois, substituant le cabinet d'avocats Braunstein et Associés.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, qui exerçait la profession d'aide-soignante, a intégré l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du centre hospitalier de Menton le 4 septembre 2017. Au cours de la troisième année de formation, sa situation a été présentée à la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, laquelle s'est prononcée, lors de sa séance du 28 mai 2020, en faveur de son exclusion définitive. Cette décision a été notifiée par le directeur E du centre hospitalier de Menton le 29 mai 2020. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. L'article 2 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux précise que la gouvernance des instituts de formation en soins infirmiers est assurée par une instance compétente pour les orientations générales et par trois sections, l'une compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, l'autre pour le traitement des situations disciplinaires et la dernière relative à la vie étudiante. Aux termes de l'article 15 de cet arrêté, dans sa version applicable au litige : " La section [compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants] rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : / 1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; / 2. Demandes de redoublement formulées par les étudiants ; / 3. Demandes d'une période de césure formulées par les étudiants. / Le dossier de l'étudiant, accompagné d'un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. / L'étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section. La section entend l'étudiant, qui peut être assisté d'une personne de son choix. / L'étudiant peut présenter devant la section des observations écrites ou orales. / Dans le cas où l'étudiant est dans l'impossibilité d'être présent ou s'il n'a pas communiqué d'observations écrites, la section examine sa situation. / Toutefois, la section peut décider à la majorité des membres présents de renvoyer à la demande de l'étudiant l'examen de sa situation à une nouvelle réunion. Un tel report n'est possible qu'une seule fois. / Tout étudiant sollicitant une interruption de formation et devant être présenté devant cette section, quel qu'en soit le motif, le sera avant l'obtention de cette interruption. / L'instance est informée par le directeur des modalités d'accompagnement mises en place auprès des étudiants en difficulté pédagogique ou bénéficiant d'aménagement spécifique en cas de grossesse ou de handicap. ". Selon l'article 16 du même arrêté : " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. Cette section doit se réunir, au maximum, dans un délai d'un mois à compter de la survenue des faits. / Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : / - soit alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ ou pratique selon des modalités fixées par la section ; / -soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive. ".
En ce qui concerne la légalité externe de la décision contestée :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 12 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux : " La section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants est présidée par le directeur de l'institut de formation ou son représentant ". Aux termes de l'article 14 du même arrêté : " Cette section se réunit après convocation par le directeur de l'institut de formation. () ". Enfin, aux termes de l'article 17 du même arrêté : " () Le directeur notifie, par écrit, à l'étudiant la décision prise par la section dans un délai maximal de cinq jours ouvrés après la réunion de la section. Elle figure à son dossier pédagogique () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. D, directeur des soins, directeur des instituts de formations au centre hospitalier de Nice, a été mis à disposition du centre hospitalier de Menton pour exercer les fonctions de directeur des instituts de formations, par une convention de mise à disposition du 1er janvier 2017, modifiée par un avenant du 25 juin 2019. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que M. D était incompétent pour convoquer et présider la section compétente, le caractère intérimaire de ses fonctions de directeur E étant sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. D doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 2° Infligent une sanction ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. La décision par laquelle le directeur d'un IFSI, après examen de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants, exclut de la formation conduisant au diplôme d'État d'infirmier un étudiant ayant commis des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ne constitue pas une sanction et n'entre pas dans les autres catégories de décisions individuelles défavorables dont l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ou un texte particulier impose la motivation. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée soulevé par Mme A doit donc être écarté comme inopérant.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants E du centre hospitalier de Menton, réunie en séance du 28 mai 2020, que Mme A, assistée de son conseil, y a, conformément aux dispositions précitées de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007, présenté ses observations orales. Elle n'apporte aucun élément au soutien de ses affirmations selon lesquelles elle n'aurait pas pu exposer tous les éléments dont elle entendait se prévaloir. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense doivent être écartés.
8. En quatrième lieu, Mme A soutient que la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants s'est réunie plus d'un mois après les faits ayant motivé sa saisine, en méconnaissance du délai prévu par les dispositions précitées de l'article 16 de l'arrêté du 21 avril 2007. Toutefois, ce délai n'est pas prescrit à peine de dessaisissement de la section, ni davantage à peine de nullité de la décision adoptée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision contestée :
9. En premier lieu, pour exclure définitivement Mme A E du centre hospitalier de Menton, la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de cet établissement s'est fondée sur le fait que l'intéressée a réalisé des actes incompatibles avec la sécurité des patients lors du stage à l'hôpital Sainte-Marie de Nice, notamment l'absence d'action(s) et de transmission orale à l'équipe concernant un patient lui ayant tenu des propos à caractère suicidaire, et des erreurs fréquentes lors de certains soins infirmiers comme la préparation des médicaments dans le respect des règles d'hygiène.
10. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport motivé adressé par le directeur E à la section compétente, que si Mme A a validé l'ensemble des unités d'enseignements (UE) et stages au cours des trois premiers semestres de formation, des difficultés ont été identifiées à compter de son stage au centre de convalescence " La Serena " à Nice, du 29 avril 2019 au 5 juillet 2019. Le bilan final de ce stage, établi par Mme F, cadre de santé, fait ainsi notamment état de ce que Mme A " ne doit pas oublier de faire les transmissions avec le médecin ", qu'elle doit " améliorer la prise en charge globale du patient ", et qu'elle doit " revoir les règles d'hygiène et d'aseptie ". Ce stage n'a pas été validé par la commission d'attribution des crédits (CAC), et Mme A a alors effectué un stage de revalidation au sein du centre hospitalier de Menton du 10 juillet 2019 au 23 août 2019, dont le bilan final fait apparaître une progression. Des insuffisances plus sérieuses ont cependant été constatées au cours de son stage effectué au semestre 5 au sein de l'unité psychiatrique du centre hospitalier Sainte-Marie de Nice, du 3 septembre 2019 au 8 novembre 2019. Le bilan de stage, rédigé par Mme C, cadre de santé, relève ainsi que Mme A a, le 16 octobre 2019, mis en danger un patient, en se bornant à mentionner sur le dossier de soins les propos suicidaires de celui-ci sans en avertir verbalement l'équipe, qu'elle ne peut pas pratiquer seule les soins, en particulier les injections, qu'elle n'a pas " le sens des responsabilités ", qu'elle a commis de nombreuses erreurs notamment dans la préparation des traitements. Ce stage n'a pas été validé par la CAC. Si l'intéressée conteste le déroulement de l'incident du 16 octobre 2019 tel que retenu au soutien de la décision en litige en affirmant qu'il y avait à ses côté une " infirmière accompagnante " qui aurait dû effectuer à sa place la transmission orale, sa version des faits est contredite par deux infirmiers ayant encadré Mme A pendant son stage qui ont été entendus par la section compétente. Ainsi, la matérialité de ces faits, qui sont incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, n'est pas sérieusement remise en cause par l'intéressée.
11. D'autre part, les allégations de la requérante selon lesquelles elle n'aurait pas dû effectuer son stage au sein d'une unité psychiatrique du fait de sa fragilité face aux états de stress et de son projet d'exercer dans une maison de retraite ne peuvent suffire à expliquer l'ensemble des insuffisances constatées pendant la durée de ce stage. Il en va de même s'agissant des problèmes familiaux auxquels elle devait faire face au moment de son stage du cinquième semestre. Dans ces conditions, eu égard à la nature des faits exposés au point précédent et à leur gravité, l'autorité administrative a pu légalement, sans erreur d'appréciation, décider d'exclure définitivement Mme A E du centre hospitalier de Menton.
12. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment et notamment des points 10 et 11, que le détournement allégué n'est pas établi. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 29 mai 2020 du directeur E du centre hospitalier de Menton doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge E du centre hospitalier de Menton, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Par ailleurs et dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A le paiement au centre hospitalier de Menton de la somme qu'il demande sur ce même fondement.
15. Enfin, dès lors que la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par Mme A sur ce fondement doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Menton sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Panicucci, et au centre hospitalier de Menton.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Emmanuelli, président,
Mme Chevalier, conseillère,
Mme Bergantz, conseillère,
assistés de M. Crémieux, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
A. BERGANTZ
Le président,
Signé
O. EMMANUELLILe greffier,
Signé
D. CREMIEUX
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026