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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002764

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002764

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET FRANCK BANERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2020, la société civile immobilière " Virginie ", prise en la personne de son représentant légal en exercice, représentée par Me Banère, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 novembre 2019 par laquelle le maire de Mougins a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de la création d'une cinquième suite indépendante au sein de sa maison d'hôtes et de son changement de destination, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux daté du 22 janvier 2020 née du silence gardé par le maire de la commune sur ce recours ;

2°) d'enjoindre au maire de Mougins de lui délivrer le permis de construire sollicité, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de ce jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mougins la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

- la décision du 22 novembre 2019 attaquée est entachée d'un vice de compétence de son signataire ;

- le maire de la commune de Mougins ne pouvait se fonder sur le motif tiré de ce que la commission départementale d'accessibilité n'a pas accordé de dérogation aux règles d'accessibilité dès lors qu'il appartenait seulement à la commission communale de se prononcer ;

- le motif tiré de ce que le projet méconnaît l'article 7-2 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune est infondé dès lors que les marges de recul imposées par ces dispositions ne s'appliquent pas aux vallons busés dans les règles de l'art, comme c'est le cas en l'espèce ;

- la décision du 22 novembre 2019 attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation en retenant l'existence de dysfonctionnements du vallon busé ;

- elle est entachée d'une violation des textes légaux et réglementaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, la commune de Mougins, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

La commune fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 novembre 2023 :

- le rapport de M. Holzer,

- et les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 22 novembre 2019, le maire de Mougins a refusé de délivrer à la société civile immobilière (ci-après, " SCI ") " Virginie " un permis de construire en vue de la création d'une cinquième suite indépendante au sein de sa maison d'hôtes située sur les parcelles cadastrées section AZ n°s 67 et 69 et de son changement de destination. Par un courrier daté du 22 janvier 2020, réceptionné le 27 janvier 2020 par les services de la commune, la société Virginie a formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par sa requête, la société Virginie demande au tribunal d'annuler la décision du 22 novembre 2019, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux, dont la naissance a été suspendue entre le 12 mars et le 23 juin 2020 en application des dispositions de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de la décision du 22 novembre 2019 :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints() ". Aux termes de l'article L. 2131-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage () ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par M. A B, adjoint au maire délégué à l'urbanisme. La commune de Mougins verse aux débats l'arrêté du 4 décembre 2018 par lequel le maire a donné délégation de signature à M. B à l'effet de signer toutes les décisions entrant dans le champ des compétences de sa délégation parmi lesquelles la signature de celles intervenant en matière d'urbanisme. Cette délégation, suffisamment précise, a été transmise à la préfecture des Alpes-Maritimes et réceptionnée par cette dernière le 5 décembre 2018. En outre, l'article 7 de cet arrêté précisait qu'il ferait l'objet d'une publication au registre des actes de la commune et d'un affichage en mairie. Cette disposition de l'arrêté permet ainsi de présumer que ces modalités de publicité qu'il prescrit ont été effectivement mises en œuvre, sans que cela ne soit d'ailleurs contredit par les requérants. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne les motifs du refus du permis de construire litigieux :

4. Pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité par la société Virginie, le maire de Mougins s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que la commission départementale d'accessibilité n'a pas accordé de dérogation aux règles d'accessibilité des personnes en situation de handicap imposées par les dispositions du code de la construction et de l'habitation et, d'autre part, de ce que le projet méconnaît tant l'article 7-2 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune que les dispositions de l'article UD4 de ce même règlement.

5. Aux termes de l'article 7-2 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, relatif aux zones de risques : " () Risques inondation / Le territoire de Mougins est partiellement concerné par des risques d'inondation, dont ceux issus du Plan de Prévention des Risques d'Inondation de la basse vallée de la Siagne. / Les annexes graphiques n° 7.1.4 fixent : / () 4) Des marges de recul matérialisant les limites d'implantations des bâtiments par rapport à l'axe des vallons identifiés (10 m ou 15 m). / () Pour les vallons dont la marge de recul n'est pas matérialisée, toute construction devra se tenir à un minimum de 5 mètres de leur axe, à condition de ne pas réduire leur lit. / Ces règles d'implantation ne s'imposent pas aux vallons busés dans les règles de l'Art et à condition de ne pas augmenter le risque hydraulique. ".

6. En l'espèce, il est constant que le document graphique mentionné par l'article 7-2 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, coté 7.1.4, matérialise, s'agissant de la parcelle cadastrée section AZ n°67 sur laquelle a vocation à s'implanter la construction litigieuse, une limite d'implantation de 10 mètres des bâtiments par rapport à l'axe du vallon de " Front-Neuve ". Si la société requérante ne conteste pas que la construction litigieuse est implantée dans cette marge de recul de 10 mètres, elle se prévaut du principe énoncé au point précédent selon lequel cette marge de recul ne s'impose pas aux vallons busés dans les règles de l'art. Toutefois, elle n'apporte aucun élément à l'appui d'une telle allégation de nature à contredire l'avis défavorable du 31 mai 2019 du pôle cycles de l'eau de la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins, aux termes duquel le vallon longeant la limite Ouest de la parcelle litigieuse " n'a pas été busé dans les règles de l'art contrairement aux affirmations de la notice descriptive jointe au dossier ". Cet avis pointe, à cet effet, " de graves dysfonctionnement récurrents provoquant des débordements intempestifs sur le chemin de Front-Neuve ". En outre, contrairement à ce que soutient la société requérante, aucune conclusion de l'étude hydrologique et hydraulique de la société " Eau et perspectives " du 22 janvier 2020 ne contredit cet avis du 31 mai 2019 de la communauté d'agglomération Cannes Pays de Lérins alors que, en tout état de cause, une telle étude est postérieure à la date de la décision attaquée et ne permet donc pas de regarder les solutions techniques qu'elle envisage comme existantes à la date de cette décision. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des règles d'implantation prévues par l'article 7-2 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune propres aux vallons busés dans les règles de l'art. Le moyen susmentionné doit dès lors être écarté.

7. Il résulte de l'instruction que le maire de Mougins aurait pris la même décision de refus s'il s'était fondé sur ce seul motif sus-analysé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 22 novembre 2019 par laquelle le maire de Mougins a refusé de lui délivrer un permis de construire. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions à fin d'annulation de la décision portant rejet du recours gracieux formé par la société requérante à l'encontre de la décision du 22 novembre 2019, celles aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société civile immobilière Virginie est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Virginie et à la commune de Mougins.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Martin, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Martin

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2002764

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