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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002776

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002776

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantTERRAZZONI LAURENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2020 et 1er février 2021, Mme A B, représentée par Me Terrazzoni, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 6 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer l'ensemble des points illégalement retirés ainsi que son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 200 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions de retrait de points récapitulées dans la décision référencée " 48 SI " sont entachées d'un vice de procédure tiré du défaut d'information prévu par l'article L. 223-3 du code de la route ;

- les différentes décisions portant retrait de points ayant concouru au solde nul de son permis de conduire ne lui ont pas été notifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 26 octobre 2022 :

- le rapport de M. Bonhomme, président,

- et les observations de Me Terrazzoni pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par plusieurs décisions, le ministre de l'intérieur a retiré les points affectés au permis de conduire de Mme B à la suite des infractions commises les 15 octobre 2011

(1 point), 2 février 2012 (1 point), 29 mars 2012 (2 points), 27 février 2013 (4 points),

4 mai 2015 (1 point), 5 août 2016 (1 point), 2 janvier 2017 (1 point), 19 juin 2018 (3 points),

20 décembre 2018 (1 point), 9 octobre 2018 (3 points) et 17 janvier 2019 (3 points). Par une décision du 6 mars 2020, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité du permis de conduire de Mme B pour solde de points nul. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de cette dernière décision.

En ce qui concerne la recevabilité des moyens relatifs à l'illégalité des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées le 27 février 2013 (4 points), 4 mai 2015 (1 point), 5 août 2016 (1 point), 2 janvier 2017 (1 point) et 20 décembre 2018 (1 point) :

2. Il résulte du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de Mme B, en date du 20 janvier 2021 et produit par le ministre de l'intérieur que les points ôtés consécutivement aux infractions commises le 27 février 2013 (4 points), 4 mai 2015 (1 point), 5 août 2016 (1 point), 2 janvier 2017 (1 point) et 20 décembre 2018 (1 point) ont été restitués respectivement le 25 septembre 2014, 14 janvier 2016, 30 mai 2017, 22 novembre 2017 et le 9 octobre 2019, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Dès lors, Mme B n'est pas recevable à invoquer l'illégalité de ces décisions à l'appui de sa demande d'annulation.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

3. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

Quant aux infractions commises les 15 octobre 2011 et 2 février 2012 :

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral de la requérante, que cette dernière a payé les différentes amendes forfaitaires relatives aux infractions du 15 octobre 2011 et 2 février 2012, relevées par radar automatique, ainsi que le prouvent les mentions " tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé) ". Il découle de cette seule constatation que la requérante a nécessairement reçu l'avis de contravention pour ces différentes infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressée n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci serait inexact ou incomplet, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. La requérante n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que les décisions par lesquelles le ministre a retiré à deux reprises un point de son permis de conduire à la suite de ces différentes infractions auraient été prises au terme d'une procédure irrégulière.

Quant à l'infraction commise le 29 mars 2012 :

5. Le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 de ce code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2 du même code, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

6. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 29 mars 2012 par Mme B a été constatée sur un procès-verbal dématérialisé portant mention des informations requises. Dès lors, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, l'administration est réputée apporter la preuve qu'elle a, en l'espèce, satisfait à son obligation d'information et Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision de retrait de points correspondant à l'infraction commise le 29 mars 2012 est intervenue au terme d'une procédure irrégulière l'ayant privé d'une garantie.

Quant aux infractions commises les 19 juin 2018, 9 octobre 2018 et 17 janvier 2019 :

7. Le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 de ce code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2 du même code, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

8. Il résulte de l'instruction que les infractions commises les

19 juin 2018, 9 octobre 2018 et 17 janvier 2019 par Mme B ont été constatées sur un procès-verbal dématérialisé portant mention des informations requises. Dès lors, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, l'administration est réputée apporter la preuve qu'elle a, en l'espèce, satisfait à son obligation d'information et Mme B n'est pas fondée à soutenir que les décisions de retrait de points correspondant aux infractions commises les 19 juin 2018,

9 octobre 2018 et 17 janvier 2019 sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière l'ayant privé d'une garantie.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité des différentes décisions portant retrait de points suite aux infractions commises par Mme B doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision référencée " 48 SI " :

10. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits.

11. En l'espèce, Mme B a nécessairement eu connaissance des décisions de retrait de points en litige à la date à laquelle elle a reçu la décision du 6 mars 2020, à partir de laquelle les retraits de points lui sont devenus opposables. La circonstance, à la supposer établie, que ces retraits de points ne lui auraient pas été notifiés antérieurement reste par elle-même sans incidence sur la légalité de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. La présente décision, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions mentionnées ci-dessus doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

Le magistrat désigné

signé

T. BONHOMME La greffière,

signé

M-L. DAVERIO

Le magistrat désigné

signé

T. BONHOMME La greffière,

signé

M-L. DAVERIOLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2002776

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