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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002812

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002812

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP BERLINER DUTERTRE LACROUTS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2020, M. B C, représenté par Me Dutertre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours gracieux du 2 avril 2020 tendant à l'attribution de l'avantage spécifique d'ancienneté ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer sa situation concernant l'attribution de l'avantage spécifique d'ancienneté pour la période du 1er septembre 2000 au 30 septembre 2009, et de procéder à la reconstitution de sa carrière en prenant en compte l'avantage spécifique d'ancienneté, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui verser les sommes correspondantes dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- son affectation administrative pour la période du 1er septembre 2000 au 30 septembre 2009 était la circonscription de sécurité publique (CSP) de Nice.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2020, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les créances sollicitées par le requérant pour la période antérieure au 1er janvier 2012 sont frappées de prescription quadriennale ;

- la demande du requérant n'est pas fondée car M. C ne peut prétendre au bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté pour la période du 1er février 2006 au 16 décembre 2015 où il a été affecté à la direction départementale de sécurité publique (DDSP) de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-715 du 26 juillet 1991 ;

- le décret n° 95-313 du 21 mars 1995 ;

- le décret n° 96-1156 du 26 décembre 1996 ;

- l'arrêté du 17 janvier 2001 ;

- l'arrêté du 3 décembre 2015 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 septembre 2022 :

- le rapport de M. Blanc, président ;

- et les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, fonctionnaire de la police nationale, demande l'annulation de décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours gracieux du 2 avril 2020 tendant à l'attribution de l'avantage spécifique d'ancienneté institué par l'article 11 de la loi du 26 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la requête de M. C revêt la nature d'un recours pour excès de pouvoir, dès lors, le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne peut pas utilement opposer une exception de prescription quadriennale des créances dont le requérant est susceptible de se prévaloir au titre de l'avantage spécifique d'ancienneté, cette prescription étant sans influence sur la légalité de la décision attaquée.

3. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 26 juillet 1991 portant diverses dispositions relatives à la fonction publique modifié par l'article 17 de la loi du 25 juillet 1994 : " Les fonctionnaires de l'Etat et les militaires de la gendarmerie affectés pendant une durée fixée par décret en Conseil d'Etat dans un quartier urbain où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles, ont droit, pour le calcul de l'ancienneté requise au titre de l'avancement d'échelon, à un avantage spécifique d'ancienneté dans des conditions fixées par ce même décret. ". En vertu de l'article 1er du décret du 21 mars 1995 pris pour l'application de ces dispositions législatives, les quartiers urbains où se posent des problèmes sociaux et de sécurité particulièrement difficiles doivent correspondre " en ce qui concerne les fonctionnaires de police, à des circonscriptions de police ou à des subdivisions de ces circonscriptions désignées par arrêté conjoint du ministre chargé de la sécurité, du ministre chargé de la ville, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget ". Selon l'article 2 de ce même décret, dans sa rédaction résultant, en ce qui concerne les fonctionnaires de police, de l'annulation partielle par l'arrêt du Conseil d'Etat n° 229547 du 9 février 2005 du II de l'article 1er du décret n° 2001-48 du 16 janvier 2001 : " Lorsqu'ils justifient de trois ans au moins de services continus accomplis dans un quartier urbain désigné en application de l'article 1er ci-dessus, les fonctionnaires de l'Etat ont droit, pour l'avancement, à une bonification d'ancienneté d'un mois pour chacune de ces trois années et à une bonification d'ancienneté de deux mois par année de service continu accomplie au-delà de la troisième année. / Les années de services ouvrant droit à l'avantage mentionné à l'alinéa précédent sont prises en compte à partir du 1er janvier 1995() ". Enfin, l'article 1er de l'arrêté interministériel susvisé du 17 janvier 2001 dispose que : " Sont bénéficiaires des dispositions du décret du 21 mars 1995 susvisé les fonctionnaires de police en fonction dans le ressort territorial des circonscriptions de police relevant des secrétariats généraux pour l'administration de la police de Paris et de Versailles. ".

4. M. C, fonctionnaire de la police nationale, demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours gracieux du 2 avril 2020 tendant à l'attribution de l'avantage spécifique d'ancienneté institué par l'article 11 de la loi du 26 juillet 1991 modifiée pour la période du 1er septembre 2000 au 30 septembre 2009.

5. Dans les circonstances de l'espèce, le ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être regardé, pour la période du 1er février 2006 au 30 septembre 2009, comme ayant fondé la décision implicite de rejet attaquée sur la circonstance que l'affectation opérationnelle du requérant pour cette période était la direction départementale de sécurité publique (DDSP) de Nice, or un tel service ne peut être regardé comme correspondant à une affectation dans une circonscription de police ou une subdivision de circonscription, au sens de l'article 1er du décret du 21 mars 1995. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté d'affectation en date du 4 février 2010 et de la fiche " Dialogue ", que M. C a été administrativement affecté à la circonscription de sécurité publique (CSP) de Nice durant la période du 1er septembre 2000 au 30 septembre 2009. Dès lors, malgré une affectation opérationnelle pour la période du 1er février 2006 au 30 septembre 2009 à la DDSP de Nice, l'affectation administrative du requérant, pour la période du 1er septembre 2000 au 30 septembre 2009, était la CSP de Nice. Par suite, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée pour erreur de droit.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. En vertu de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Aux termes de l'article L. 911-3 du code de justice administrative : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

7. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Et aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. ".

8. D'une part, lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant de la rémunération à laquelle il a droit en application d'une réglementation, le fait générateur de la créance est en principe constitué par le service accompli par l'intéressé. La prescription est alors acquise au début de la cinquième année suivant l'année au titre de laquelle le service aurait dû être rémunéré. D'autre part, la circonstance que l'interprétation des textes faite à l'époque par l'administration ait été ultérieurement censurée par le Conseil d'Etat statuant au contentieux n'est pas de nature à faire regarder légitimement M. C comme ayant ignoré l'existence de sa créance, alors qu'il lui était loisible de présenter une demande et, en cas de refus de l'administration, de former un recours contentieux pour faire valoir ses droits, et ce dès la publication de l'arrêté du 17 janvier 2001 cité au point 3, intervenu pour l'application de la loi du 26 juillet 1991 et du décret du 21 mars 1995. M. C ne peut donc être regardé comme ayant été dans l'ignorance légitime de sa créance, au sens de l'article 3 précité de la loi du 31 décembre 1968, avant la publication le 16 décembre 2015 au Journal officiel de l'arrêté du 3 décembre 2015, qui a défini les circonscriptions de sécurité publique ouvrant droit au bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté, et la publication de la directive du 9 mars 2016, intervenue le 15 avril 2016 au bulletin officiel du ministère de l'intérieur afin de prendre en compte la situation des fonctionnaires de police au titre de la période antérieure à celle ouverte par cet arrêté.

9. Le délai de la prescription quadriennale a donc commencé à courir à compter du premier jour de l'année suivant la ou les années au cours de laquelle ou desquelles le fonctionnaire de police, après trois années de services continus accomplis dans un quartier urbain ouvrant droit au bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté, a été, avant régularisation rétroactive de sa situation, privé à tort du bénéfice de cet avantage et où, par suite, la créance est née. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, ce délai n'a pu commencer à courir avant le 1er janvier 2002, premier jour de l'année suivant celle de la publication de l'arrêté du 17 janvier 2001 fixant la liste des secteurs ouvrant droit au bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté. En application des dispositions précitées de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, ce délai a, le cas échéant, été interrompu par une demande de l'agent tendant au bénéfice de cet avantage. Enfin, la directive du 9 mars 2016 doit être regardée comme une cause d'interruption du délai de la prescription quadriennale.

10. M. C est fondé à demander le bénéfice de l'avantage spécifique d'ancienneté à compter de l'année 2004, au titre de son affectation à la circonscription de sécurité publique de Nice pour la période du 1er septembre 2000 au 30 septembre 2009. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le délai de la prescription quadriennale a donc commencé à courir à compter du 1er janvier 2004, puis à compter du premier jour de l'année suivante pour les créances nées après 2003. Par suite, en tenant compte de l'intervention de la directive du 9 mars 2016, les créances antérieures au 1er janvier 2012 sont prescrites au profit de l'Etat.

11. Dès lors, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé, par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, à la reconstitution de la carrière de M. C en tenant compte de l'incidence sur celle-ci de ses droits à l'avantage spécifique d'ancienneté pour la période du 1er septembre 2000 au 30 septembre 2009, en prenant, à ce titre, une décision explicite et en procédant au versement des rappels de rémunération correspondants pour la période postérieure au 1er janvier 2012. Lorsqu'il se prononce sur des conclusions à fin d'injonction, sur le fondement des dispositions précitées, le tribunal examine les circonstances de fait et de droit à la date à laquelle il statue. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'édicter une décision explicite se prononçant sur la situation de l'intéressé à l'égard de l'avantage spécifique d'ancienneté et de procéder au versement des rappels de rémunération correspondants pour la période postérieure au 1er janvier 2012, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer l'astreinte sollicitée.

D E C I D E :

Article 1er: La décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours gracieux M. C en date du 2 avril 2020 tendant à l'attribution de l'avantage spécifique d'ancienneté est annulée.

Articles 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à la reconstitution de la carrière de M. C, en tenant compte de ses droits à l'avantage spécifique d'ancienneté pour la période du 1er septembre 2000 au 30 septembre 2009, par l'édiction d'une décision explicite et de procéder au versement des rappels de rémunération correspondants pour la période postérieure au 1er janvier 2012, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Blanc, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère

assistés de Mme Daverio, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022 .

Le président,

Signé

P. BLANC

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. CHEVALIER

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier.

N°200281

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