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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002903

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002903

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP E. MONCHO - E. VOISIN-MONCHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 27 juillet 2020 et 2 juin 2021, Mme C B, représentée par Me Voisin-Moncho, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juin 2020 par lequel le président du département des Alpes-Maritimes a procédé à son changement d'affectation d'office ;

2°) d'enjoindre au président du département des Alpes-Maritimes de la réintégrer en qualité de rédactrice territoriale principale 1ère classe, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le département des Alpes-Maritimes à lui verser la somme de 20 000 euros à titre de dommages et intérêts en indemnisation de son préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge du département des Alpes-Maritimes la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision en litige constitue une sanction disciplinaire déguisée et est entachée d'un détournement de procédure et de pouvoir ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en ce que la commission administrative paritaire n'a pas été préalablement saisie, en ce qu'elle n'a pas été mise en mesure de prendre connaissance de son dossier individuel avant l'édiction de cette mesure et en ce que la notification de la mesure attaquée est irrégulière ;

- cette décision est fondée sur des faits matériellement inexacts.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2021, le département des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

1°) à titre principal :

- les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables en ce que la décision attaquée est constitutive d'une mesure d'ordre intérieur et n'est ainsi pas susceptible de recours ;

- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables par leur objet ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en raison de l'absence de liaison du contentieux ;

2°) à titre subsidiaire :

- les moyens tirés du défaut de consultation de la commission administrative paritaire, de l'irrégularité des conditions de notification de l'acte attaqué et de l'absence de matérialité des faits sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi du 22 avril 1905 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 novembre 2023 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pierini, substituant Me Voisin-Moncho, représentant Mme B, et de M. A, représentant le département des Alpes-Maritimes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, rédactrice territoriale principale, a été nommée 1ère classe en 2018, alors qu'elle était affectée en qualité de secrétaire médico-sociale au service de protection maternelle et infantile au sein de la maison des solidarités départementales de Cannes-Est. A la suite d'une altercation avec une collègue le 30 janvier 2020 suivie du dépôt d'une fiche d'incident et d'une main courante, Mme B a été placée en arrêt maladie. Le médecin de prévention a, lors d'un examen réalisé le 25 février 2020, préconisé au département des Alpes-Maritimes un changement d'affectation nécessaire de Mme B. Faisant suite à cette préconisation, le département des Alpes-Maritimes a proposé, dès le 24 avril 2020, un poste de chargé de dossiers au sein de l'unité de protection de l'enfance de Cannes-Ouest que Mme B a refusé. La deuxième proposition d'affectation faite le 6 mai 2020 pour le poste de secrétaire à la maison des solidarités départementales d'Antibes a également été refusé par l'intéressée. Par arrêté du 1er juin 2020, le département des Alpes-Maritimes, après en avoir informé préalablement Mme B, l'a affectée à compter du 1er juin 2020 à la maison des solidarités départementales de Grasse en qualité de secrétaire. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision, ainsi que la condamnation du département des Alpes-Maritimes au versement de la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant changement d'affectation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée du caractère de mesure d'ordre intérieur de la décision portant changement d'affectation :

2. En l'absence de toute disposition légale définissant la résidence administrative, il appartient à l'autorité compétente de déterminer, sous le contrôle du juge, les limites géographiques de la résidence administrative. Si la résidence administrative s'entend en général de la commune où se trouve le service auquel est affecté l'agent, il en va différemment dans le cas où l'activité du service est organisée sur plusieurs communes. Dans cette hypothèse, il incombe à l'autorité compétente, sous le contrôle du juge, d'indiquer à ses services quelles communes constituent une résidence administrative unique. Lorsque l'autorité compétente n'a pas procédé à cette délimitation, la résidence administrative s'entend, par défaut, de la commune où se trouve le service auquel est affecté l'agent.

3. Il ne résulte pas de l'instruction que l'autorité départementale aurait délimité les communes des Alpes-Maritimes susceptibles de constituer une résidence administrative unique. Dès lors, la décision prononçant la mutation de Mme B de la maison des solidarités départementales de Cannes-Est à la maison des solidarités départementales de Grasse emporte pour l'intéressée un changement de résidence administrative. Une telle décision ne peut, dès lors, être regardée comme une mesure d'ordre intérieur. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par le département des Alpes-Maritimes tirée du caractère de mesure d'ordre intérieur de la décision attaquée ne peut être accueillie.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

4. En premier lieu, une mutation d'office revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

5. Il résulte de l'instruction que la mutation de Mme B la conduit à exercer des fonctions comparables à celles qu'elle exerçait au sein de la maison des solidarités départementales de Cannes-Est, et qui correspondent à celles que son cadre d'emplois lui donne vocation à exercer. La décision attaquée n'est donc pas de nature à entraîner une dégradation de sa situation professionnelle, ni ne préjudicie à sa carrière. En outre, il résulte de l'instruction que la mesure en litige n'emporte aucune perte de rémunération. De plus, la mesure est justifiée par un conflit entre la requérante et Mme D, perturbant le fonctionnement du service et la santé de l'intéressée, la médecine de prévention ayant préconisé à son employeur de changer son affectation, et non par un comportement fautif de la requérante, ni par la volonté de favoriser Mme D. Enfin, il résulte de l'instruction, que le département a proposé plusieurs postes à la requérante, qui les a tous refusés. Dès lors, la mesure litigieuse n'a pas été prise dans le but de sanctionner la requérante, mais de mettre fin à une situation conflictuelle au sein du service et de prendre en compte les préconisations émises par la médecine de prévention. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle constituerait une sanction déguisée doit être écarté.

6. En deuxième lieu et dès lors que la décision en litige ne constitue pas une sanction déguisée, les moyens tirés de ce que celle-ci serait entachée d'un détournement de procédure en ce qu'elle n'a pas pu bénéficier des garanties procédurales attachées aux mesures disciplinaires et d'un détournement de pouvoir, ainsi que le moyen tiré du défaut de matérialité des faits retenus pour lui infliger une sanction, doivent être écartés comme inopérants.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". En vertu de ces dispositions, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause. Dans le cas où l'agent public fait l'objet d'un déplacement d'office, il doit être regardé comme ayant été mis à même de solliciter la communication de son dossier s'il a été préalablement informé de l'intention de l'administration de le muter dans l'intérêt du service, quand bien même le lieu de sa nouvelle affectation ne lui aurait pas alors été indiqué.

8. En l'espèce, par courrier électronique du 24 avril 2020, le département des Alpes-Maritimes a informé Mme B de son changement d'affectation dans l'intérêt du service et lui a proposé, pour ce faire, un poste de chargée de dossiers à l'UPE 1 Cannes-Ouest. A la suite du refus de l'intéressée, le département a proposé à cette dernière, par courrier électronique du 6 mai 2020, le poste de secrétaire à la maison des solidarités départementales d'Antibes, poste qui a également été décliné par l'intéressée. Par un courrier électronique du 15 mai 2020, le département a informé la requérante de son affectation à la maison des solidarités départementales de Grasse en qualité de secrétaire à compter du 1er juin 2020. Il suit de là que la requérante a été informée dès le 24 avril 2020 de ce qu'elle ferait l'objet d'une décision de mutation d'office qui constitue une décision prise en considération de la personne. Par ce courrier, Mme B doit être regardée comme ayant été mise à même de solliciter la communication de son dossier et de présenter des observations. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " I. - L'autorité compétente procède aux mutations des fonctionnaires en tenant compte des besoins du service. / II. - Dans toute la mesure compatible avec le bon fonctionnement du service et sous réserve des priorités instituées à l'article 62 bis, les affectations prononcées tiennent compte des demandes formulées par les intéressés et de leur situation de famille. () ". Il ne résulte pas de ces dispositions, modifiées par la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique, qu'une décision de mutation d'office dans l'intérêt du service doit être précédée de la consultation d'une commission administrative paritaire. Dès lors, ce moyen est inopérant et ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, les conditions de notification d'un acte sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de la notification irrégulière de la décision attaquée doit être écarté en raison de son inopérance.

11. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 1er juin 2020 par laquelle le président du département des Alpes-Maritimes a muté d'office Mme B doivent être rejetées, ensemble les conclusions à fin d'injonction et ses conclusions indemnitaires, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense contre ces dernières conclusions.

Sur les frais liés au litige :

12. D'une part, la présente instance ne comportant pas de dépens, la demande présentée par Mme B au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée.

13. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Alpes-Maritimes, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au département des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

G. Taormina La greffière,

signé

S. Génovèse

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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