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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002976

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002976

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002976
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantASTRUC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juillet 2020 et 19 avril 2021, M. A B, représenté par Me Astruc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2020 par lequel le maire de Cabris a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison individuelle avec piscine sur les parcelles cadastrées section C n°s 2568, 2569 et 2585, situées 555 chemin de la Prouveresse à Cabris, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux daté du 10 avril 2020 née du silence gardé par le maire de la commune sur ce recours ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cabris la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-le maire de la commune a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant que le projet litigieux est de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales au sens des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- l'exposition d'un projet à des risques naturels n'entre pas dans le champ des considérations prises en compte au titre des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme lesquelles ne répondent qu'à des considérations strictement paysagère et architecturale alors, qu'en tout état de cause, le terrain d'assiette du projet n'est soumis à aucun risque naturel de nature à interdire sa réalisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2020, la commune de Cabris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient, qu'eu égard à la configuration du terrain d'assiette, les importants travaux de décaissement prévus par le projet constitue un réel danger de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales.

Par une ordonnance du 8 avril 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mai 2021 à 12 heures.

Un mémoire, présenté par la commune de Cabris, a été enregistré le 9 juin 2021, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Par un courrier du 4 septembre 2023, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité pour le tribunal de prononcer d'office, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, une injonction tendant à la délivrance au requérant du permis de construire sollicité.

La commune de Cabris et M. B ont respectivement produit leurs observations par des mémoires enregistrés les 4 et 18 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2003-1169 du 2 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 septembre 2023 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Astruc, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 24 mars 2020, le maire de Cabris a refusé de délivrer à M. B un permis de construire une maison individuelle avec piscine sur les parcelles cadastrées section C n°s 2568, 2569 et 2585, situées 555 chemin de la Prouveresse à Cabris. Par un courrier du 10 avril 2020, M. B a formé un recours gracieux contre cet arrêté qui est resté sans réponse de la part du maire de la commune. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 mars 2020 par lequel le maire de Cabris a refusé de lui délivrer un permis de construire, ensemble la décision portant rejet de son recours gracieux daté du 10 avril 2020 née du silence gardé par le maire de la commune sur ce recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le bien-fondé du motif de refus du permis de construire :

2. Pour refuser le permis de construire sollicité par le requérant, le maire de Cabris s'est fondé sur le motif tiré de ce que le projet est de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales au sens des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

3. Aux termes des dispositions de l'article R. 111-27 du code de de l'urbanisme précité : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le site dans lequel doit s'implanter le projet est composé de villas individuelles de plain-pied ou en R+1, de style majoritairement traditionnel provençal. En outre, il est composé de restanques et murs de pierres sèches, désignés par la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes, approuvée le 2 décembre 2003, comme des éléments caractéristiques du patrimoine naturel et culturel montagnard.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en la réalisation d'une maison individuelle de plain-pied avec sa piscine présentant un volume et des hauteurs comparables aux constructions avoisinantes. En outre, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des écritures en défense de la commune de Cabris que cette dernière ait entendu remettre en cause le choix architectural du projet, bien que distinct des autres propriétés présentes dans le secteur, qui se caractérise par une architecture contemporaine sobre. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet ne respecterait pas la configuration naturelle des lieux et notamment la présence de restanques et murs de pierres sèches, sans que cela ne soit d'ailleurs contesté par la commune en défense.

7. Enfin, si la commune de Cabris soutient, qu'eu égard à la configuration du terrain d'assiette, les importants travaux de décaissement prévus pour la réalisation du sous-sol du projet constituent un réel danger de nature à porter atteinte au site et aux paysages naturels, l'exposition d'un projet à des risques naturels n'entre toutefois pas dans le champ des considérations prises en compte au titre des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme lesquelles ne répondent qu'à des considérations architecturale, esthétique et de mise en valeur du patrimoine.

8. Dans ces conditions, il résulte de ce qui précède qu'en refusant de délivrer le permis de construire sollicité par M. B au motif que le projet litigieux est de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, le maire de Cabris a fait une inexacte application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Ce moyen doit ainsi être accueilli.

En ce qui concerne la substitution de motif sollicitée par la commune :

9. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

10. En l'espèce, en premier lieu, la commune de Cabris soutient que les travaux d'affouillement envisagés par le projet litigieux excèdent la limite de 1,50 mètre imposée par l'article 7 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Toutefois, les dispositions de l'article UC 2 de ce même règlement autorisent les affouillements nécessaires aux constructions, installations et infrastructures autorisées dans la zone. Il ressort des pièces du dossier que les travaux d'affouillement litigieux, excédant la limite de 1,50 mètre, sont uniquement ceux permettant la réalisation du sous-sol du projet et de la piscine et sont ainsi rendus nécessaires pour la réalisation de la construction objet du permis de construire attaqué, comme le permet les dispositions précitées de l'article UC 2 du règlement du plan local d'urbanisme. En outre, l'article 7 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme n'ont pas vocation à s'appliquer aux travaux d'affouillement exclusivement nécessaires durant la phase d'exécution des travaux et ne présentant pas de caractère définitif, comme c'est le cas en l'espèce. Dans ces conditions, le motif tiré de la méconnaissance de ces dispositions n'aurait pas été de nature à justifier la décision de refus litigieuse.

11. En deuxième lieu, la commune de Cabris doit être regardée comme sollicitant une substitution de motif dans son mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2020 tirée de ce que les travaux de décaissement prévus pour la réalisation du projet constituent un risque majeur pour la sécurité publique eu égard à la configuration du terrain d'assiette de ce projet. En se bornant à invoquer " l'esprit du plan local d'urbanisme ", la commune ne précise toutefois pas quelle disposition législative ou règlementaire serait, en l'espèce, méconnue. En tout état de cause, s'il ressort de l'étude géologique annexée à la demande de permis de construire que certaines zones des parcelles cadastrées section C n°s 2568 et 2585 sont exposées à un aléa risque d'effondrement et de glissement de terrain, ces zones se situent toutefois en dehors du périmètre d'implantation du projet litigieux. En outre, il ressort de cette même étude qu'aucune des parcelles litigieuses n'est concernée par un plan de prévention des risques naturels et que la stabilité générale du site est évaluée comme étant " satisfaisante ". Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le risque naturel dont se prévaut la commune serait établi, le motif tiré de ce que les travaux de décaissement prévus pour la réalisation du projet constituent un risque majeur pour la sécurité publique ne peut être regardé comme pouvant légalement fonder l'arrêté attaqué.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2020 par lequel le maire de Cabris a refusé de lui délivrer un permis de construire et, par voie de conséquence, celle de la décision par laquelle le maire de Cabris a implicitement rejeté son recours gracieux daté du 10 avril 2020.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cabris une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 24 mars 2020 par lequel le maire de Cabris a refusé de délivrer un permis de construire à M. B et la décision portant rejet du recours gracieux de ce dernier daté du 10 avril 2020 sont annulés.

Article 2 : La commune de Cabris versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Cabris.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Duroux, conseillère,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

M. HOLZER

Le président,

signé

F. PASCAL

La greffière,

signé

C. RAVERA

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2002976

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