mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2003085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | GREENLAW AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête sommaire et des mémoires complémentaires, enregistrés les 4 août 2020, 31 mai 2022 et 13 janvier 2023, la société à responsabilité limitée (SARL) Nova e Properties, représentée par Me Deharbe, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 24 février 2020 par laquelle le conseil municipal de Saint-Paul-de-Vence a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul-de-Vence la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que les conclusions du commissaire-enquêteur sont insuffisamment motivées ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le commissaire-enquêteur n'a pas répondu aux observations du public ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que des modifications substantielles ont été apportées au projet de plan après l'enquête publique ;
- le classement en secteur UC3 de ses parcelles est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les règles de constructibilité de la zone UC3 sont, au regard de ses caractéristiques et des enjeux locaux, excessivement contraignantes ;
- les règles de constructibilité de la zone N méconnaissent les objectifs du plan de prévention du risque inondation ;
- l'instauration d'espaces verts protégés sur ses parcelles est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le zonage n'est pas cohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables ;
- le classement de ses parcelles ne tient pas compte de la situation existante.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 avril, 27 mai et 30 juillet 2022, la commune de Saint-Paul-de-Vence, représentée par Me Euvrard, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet, à titre infiniment subsidiaire au prononcé d'un sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et en tout état de cause à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la société requérante n'a pas d'intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 janvier 2023.
Un mémoire présenté pour la société Nova e Properties a été enregistré le 18 août 2023, suite à la production des pièces sollicitées par le greffe du tribunal auprès de la commune de Saint-Paul-de-Vence conformément à l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soler,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Delmotte, représentant la société requérante, et de Me Euvrard, représentant la commune de Saint-Paul-de-Vence.
Considérant ce qui suit :
1. La société Nova e Properties est propriétaire des parcelles cadastrées section BB n°106, 107, 178, 180 et 209 situées sur le territoire de la commune de Saint-Paul-de-Vence. Par une délibération du 12 juin 2017, le conseil municipal de Saint-Paul-de-Vence a prescrit la révision générale de son plan local d'urbanisme. Les orientations du projet d'aménagement et de développement durables ont été débattues les 2 octobre 2017 et 8 octobre 2018. Le projet de plan révisé a été arrêté par une délibération du 29 juillet 2019. L'enquête publique a été organisée du 18 novembre 2019 au 17 décembre 2019. Par une délibération du 24 février 2020, le conseil municipal de la commune a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme. La société requérante demande l'annulation de cette délibération.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
Sur l'insuffisante motivation alléguée des conclusions du commissaire-enquêteur :
2. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. / () ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient au commissaire enquêteur d'indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de ses conclusions.
4. Dans ses conclusions, le commissaire-enquêteur rappelle l'organisation et le déroulement de l'enquête publique et précise qu'il a regroupé les observations du public selon plusieurs thèmes afin de mieux synthétiser son avis. D'une part, concernant les espaces verts protégés par le projet de plan, il affirme qu'il convient d'optimiser leurs tracés compte tenu des demandes exprimées dans le cadre de l'enquête publique et souscrit à la démarche présentée par la commune consistant à établir des critères pour définir ces espaces. Concernant le zonage et le règlement du projet de plan, le commissaire-enquêteur qualifie d'argumentées les réponses apportées par la commune afin de justifier les choix effectués et précise que ces réponses n'apportent pas de commentaire particulier de sa part. D'autre part, s'agissant de l'orientation d'aménagement et de programmation de la Bastide rouge, il affirme que le principe d'anticipation à l'urbanisation de cette zone apparaît pertinent et le choix retenu par la commune fondé tout en précisant que le projet n'apparait pas finalisé quant à la desserte du site. S'agissant de l'OAP du Malvan, le commissaire-enquêteur juge fondée la position de la commune concernant la conception du projet dès lors qu'elle permet de répondre aux obligations de réalisation de logements sociaux et de prendre en compte le risque inondation. De manière plus globale, le commissaire-enquêteur qualifie de volontariste la démarche de la commune en matière de maîtrise de l'urbanisation de son territoire et de protection de l'environnement tout en tenant compte des spécificités liées à son attractivité touristique. Enfin, concernant le périmètre des abords de monuments historiques, il précise que celui-ci présente deux avantages en définissant un périmètre adapté aux enjeux de chaque monument et une plus grande lisibilité et appropriation de ces enjeux. Le commissaire enquêteur a ainsi détaillé les raisons l'amenant, au regard du déroulement de l'enquête et des caractéristiques du projet de révision du plan local d'urbanisme à émettre un avis favorable assorti de recommandations. A cet égard, il ne résulte pas des dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement citées au point 2 ni d'aucune autre disposition législative ou règlementaire que le commissaire-enquêteur serait tenu de se prononcer, dans ses conclusions, sur les avis émis par les personnes publiques associées. Par suite, contrairement à ce que soutient la société requérante, le commissaire enquêteur a donné un avis personnel et motivé au sens des dispositions de l'article R. 123-9 du code de l'environnement et le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.
Sur le vice de procédure allégué en l'absence de réponse du commissaire-enquêteur aux observations du public :
5. Il résulte également des dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement citées au point 2 que si le commissaire enquêteur n'est pas, en principe, tenu de répondre à chacune des observations formulées durant l'enquête publique, il lui appartient en revanche d'analyser lesdites observations.
6. En l'espèce, il ressort de l'annexe n°1 du rapport du commissaire-enquêteur que ce dernier a classé chacune des observations recueillies dans le cadre de l'enquête publique au sein de quatre thématiques et d'une rubrique regroupant les observations diverses. Il ressort par ailleurs de ce rapport que le commissaire-enquêteur analyse et répond, thématique par thématique, aux observations ainsi recueillies. Si la société requérante soutient que le commissaire-enquêteur n'aurait pas répondu à certaines observations dès lors qu'il aurait précisé que celles-ci n'appellent pas de commentaire particulier de sa part, d'une part, contrairement à ce que soutient la société requérante, le commissaire-enquêteur y a répondu dès lors qu'il précise souscrire aux réponses apportées par la commune sur ces points, d'autre part, comme rappelé au point précédent, le commissaire enquêteur n'est pas tenu de répondre à chacune des observations formulées durant l'enquête publique. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la délibération attaquée serait entachée d'un vice de procédure sur ce point en méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement citées au point 2. Il suit de là que ce moyen doit également être écarté.
Sur le vice de procédure allégué dès lors que des modifications substantielles ont été apportées au projet de plan après l'enquête publique :
7. Aux termes de l'article L. 153-33 du code de l'urbanisme : " La révision est effectuée selon les modalités définies par la section 3 du présent chapitre relative à l'élaboration du plan local d'urbanisme. / () " et aux termes de l'article L. 153-21 du même code : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé () ".
8. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les modifications apportées à un projet de plan local d'urbanisme entre la date de sa soumission à enquête publique et celle de son approbation sont possibles à une double condition. D'une part, elles ne peuvent avoir pour objet que de tenir compte des résultats de l'enquête publique ou de l'avis des personnes publiques à condition que ces avis aient été joints au dossier. D'autre part, ces modifications ne peuvent remettre en cause l'économie générale du projet.
9. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'annexe à la délibération attaquée produite par la société requérante, que les modifications apportées au projet de plan consistant à renseigner sur le plan de zonage les zones bleues et rouges du plan de prévention du risque inondation, à adapter le règlement écrit pour tenir compte de ce plan et à modifier les informations du dossier du plan local d'urbanisme sur les plans de prévention des risques naturels prévisibles, font suite à l'avis de la direction départementale des territoires et de la mer. D'autre part, dès lors que ces modifications concernent des documents établis par les services de l'Etat qui, bien qu'ils soient annexés au plan local d'urbanisme ou reportés dans celui-ci, ne sont pas susceptibles d'être modifiés dans le cadre de l'enquête publique, celles-ci ne peuvent être de nature à remettre en cause l'économie générale du projet. Il suit de là que la première branche du moyen doit être écartée.
10. En deuxième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le règlement du plan local d'urbanisme soumis à enquête publique mentionnait déjà, à son article DG2-3, que " la gestion des eaux pluviales et des ruissellements sur la propriété devra respecter les prescriptions du règlement d'assainissement pluvial dès lors qu'il sera annexé du plan local d'urbanisme ". Dès lors, la deuxième branche du moyen doit également être écartée.
11. En troisième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que les modifications apportées au règlement du plan local d'urbanisme relatives aux clôtures font suite à l'avis du service départemental d'incendie et de secours du 26 août 2019 qui recommande à la commune de prendre en compte les différents plans de prévention des risques naturels et technologiques impactant la commune. Le règlement du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) précise qu'en zones rouge et bleue sont autorisées uniquement les clôtures sans mur-bahut, à condition d'assurer le librement écoulement des crues. D'autre part, dès lors que ces modifications ont pour seul effet de reprendre des documents établis par les services de l'Etat qui sont déjà opposables aux autorisations d'urbanisme, celles-ci ne peuvent être de nature à remettre en cause l'économie générale du projet. Il suit de là que la troisième branche du moyen doit être écartée.
12. En quatrième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la modification du règlement du plan local d'urbanisme consistant à autoriser en zone U la réhabilitation et l'extension des anciens bâtiments agricoles fait suite à l'avis de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers du 11 octobre 2019. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette modification serait de nature à remettre en cause l'économie générale du projet. Il suit de là que la quatrième branche du moyen doit être écartée.
13. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la modification du règlement du plan local d'urbanisme consistant à autoriser en zone AU la réhabilitation et l'extension des anciens bâtiments agricoles aurait pour objet de tenir compte des résultats de l'enquête publique ou de l'avis des personnes publiques. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir que la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que cette disposition est intervenue en méconnaissance des règles relatives à l'enquête publique.
14. En sixième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la limitation à 7 mètres au lieu de 9 mètres de la hauteur des constructions dans le sous-secteur UC1-r fait suite aux observations formulées dans le cadre de l'enquête publique. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette modification, qui concerne une zone d'une superficie restreinte au regard de la superficie totale de la commune, serait de nature à remettre en cause l'économie générale du projet. Il suit de là que la sixième branche du moyen doit également être écartée.
15. En septième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la modification apportée au règlement du plan local d'urbanisme consistant à limiter à 30% l'emprise au sol des constructions situées en zone UEp pour les parcelles identifiées par le PPRI fait suite à l'avis du préfet des Alpes-Maritimes du 14 octobre 2019 recommandant à la commune de rendre compatible le règlement de la zone UEp avec le règlement de la zone bleue du PPRI. Le règlement du plan de prévention des risques d'inondation précise qu'en zone bleue l'emprise au sol est limitée à 30% de la superficie totale de la partie de l'unité foncière située en zone inondable. D'autre part, dès lors que cette modification a pour seul effet de reprendre des documents établis par les services de l'Etat qui sont déjà opposables aux autorisations d'urbanisme, celle-ci ne peut être de nature à remettre en cause l'économie générale du projet. Il suit de là que la septième branche du moyen doit être écartée.
16. En huitième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que la modification du règlement du plan local d'urbanisme consistant à ce qu'en zone A, les annexes aux bâtiments d'habitation non liées à l'exploitation agricole doivent s'inscrire dans un rayon de 25 mètres maximum autour du bâtiment d'habitation et non plus 35 mètres fait suite aux avis de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers du 11 octobre 2019 et du préfet des Alpes-Maritimes du 14 octobre 2019. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette modification serait de nature à remettre en cause l'économie générale du projet. Il suit de là que la dernière branche du moyen doit également être écartée.
Sur le classement en secteur UC3 :
17. Aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées " et aux termes de l'article R. 151-18 du même code : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ".
18. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts. L'autorité compétente n'est pas liée, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs des zones qu'elle institue, par les modalités préexistantes d'utilisation des terrains, dont elle peut prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme.
19. La société requérante soutient que le classement en secteur UC3 de ses parcelles est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que de nombreuses villas et bâtiments entourent celles-ci et qu'elle a obtenu un permis de construire 22 logements sur son unité foncière de sorte que celle-ci ne pourrait être classée en secteur UC3 qui s'applique aux secteurs peu bâtis.
20. D'une part, comme il a été rappelé au point 18, l'autorité compétente n'est pas liée, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs des zones qu'elle institue, par les modalités préexistantes d'utilisation des terrains, dont elle peut prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Dès lors, la circonstance que la société requérante aurait obtenu un permis de construire 22 logements sur ses parcelles est inopérante à l'encontre du classement attaqué d'autant que ce permis n'a pas été mis en œuvre. En tout état de cause, les droits à construire octroyés par ce permis de construire, sous réserve de sa caducité, ne sont pas remis en cause par le plan local d'urbanisme révisé.
21. D'autre part, il ressort de la lecture du rapport de présentation que la zone UC correspond aux quartiers d'extension à dominante pavillonnaire et se décompose en trois secteurs de densités dégressives UC1, UC2 et UC3. Le secteur UC3 correspond aux secteurs d'habitat individuel moins denses présentant une forte sensibilité paysagère. En l'espèce, il ressort du plan et des photographies aériennes produits par la commune en défense que le zonage UC3 en litige correspond à un secteur très peu bâti et marqué par une forte densité d'espaces verts. Plus particulièrement, les parcelles de la société requérante ne sont pas bâties et sont presque entièrement végétalisées. La société requérante ne peut se prévaloir des villas et bâtiments situés à l'Ouest de ses parcelles dès lors que ceux-ci s'implantent sur des terrains classés en secteur UC1. De même, elle ne peut se prévaloir du permis de construire obtenu pour la réalisation de 22 logements dès lors que celui-ci n'a pas été mis en œuvre à la date de la délibération attaquée. Dans ces conditions, la commune n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en classant les parcelles en litige en secteur UC3. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
Sur les règles de constructibilité applicables en secteur UC3 :
22. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 " et aux termes de l'article R. 151-39 du même code : " Afin d'assurer l'intégration urbaine, paysagère et environnementale des constructions, déterminer la constructibilité des terrains, préserver ou faire évoluer la morphologie du tissu urbain et les continuités visuelles, le règlement peut notamment prévoir des règles maximales d'emprise au sol et de hauteur des constructions. / () / Les règles prévues par le présent article peuvent être exprimées par rapport aux voies et emprises publiques, aux limites séparatives et aux autres constructions sur une même propriété ainsi qu'en fonction des objectifs de continuité visuelle, urbaine et paysagère attendus ".
23. La société requérante soutient que les règles applicables en secteur UC3 sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des caractéristiques et des enjeux du secteur. D'une part, il ressort de la lecture du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) que celui-ci prévoit une orientation n°1 visant à protéger et mettre en valeur le cadre naturel et paysager, marqueurs de l'identité communale. Au sein de cette orientation, un objectif n°2 vise à protéger les grands paysages et valoriser les perceptions paysagères. Pour cela le PADD prévoit plusieurs actions consistant notamment à éviter l'urbanisation des coteaux afin d'en limiter l'impact paysager, à maintenir des espaces de respiration sur ceux-ci, à conserver une densité végétale participant à l'intégration du tissu bâti et à limiter les hauteurs, en particulier sur les coteaux. Le rapport de présentation précise à cet égard que la zone UC répond à l'objectif de concilier densités et respect des caractéristiques urbaines et paysagères et que les dispositions retenues doivent permettre d'accompagner l'évolution des quartiers existants en permettant le comblement de dents creuses ou des opérations de renouvellement dans le respect du cadre de vie.
24. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 21 que le secteur en litige est peu bâti et présente une forte densité d'espaces verts. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier et notamment du plan de coupe produit dans le cadre d'une demande de permis de construire déposée par la société requérante et des photographies produites par la commune en défense que les parcelles de la société requérante s'implantent à flanc de coteau. Dès lors, en limitant l'emprise au sol à 10 % de la superficie de l'unité foncière, la hauteur absolue des constructions à 7 mètres, en imposant une distance minimale entre les constructions de 14 mètres et une surface des espaces libres de pleine terre minimale de 75% de l'unité foncière, le règlement est cohérent avec le parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme dans le projet d'aménagement et de développement durables consistant à limiter l'urbanisation sur les coteaux et à maintenir sur ceux-ci des espaces de respiration. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les règles de constructibilité de la zone UC3 seraient, au regard des caractéristiques et des enjeux locaux du secteur, excessivement contraignantes. A cet égard, la circonstance qu'elle ne pourrait plus obtenir le même permis de construire que celui dont elle avait bénéficié avant l'adoption du plan en litige est inopérante dès lors que, comme rappelé au point 18, l'autorité compétente n'est pas liée, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs des zones qu'elle institue, par les modalités préexistantes d'utilisation des terrains, dont elle peut prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Il suit de là que ce moyen doit également être écarté.
Sur les règles de constructibilité applicables en zone N :
25. Aux termes de l'article L. 151-43 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme comportent en annexe les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol et figurant sur une liste dressée par décret en Conseil d'Etat " et aux termes de l'article L. 562-4 du code de l'environnement : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan local d'urbanisme, conformément à l'article L. 153-60 du code de l'urbanisme ".
26. Si la société requérante soutient que les règles de constructibilité en zone N méconnaissent les objectifs du plan de prévention du risque inondation, ce dernier n'est pas au nombre des documents mentionnés par les articles L. 131-4 à L. 131-7 du code de l'urbanisme avec lesquels un plan local d'urbanisme doit être compatible. Par suite, ce moyen est inopérant et doit être écarté comme tel.
Sur l'instauration d'un espace vert protégé :
27. D'une part, aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 151-23 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. / Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent ".
28. Il résulte des dispositions des articles L. 151-19 et L. 151-23 du code de l'urbanisme citées au point précédent qu'elles permettent au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, identifier un élément en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de la protection instituée, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l'objectif recherché. Une interdiction de toute construction ne peut être imposée que s'il s'agit du seul moyen permettant d'atteindre l'objectif poursuivi.
29. En l'espèce, d'une part, il ressort de la lecture du projet d'aménagement et de développement durables que les auteurs du plan local d'urbanisme ont pris pour parti d'aménagement de respecter la structuration historique de l'urbanisation en évitant l'urbanisation des coteaux afin d'en limiter l'impact paysager et d'intégrer les perceptions paysagères dans les réflexions urbaines et architecturales notamment en maintenant des espaces de respiration sur ces coteaux. Le rapport de présentation précise à cet égard que les paysages de restanques sur les coteaux constituent un véritable patrimoine naturel participant à l'identité paysagère et au cadre de vie de la commune. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les auteurs du plan local d'urbanisme ont souhaité instituer des espaces verts protégés (EVP) afin d'améliorer les transitions paysagères entre les espaces bâtis et non bâtis, préserver des espaces de respiration et maintenir les continuités paysagères et écologiques. Ces espaces peuvent faire l'objet d'une minéralisation à hauteur de 15% maximum de leur superficie dès lors qu'il s'agit d'aménagements extérieurs ne créant pas d'emprise au sol à l'exception des piscines et que cette surface est compensée par une surface équivalente d'espaces verts de pleine terre sur le terrain d'assiette. Les auteurs du plan local d'urbanisme ont ainsi fait le choix de protéger les coteaux en espaces verts protégés pour des motifs historiques, sur le fondement des dispositions de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme citées au point 27. Concernant plus particulièrement le secteur où s'implantent les parcelles de la société requérante, le rapport de présentation précise qu'il s'agit d'un espace peu bâti, où les restanques sont encore bien préservées et les coteaux protégés au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme.
30. Comme rappelé au point 24, il ressort des pièces du dossier et notamment du plan de coupe produit dans le cadre d'une demande de permis de construire déposée par la société requérante et des photographies produites par la commune en défense, que la partie Ouest des parcelles cadastrées section BB n° 178 et 180, couverte par l'EVP en litige, s'implante à flanc d'un coteau et est composé de restanques. Dans ces conditions, eu égard au caractère de ces parcelles ainsi qu'aux prescriptions applicables au sein des espaces verts protégés, le classement de la partie Ouest des parcelles cadastrées section BB n° 178 et 180 en EVP n'est pas disproportionné au regard des objectifs déterminés par le projet d'aménagement et de développement durables. A cet égard, la circonstance que la végétation présente dans la zone classée en EVP serait ordinaire et ne présenterait pas de caractère particulière est inopérante, tout comme la circonstance que la partie Est des parcelles, située en contrebas du coteau, serait également arborée. Il suit de là que le moyen tiré de l'illégalité du classement en EVP des parcelles de la société requérante doit être écarté.
Sur la cohérence du zonage avec le projet d'aménagement et de développement durables :
31. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".
32. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
33. Pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 20, 21, 24, 29 et 30, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le classement en secteur UC3 de ses parcelles et l'identification sur une partie de celles-ci d'un espace vert protégé seraient incohérents avec le projet d'aménagement et de développement durables de la commune. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
Sur l'absence de prise en compte de la situation existante :
34. D'une part, il résulte de ce qui a été dit aux points 21, 24 et 30 que le classement en secteur UC3 de ses parcelles n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et que l'identification sur une partie de celles-ci d'un espace vert protégé n'est pas disproportionné au regard des objectifs poursuivis. D'autre part, la circonstance qu'en raison de ces classements, elle ne pourrait plus obtenir le même permis de construire que celui dont elle avait bénéficié avant l'adoption du plan en litige est inopérante dès lors que, comme rappelé au point 18, l'autorité compétente n'est pas liée, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs des zones qu'elle institue, par les modalités préexistantes d'utilisation des terrains, dont elle peut prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le classement de ses parcelles ne tiendrait pas compte de la situation existante est inopérant et doit être écarté comme tel.
35. Il résulte de tout ce qui précède que la délibération du 24 février 2020 doit être annulée seulement en tant que le règlement prévoit une disposition consistant à autoriser en zone AU la réhabilitation et l'extension des anciens bâtiments agricoles. Cette disposition concernant une infime partie de la délibération attaquée, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme.
Sur les frais liés au litige :
36. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Nova e Properties, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Paul-de-Vence demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul-de-Vence la somme demandée par la société Nova e Properties au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 24 février 2020 par laquelle le conseil municipal de Saint-Paul-de-Vence a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme est annulée en tant que le règlement prévoit une disposition consistant à autoriser en zone AU la réhabilitation et l'extension des anciens bâtiments agricoles.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Nova e Properties et à la commune de Saint-Paul-de-Vence.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023
La rapporteure,
Signé
N. SOLER
Le président,
Signé
T. BONHOMMELe greffier,
Signé
D. CREMIEUX
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026