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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003463

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003463

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTRAVERSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2020, M. A C, représenté par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande d'abrogation de la décision du 20 février 2018 lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et a fixé la durée de cette interdiction à deux ans ;

2°) à titre principal, d'annuler la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa demande d'abrogation ;

4)° d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de son droit au séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée porte une atteinte grave et excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 septembre 2022 :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Petit substituant Me Traversini, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant philippin, né en 1979 à Santa Barbara (Philippines) est, selon ses déclarations, entré en France le 10 juillet 2008. Il a fait l'objet d'un arrêté du 16 février 2018 par lequel le préfet des Alpes Maritimes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français à destination de son pays d'origine ou vers tout autre pays dans lequel il justifierait être admissible, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Le 26 avril 2018, M. C a saisi le préfet d'une demande d'abrogation de la décision du 16 février 2018 en tant qu'elle prononce une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Le silence gardé par le préfet sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par un jugement du 18 décembre 2019, le tribunal a annulé le refus d'abrogation et enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de statuer à nouveau sur la demande de M. C. Par une décision du 3 février 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'abroger l'interdiction de retour prise à son encontre tout en ramenant sa durée à deux ans. M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " () / III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / () / L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas : / 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; / 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 561-1 ou L. 561-2. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un étranger n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision refusant d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français s'il ne justifie pas résider hors de France à la date où il saisit le juge administratif à moins qu'il ait fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence à cette date.

4. Il ressort des pièces produites par le requérant qu'il a été assigné à résidence par un arrêté du 18 février 2018 pour une durée de quarante-cinq jours, ainsi que par un arrêté du 13 avril 2018 pour une durée de quarante-cinq jours également. Il ressort des pièces versées aux débats que la demande d'abrogation a été réceptionnée par les services préfectoraux le 23 mai 2018. Dès lors, M. C était assigné à résidence à la date d'enregistrement de sa demande d'abrogation, et était donc recevable à déposer une telle demande.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C réside en France de manière stable et continue depuis plus de 11 ans à la date de la décision attaquée, qu'il vit avec sa concubine, que sa mère réside en France de manière régulière et que son père est décédé. Dans ces circonstances, le refus d'abroger l'interdiction de retour dont il fait l'objet porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 février 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'abroger la décision du 20 février 2018 lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et a fixé la durée de cette interdiction à deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. En premier lieu, l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'abroger la décision du 20 février 2018 en tant qu'elle prononce une interdiction de retour d'une durée de 3 ans à son encontre implique nécessairement l'abrogation de cette interdiction dont l'illégalité a été constatée. Il y a lieu pour le tribunal d'ordonner cette mesure.

9. En second lieu, si le requérant sollicite également du tribunal qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de son droit au séjour, la mesure demandée ne découle pas de l'annulation de la décision attaquée. Il y a lieu de rejeter ces conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 (huit cents) euros au bénéfice de Me Traversini, conseil de M. C, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 3 février 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'abroger la décision du 20 février 2018 faisant à M. C interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et a fixé la durée de cette interdiction à deux ans est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes d'abroger l'interdiction de retour prise à l'encontre de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'État versera à Me Traversini la somme de huit cents (800) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour cette dernière de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Traversini.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. B

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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