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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003494

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003494

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET THIERRY BAUDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 03septembre 2020 et 16 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Baudin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du jury d'examen de l'université Côte d'Azur telle que révélée par le relevé de note du 7 juillet 2020 la déclarant ajournée à la seconde session d'examen de deuxième année de licence " Sciences de la vie " au titre de l'année universitaire 2019-2020, ensemble la décision du 22 juillet 2022 par laquelle cette autorité a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au président de l'université Côte d'Azur de valider cette deuxième année de licence et de l'admettre en troisième année ;

3°) de condamner l'université Côte d'Azur au paiement de la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle a subi ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision d'ajournement est illégale dès lors que les modalités de contrôle des connaissances ont été modifiées en cours d'année ;

- ces modalités de contrôle des connaissances ne lui sont pas opposables dès lors qu'elles n'ont pas été communiquées aux étudiants préalablement à leur examen et n'ont pas fait l'objet d'une publication ;

- la modification irrégulière des modalités de contrôle des connaissances ayant conduit à son ajournement lui ont causé une perte de chance de réussite qui a impacté la suite de ses études, son orientation et son avenir professionnel ;

- cette modification irrégulière lui a causé un préjudice moral d'un montant de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2022, le président de l'université Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, d'une part, que les moyens de la requête ne sont pas fondés et, d'autre part, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B sont irrecevables dès lors qu'elles ont été présentées sans demande indemnitaire préalable en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'ordonnance n°2020-351 du 27 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chevalier, conseillère,

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public,

- et les observations de M. C, représentant le président de l'université Côte d'Azur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, étudiante au titre de l'année universitaire 2019-2020, en deuxième année de licence de " Sciences de la vie " à l'université Côte d'Azur, a été ajournée à la deuxième session d'examen par une décision du 7 juillet 2020. Elle a formé un recours gracieux contre cette décision le 16 juillet 2020 qui a été rejeté par une décision du

22 juillet suivant. Elle demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 2 de l'ordonnance n° 2020-351 du 27 mars 2020 relative à l'organisation des examens et concours pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de Covid-19 : " Nonobstant toute disposition législative ou réglementaire contraire, les autorités compétentes pour la détermination des modalités d'accès aux formations de l'enseignement supérieur dispensées par les établissement relevant des livres IV et VII du code de l'éducation ainsi que pour la détermination des modalités de délivrance des diplômes de l'enseignement supérieur, y compris le baccalauréat, peuvent apporter à ces modalités les adaptations nécessaires à leur mise en œuvre. S'agissant des épreuves des examens ou concours, ces adaptations peuvent porter, dans le respect du principe d'égalité de traitement des candidats, sur leur nature, leur nombre, leur contenu, leur coefficient ou leurs conditions d'organisation, qui peut notamment s'effectuer de manière dématérialisée. Les adaptations apportées en application du présent article sont portées à la connaissance des candidats par tout moyen dans un délai qui ne peut être inférieur à deux semaines avant le début des épreuves. () ". Aux termes de l'article 3 de la même ordonnance : " Lorsque l'autorité compétente mentionnée au premier alinéa de l'article 2 est un organe collégial d'un établissement et qu'il peut délibérer dans des délais compatibles avec la continuité du service, cet organe collégial peut décider de déléguer au chef d'établissement sa compétence pour apporter les adaptations mentionnées au même article. / Lorsque cet organe collégial ne peut délibérer dans des délais compatibles avec la continuité du service, les adaptations mentionnées à cet article sont arrêtées par le chef d'établissement. Ce dernier en informe alors, par tout moyen et dans les meilleurs délais, l'organe collégial compétent ".

3. L'université n'apporte pas la preuve ni même ne fait valoir que les adaptations portées aux modalités de contrôle des connaissances initialement définies pour l'obtention de la deuxième année de licence " Sciences de la vie " aient été portées à la connaissance des candidats préalablement au début des épreuves. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance opposée en défense selon laquelle Mme B n'a pas été impactée par les adaptations décidées par le jury dès lors qu'elle aurait été ajournée en application des modalités de contrôle des connaissances initiales, cette dernière est fondée à soutenir que ces adaptions des modalités de contrôles des connaissances ne lui sont pas opposables. Par suite, elle est fondée à soutenir que la délibération du jury d'examen de l'université Côte d'Azur telle que révélée par le relevé de note du 7 juillet 2020 la déclarant ajournée à la seconde session d'examen de deuxième année de licence " Sciences de la vie " au titre de l'année 2019-2020, ensemble la décision du 22 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux, sont entachées d'illégalité.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au président de l'université Côte d'Azur de procéder au réexamen de la situation de Mme B en tenant compte du motif d'annulation retenu ci-dessus et de prendre une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

7. Mme B demande la condamnation de l'université Côte d'Azur à lui verser la somme de 10 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la modification irrégulière des modalités de contrôle des connaissances de la deuxième année de licence pour laquelle elle a été ajournée et de la perte de chance occasionnée par cette modification. Toutefois, ces conclusions indemnitaires n'ont été précédées d'aucune demande préalable exigée par les dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'université Côte d'Azur doit être accueillie et les conclusions indemnitaires doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'université Côte d'Azur une somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du jury d'examen de l'université Côte d'Azur telle que révélée par le relevé de note du 7 juillet 2020 la déclarant ajournée à la seconde session d'examen de deuxième année de licence " Sciences de la vie " au titre de l'année 2019-2020, ensemble la décision du

22 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à l'université Côte d'Azur de procéder à un réexamen de la situation de Mme B, en tenant compte des motifs d'annulation retenus ci-dessus, et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'université Côte-d'Azur.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de M. Crémieux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

C. CHEVALIER

Le président,

Signé

O. EMMANUELLI Le greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P / Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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