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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003508

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003508

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDE BAETS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2020, la société civile professionnelle " Pierre-Marie A et José Meesemaecker " et M. B A, représentés par Me de Baets, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 novembre 2019 par laquelle le ministre de la justice, garde des Sceaux, a rejeté la demande de nomination de la société civile professionnelle " Pierre-Marie A et José Meesemaecker " en qualité de huissiers de justice, et de nomination de M. B A en qualité d'huissier de justice associé, dans un office à créer à Antibes, ensemble la décision implicite du 9 février 2020 rejetant leur recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de la justice, garde des Sceaux, de nommer la société civile professionnelle " Pierre-Marie A et José Meesemarcker " en qualité de société civile professionnelle titulaire d'un office d'huissier de justice et M. B A en qualité d'huissier de justice associé ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la décision du 6 novembre 2019 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2023, le ministre de la justice, garde des Sceaux, conclut au rejet de la requête.

Le ministre fait valoir que l'unique moyen soulevé n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 ;

- le décret n° 75-770 du 14 août 1975 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 mai 2023 :

- le rapport de M. Combot ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1e février 2018, M. B A a déposé une demande de nomination de la société civile professionnelle (ci-après, " SCP ") " B A et José Meesemaecker " en qualité d'huissiers de justice ainsi que sa nomination en qualité d'huissier de justice associé, sur un office à créer à Antibes sur la plateforme de téléservice relative à la gestion des offices publics ou ministériels, dénommée " OPM ". Par courrier du 30 septembre 2019, le ministre de la justice, garde des Sceaux, a informé M. A qu'il envisageait de prendre une décision de rejet de cette demande de nomination et l'a invité à présenter ses observations. M. A soutient qu'il a fait part de ses observations par courrier du 9 octobre 2019. Par décision du 6 novembre 2019, le ministre de la justice, garde des Sceaux, a rejeté la demande de M. A. Ce dernier a formé un recours gracieux auprès du ministre de la justice, garde des Sceaux, par courrier du 6 décembre 2019, dont il a été accusé réception le 9 décembre 2019 par l'autorité ministérielle. Dans le silence de cette autorité, une décision implicite de rejet est née le 9 février 2020. La SCP " B A et José Meesemaecker " et M. A demandent au tribunal d'annuler la décision du 6 novembre 2019 par laquelle le ministre de la justice, garde des Sceaux, a rejeté leur demande de nomination de la SCP " Pierre-Marie A et José Meesemaecker " en qualité de huissiers de justice, et de nomination de M. A en qualité de huissier de justice associé, ensemble la décision implicite du 9 février 2020 rejetant leur recours gracieux contre cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 52 de la loi du 6 août 2015, dans sa version applicable à la décision attaquée : " I.- Les notaires, les huissiers de justice et les commissaires-priseurs judiciaires peuvent librement s'installer dans les zones où l'implantation d'offices apparaît utile pour renforcer la proximité ou l'offre de services. / () II.- Dans les zones mentionnées au I, lorsque le demandeur remplit les conditions de nationalité, d'aptitude, d'honorabilité, d'expérience et d'assurance requises pour être nommé en qualité de notaire, d'huissier de justice ou de commissaire-priseur judiciaire, le ministre de la justice le nomme titulaire de l'office de notaire, d'huissier de justice ou de commissaire-priseur judiciaire créé. Un décret précise les conditions d'application du présent alinéa. (). L'article 1er du décret du 14 août 1975, dans sa rédaction alors applicable, dispose : " Nul ne peut être nommé huissier de justice, s'il ne remplit les conditions suivantes : / () 2° N'avoir pas été l'auteur de faits contraires à l'honneur et à la probité ; () ".

3. Lorsqu'il vérifie le respect de cette condition, il appartient au ministre de la justice d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si l'intéressé a commis des faits contraires à l'honneur et à la probité qui sont, compte tenu notamment de leur nature, de leur gravité, de leur ancienneté ainsi que du comportement postérieur de l'intéressé, susceptibles de justifier légalement un refus de nomination.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les conclusions du rapport d'inspection du 7 mai 2019 relève de " graves irrégularités dans la comptabilité de la SCP A, Messemaecker ". Ce rapport pointe deux manquements retirant " toute fiabilité et toute valeur probante à la comptabilité de la SCP " : d'une part l'inspection remarque que : " le système informatique a fait l'objet d'un déverrouillage du blocage de date sur les écritures, permettant à Maître A de comptabiliser des écritures plusieurs mois en arrière, contrevenant au fonctionnement normal d'une étude d'huissier de justice ", d'autre part, elle fait état de la " comptabilisation de nombreuses opérations "fictives" par Maître A permettant le transfert irrégulier de trésorerie du compte affecté au compte de gestion et concourant ainsi à un système de "cavalerie" entre le compte affecté et le compte de gestion ". L'inspection établit par ailleurs que la SCP ne comptabilise pas ses dettes sociales de sorte que sa situation financière ne peut pas être appréhendée par les organes de contrôle. Enfin, l'inspection constate que " la représentation des fonds dus aux clients sur le compte affecté n'est pas assurée " du fait, d'une part, de quatre-vingt-douze dossiers présentant un solde négatif et, d'autre part, d'encaissements fictifs. Alors que les principes de présomption d'innocence ou de secret d'instruction n'interdisent pas à l'autorité administrative de se fonder sur des éléments issus d'une procédure pénale en cours pourvu que la matérialité des faits soit suffisamment établie, en l'espèce, les requérants ne contestent pas sérieusement les griefs qui leur sont reprochés tels qu'ils ont été précédemment mentionnés. Par suite, le ministre de la justice, garde des Sceaux, n'a nullement entaché les décisions litigieuses d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susmentionnées aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société civile professionnelle " Pierre-Marie A et José Meesemaecker " et M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile professionnelle " Pierre-Marie A et José Meesemaecker ", à M. B A et au ministre de la justice, garde des Sceaux.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

Mme Le Guennec, conseillère ;

M. Combot, conseiller ;

Assistés de Mme Albu, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 1er juin 2023.

Le rapporteur,

signé

J. Combot

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Albu

La République mande et ordonne au ministre de la justice, garde des sceaux, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

C. Albu

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