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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003673

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003673

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET OLOUMI - HMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2020, M. A B, représenté par Me Oloumi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 11 juillet 2020 portant refus d'entrée sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de transmettre l'entier dossier administratif de l'exposant ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus d'entrée litigieuse est fondée sur les dispositions du code frontières Schengen alors qu'elle a été prise à une frontière intérieure ; elle est dépourvue de fondement légal dès lors que seules s'appliquent les dispositions de la directive du 16 décembre 2008 dite " Retour ", lesquelles ne prévoient pas la possibilité de refuser l'admission sur le territoire d'un Etat membre ;

- le préfet n'était pas compétent pour prendre une décision portant refus d'entrée en France au titre de l'asile ;

- les garanties procédurales prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été respectées.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par lettre du 12 mai 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'agent signataire de la décision attaquée au regard des articles L. 213-2 et L. 213-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le nom et le grade de l'agent ne figurant d'ailleurs pas sur la décision.

Par une intervention, enregistrée le 26 septembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction et non communiquée, l'association nationale d'assistance aux frontières pour les étrangers demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 septembre 2022 :

- le rapport de Mme Chaumont, conseillère,

- et les observations de Me Oloumi, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 11 juillet 2020, M. A B, ressortissant ivoirien né le 1er juillet 1995, a fait l'objet d'une décision de refus d'entrée sur le territoire français. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 18 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " L'aide juridictionnelle peut être demandée avant ou pendant l'instance ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. M. B, déjà représenté par un avocat, ne justifie pas du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle compétent et n'a pas joint à sa requête une telle demande. Aucune situation d'urgence ne justifie qu'il soit fait application, dans la présente instance, des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991. Sa demande d'aide juridictionnelle provisoire ne peut, dans ces conditions, qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 213-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout refus d'entrée en France fait l'objet d'une décision écrite motivée prise, sauf en cas de demande d'asile, par un agent relevant d'une catégorie fixée par voie réglementaire. () ". Et aux termes de l'article R. 213-1 du même code : " La décision écrite et motivée refusant l'entrée en France à un étranger, prévue à l'article L. 213-2, est prise, sauf en cas de demande d'asile, par le chef du service de la police nationale ou des douanes, chargé du contrôle aux frontières, ou un fonctionnaire désigné par lui, titulaire au moins du grade de brigadier dans le premier cas et d'agent de constatation principal de deuxième classe dans le second () ".

5. Il est constant que la décision attaquée du 11 juillet 2020 ne comporte aucune indication de la qualité de son signataire, notamment l'identité et le grade de l'agent qui en est à l'origine. Dans ces conditions, le tribunal n'est pas en mesure d'identifier le signataire de la décision et ne peut pas vérifier qu'il avait qualité pour refuser au requérant l'entrée sur le territoire français. Par suite, la décision attaquée portant refus d'entrée sur le territoire français a été signée par une autorité incompétente.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 11 juillet 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions relatives à la communication de documents administratifs :

7. Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".

8. A supposer que les documents dont M. B demande la communication fasse partie de son dossier administratif et constituent des documents qui puissent faire l'objet d'une communication au sens des dispositions de l'article L. 311-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, M. B n'établit pas ni même n'allègue qu'il a fait l'objet d'un refus de communication de la part de l'administration suite à une demande en ce sens, ni qu'à la suite d'un éventuel refus il a saisi la commission d'accès aux documents administratifs préalablement à sa demande devant le tribunal administratif dans les conditions prévues par l'article R. 311-15 de ce code. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de produire l'intégralité du dossier administratif du requérant doivent être rejetées.

Sur les frais de procédure :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée à ce titre par M. B et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 11 juillet 2020 portant refus d'entrée sur le territoire français est annulée.

Article 3: L'Etat versera une somme de 800 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4: Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, conseillère,

Mme Duroux, conseillère,

assistés de Mme Génovèse, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

A -C. CHAUMONT

Le président,

signé

F. PASCALLa greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

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