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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2004035

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2004035

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2004035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D AVOCATS PLENOT-SUARES-ORLANDINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 octobre 2020 et 19 avril 2023,

M. A B, représenté par Me Orlandini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 août 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de modifier le plan de prévention des risques incendies de forêt (PPRIF) de la commune de Valbonne en tant qu'il classe en zone rouge " R " la parcelle cadastrée BY 114 lui appartenant ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de prescrire la modification du zonage du PPRIF demandée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit dès lors que des changements dans les circonstances de fait rendaient obligatoire le reclassement en zone bleue " B1a " de la parcelle BY 114 lui appartenant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juin 2023 :

- le rapport de Mme Bergantz, conseillère ;

- les conclusions de M. Ringeval, rapporteur public ;

- et les observations de Me Orlandini, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est propriétaire d'une parcelle BY 114 située sur le chemin

96 Peidessalle à Valbonne (06500). Cette parcelle est classée en zone rouge " R " par le plan de prévention des risques d'incendie de forêt (PPRIF) de la commune de Valbonne. Par un courrier du 25 juin 2020, M. B a demandé de reclasser ladite parcelle en zone bleue " B1a ". Par une décision du 4 août 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de faire droit à cette demande. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I.- L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que () les incendies de forêt () / II.- Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; / 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers ; / 4° De définir, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, les mesures relatives à l'aménagement, l'utilisation ou l'exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existants à la date de l'approbation du plan qui doivent être prises par les propriétaires, exploitants ou utilisateurs () ". Aux termes de l'article R. 562-10-1 du même code : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles peut être modifié à condition que la modification envisagée ne porte pas atteinte à l'économie générale du plan. La procédure de modification peut notamment être utilisée pour : () c) Modifier les documents graphiques délimitant les zones mentionnées aux 1° et 2° du II de l'article L. 562-1, pour prendre en compte un changement dans les circonstances de fait. ".

3. Le PPRIF de la commune de Valbonne a entendu délimiter les zones exposées au risque d'incendie de forêt et les mesures de prévention nécessaires à la gestion de ce risque. A cette fin, ce document, approuvé le 23 juin 2008, détermine trois types de zones : une zone rouge " R " dans laquelle les phénomènes peuvent atteindre une grande ampleur au regard des conditions actuelles d'occupation de l'espace et des contraintes de lutte, une zone bleue, elle-même sous-divisée en quatre secteurs en fonction du niveau du danger (B0, B1, B1a et B2) dans laquelle des manœuvres peuvent être réalisées de manière collective ou individuelle pour réduire fortement le risque, et, enfin, une zone blanche, exposée à des risques très faibles à nuls.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de présentation du PPRIF, que le zonage du PPRIF résulte de la prise en compte de plusieurs éléments : la recherche historique d'événements survenus par le passé, la détermination d'un indice de risque dit de " puissance du front de feu " exprimé en Kw/m, et le croisement de cet aléa avec les différents enjeux d'équipement et d'aménagement. S'agissant plus particulièrement de la " puissance du front de feu ", qui correspond à la quantité d'énergie dégagée par seconde et par mètre de front de flamme, son calcul résulte de la combinaison des facteurs les plus influents sur les conditions de propagation des incendies (la combustibilité de la végétation et de sa biomasse, la pente du terrain, le vent et l'ensoleillement).

5. La parcelle litigieuse BY 114 a été classée en zone rouge " R " au moment de l'approbation du PPRIF au motif qu'elle est exposée à un aléa de " puissance du front de feu " très élevé, soit le plus haut niveau, correspondant à une puissance du front de feu supérieure à 7 000 Kw/m.

6. Pour contester la décision du préfet des Alpes-Maritimes refusant de faire droit à sa demande de reclassement de la parcelle litigieuse en zone bleue " B1a ", M. B soutient tout d'abord que cette parcelle n'est pas exposée à un aléa de " puissance du front de feu " maximal. Il se prévaut, à ce titre, de ce que son terrain n'est que très peu boisé, qu'il se trouve séparé du massif forestier de la Brague par une rivière, et qu'il est enserré au Nord, au Sud et à l'Ouest par des parcelles construites. Il ajoute que la parcelle jouxtant le côté Est de sa propriété a fait l'objet d'un permis de construire. Cependant, il ressort des pièces du dossier et notamment de la photographie aérienne de la zone où se trouve la parcelle en litige, que cette dernière est située au sein d'un environnement largement boisé. En outre, si, à la date de la décision attaquée, des villas étaient construites sur trois des parcelles bordant celle du requérant, il est constant que les parcelles situées à l'Ouest et au Sud sur lesquelles sont édifiées ces constructions sont classées en zone rouge " R ". De la même manière, si un permis de construire a autorisé la construction d'une villa sur la parcelle située à l'Est de la parcelle BY 114, ce bâtiment est localisé sur la partie située en zone bleue " B1a ". Les autres permis de construire dont se prévaut le requérant ont été délivrés postérieurement à la décision attaquée, et sont par conséquent sans incidence sur sa légalité. En tout état de cause, contrairement à ce que soutient M. B, de telles constructions ne peuvent être regardées comme des obstacles à la propagation d'un éventuel feu de forêt. Il en va de même de la rivière " La Brague " qui, eu égard à sa faible largeur, ne saurait constituer " une barrière naturelle contre le feu ". Dans ces conditions, et alors qu'est sans incidence la circonstance que le plan local d'urbanisme approuvé le 12 janvier 2022 a classé la parcelle BY 114 en zone urbaine UDb, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette parcelle, se trouvant dans une zone à habitat diffus, n'était pas, à la date de la décision contestée, exposée à un aléa très élevé de " puissance du front de feu ".

7. M. B se prévaut ensuite de la défendabilité de la parcelle BY 114, qu'il revendique " particulièrement élevée ". Cependant, ainsi que le fait valoir le préfet des Alpes-Maritimes, l'accès à la parcelle litigieuse constitue un " accès en cul de sac " et le " T " de retournement n'est pas conforme aux prescriptions fixées à l'annexe II du règlement du PPRIF. En effet, sur ce dernier point, il ressort du schéma figurant à l'annexe II du règlement du PPRIF que la " barre verticale " du " T " de retournement doit correspondre à l'accès principal alors qu'au cas d'espèce, cette " barre verticale " est constituée par une voie privée permettant d'accéder à la parcelle cadastrée BY 70. En outre, s'il est constant qu'un point d'eau normalisé se trouve à proximité immédiate de la parcelle du requérant, cette circonstance n'est pas de nature, à elle-seule, à justifier le reclassement d'une parcelle classée en zone rouge " R " en zone bleue " B1a ".

8. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de droit en refusant de reclasser la parcelle BY 114 en zone bleue " B1a " du PPRIF de la commune de Valbonne.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 4 août 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Emmanuelli, président,

Mme Chevalier, conseillère,

Mme Bergantz, conseillère,

assistés de M. Crémieux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

A. BERGANTZ

Le président,

Signé

O. EMMANUELLILe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ Le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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