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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2004047

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2004047

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2004047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLAWTEC - SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 octobre 2020 et 21 janvier 2021, M. A B, représenté par Me Zago, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2020 par lequel le maire de Cabris s'est opposé à la déclaration préalable de travaux qu'il avait déposée en vue de détacher un lot à bâtir sur son unité foncière, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de Cabris de lui délivrer un certificat de non-opposition à déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cabris la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le motif tiré de la méconnaissance de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur de droit ;

- le motif tiré de l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué est entaché de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 novembre et 24 décembre 2020, la commune de Cabris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 novembre 2020, la clôture d'instruction a été fixée au 26 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soler,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,

- et les observations de Me Zago, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire des parcelles cadastrées section B n°125 et 453 situées sur le territoire de la commune de Cabris. Il a déposé, le 23 janvier 2020, une déclaration préalable de travaux en vue de détacher un lot à bâtir. Par un arrêté du 17 février 2020, le maire de Cabris s'est opposé à la déclaration préalable de travaux en litige. Par un courrier du 25 mars 2020, M. B a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Aucune réponse n'a été apportée à sa demande. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 17 février 2020, ensemble de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

3. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus d'autorisation d'urbanisme sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Il résulte par ailleurs de ces dispositions que lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, l'autorisation d'urbanisme ne peut être refusée que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande, d'accorder l'autorisation en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

4. D'autre part, aux termes de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " () les caractéristiques des accès et des voies privées doivent être adaptées à l'opération et satisfaire aux exigences de sécurité, de défense contre l'incendie, de ramassage des ordures ménagères () ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les conditions de desserte d'un projet de construction doivent être appréciées, d'une part, au regard de l'importance de ce dernier, de sa destination ou des aménagements envisagés, mais aussi, d'autre part, au regard des risques que présentent les accès pour la sécurité des usagers des voies publiques ou des personnes qui les utilisent, compte tenu notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de la densité du trafic.

6. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le chemin des Audides constitue une voie publique de sorte que les dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux voies privées ne sont pas applicables à celui-ci. Toutefois, contrairement à ce que soutient le requérant, le débouché de la voie d'accès du projet sur la route départementale ne relève pas des conditions de circulation générale dans le secteur mais bien des conditions d'accès au projet, de sorte que les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme citées au point 2 sont bien applicables en l'espèce. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire aurait méconnu le champ d'application de ces dispositions en les appliquant au carrefour situé entre le chemin des Audides et la route départementale 4.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le chemin des Audides est étroit, présente une pente élevée à son débouché sur la route départementale 4 ainsi qu'une absence de visibilité des véhicules circulant sur cette route qui forme une courbe à cet endroit. Il ressort également des pièces du dossier que la dangerosité de ce carrefour est identifiée de manière constante depuis plusieurs années, tant par la commune que par le conseil départemental et les riverains. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est desservi par une autre voie ouverte à la circulation publique, dénommée chemin de Pourcieux. Contrairement à ce que fait valoir la commune en défense, dès lors que celui-ci est ouvert à la circulation publique, le maire était tenu de le prendre en compte au titre de la desserte du terrain d'assiette, quand bien même il s'agit d'une voie privée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'accès par le chemin de Pourcieux, qui débouche sur le boulevard du docteur C où la vitesse est limitée à 30 kilomètres heure et ne fait pas voir de déclivité à cet endroit, présenterait un risque pour la sécurité publique tel qu'il ne pourrait accueillir la circulation supplémentaire engendrée par le projet en litige destiné à la construction d'une maison individuelle à usage d'habitation. Dans ces conditions, le maire de Cabris a fait une inexacte application des dispositions des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en estimant que la desserte du projet méconnaissait ces dispositions. Par suite, l'unique motif de la décision attaquée est irrégulier.

8. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 17 février 2020 doit être annulé, ensemble la décision implicite rejetant le recours gracieux de M. B. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen soulevé par le requérant n'est pas de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

10. Le présent jugement censure le motif de refus par lequel le maire de Cabris s'est opposé à la déclaration préalable de division foncière déposée par M. B. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de l'arrêté attaqué interdiraient d'accueillir la division foncière sollicitée par le requérant ni que la situation de fait existant à la date du présent jugement y ferait obstacle. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au maire de Cabris de délivrer à M. B une décision de non-opposition à déclaration préalable portant sur la division de l'unité foncière constituée par les parcelles cadastrées section B n°125 et 453, assortie le cas échéant de prescriptions spéciales de nature à assurer la sécurité publique au titre de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cabris une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Cabris du 17 février 2020 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Cabris de délivrer à M. B une décision de non-opposition à déclaration préalable portant sur la division de l'unité foncière constituée par les parcelles cadastrées section B n°125 et 453, assortie le cas échéant de prescriptions spéciales de nature à assurer la sécurité publique au titre de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Cabris versera à la M. B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Cabris.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023

La rapporteure,

Signé

N. SOLER

Le président,

Signé

T. BONHOMMELe greffier,

Signé

D. CREMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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