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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2004124

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2004124

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2004124
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSCP A.B.C.G. (ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE ROMAND)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 octobre 2020 et 29 juin 2021, M. A B, représenté par Me Grébille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points successives prises à son encontre ;

3°) d'annuler la décision résultant du silence gardé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer suite à son recours gracieux notifié le 15 juillet 2020 ;

4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer sous quinzaine son permis de conduire au capital reconstitué ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande au tribunal :

- à titre principal, de constater l'irrecevabilité de la requête de M. A B ;

- à titre subsidiaire, de rejeter la requête de l'intéressé comme infondée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents () de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens () ".

Sur les demandes d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ()". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai ". Enfin, selon l'article R. 223-3 du code de la route : " () Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduire devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

4. Aucun principe général ni aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation au titulaire d'un permis de conduire de déclarer à l'autorité administrative sa nouvelle adresse en cas de changement de domicile. Il en résulte qu'alors même qu'il n'aurait pas signalé ce changement aux services compétents, la présentation à une adresse où il ne réside plus du pli notifiant une décision relative à son permis de conduire et prise à l'initiative de l'administration n'est pas de nature à faire courir à son encontre le délai de recours contentieux. Dans un tel cas, il appartient toutefois au titulaire du permis de conduire de démontrer par tous moyens la date à laquelle il a déménagé.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la copie de l'avis de réception numéro C 062 033 1928 4 attaché au pli recommandé contenant la décision référencée " 48 SI " d'invalidation du permis de conduire de M. B, établie selon un modèle-type comportant les voies et délais de recours, que le courrier a été envoyé au 4 rue Pablo Picasso, 13 340 Rognac, le 28 décembre 2012. L'avis de réception produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer est signé, et est revêtu de la mention " distribué le 28 décembre 2012 ". Compte tenu de ces mentions précises, claires et concordantes, l'accusé de réception établit de manière suffisamment certaine la notification au requérant du pli contenant la lettre du ministre de l'intérieur et des outre-mer référencée " 48 SI " récapitulant les retraits de points successifs. La notification de cette décision valant également notification des différentes décisions de retrait de points qu'elle comporte, M. B a eu régulièrement notification, au plus tard le 28 décembre 2012, des décisions attaquées. Si le requérant soutient qu'il n'habitait pas à l'adresse inscrite sur le pli postal, le pli n'a pourtant pas été retourné par les services postaux avec la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée ", ce qui démontre l'existence d'une boite aux lettres au nom du requérant à l'adresse de notification. Au surplus, le requérant ne fournit aucune indication précise sur la date à partir de laquelle il aurait changé d'adresse et les pièces qu'il verse au dossier ne permettent nullement d'établir qu'il avait quitté le domicile de Rognac avant le 28 décembre 2012. Dans ces conditions, les décisions de retraits de points et la décision référencée " 48 SI " doivent être regardées comme régulièrement notifiées au requérant à cette dernière date.

6. Le recours gracieux de M. B contre les décisions précitées n'a été notifié au ministre de l'intérieur que le 15 juillet 2020, soit postérieurement à l'expiration du délai de deux mois dont il disposait pour former un tel recours. Dans ces conditions, ce recours était tardif et n'a pu avoir pour effet d'interrompre le délai du recours contentieux qui était expiré lorsque M. B a saisi le tribunal le 12 octobre 2020. Il résulte de ce qui précède que le ministre de l'intérieur et des outre-mer est fondé à soutenir que les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation des décisions attaquées sont tardives. Elles sont manifestement irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées, par ordonnance, ainsi que celles présentées à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Les conclusions présentées à ce titre par M. B ne peuvent donc qu'être rejetées.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nice, le 21 septembre 2022.

Le Président de la 4ème chambre,

Signé

T. BONHOMME

Le président de la 6ème chambre,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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