mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2004262 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ASSO - CHRESTIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre 2020 et 13 septembre 2021, M. F H, Mme E G, M. A B et Mme I D, représentés par Me Daghero, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 juillet 2020 par laquelle le maire de Cagnes-sur-Mer a refusé de retirer pour fraude l'arrêté du 23 octobre 2019 par lequel il avait autorisé la société à responsabilité limitée (SARL) Promoca à procéder à la division en 5 lots des parcelles cadastrées section AV n°64 et 210 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2019 par lequel le maire de Cagnes-sur-Mer a autorisé la société Promoca à procéder à la division en 5 lots des parcelles cadastrées section AV n° 64 et 210 ;
3°) de mettre à la charge de la société Promoca et de Mme C la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que le permis d'aménager en litige a été obtenu par la fraude.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2021, la société Promoca et Mme J C, représentées par Me Delplano, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 juillet et 23 septembre 2021, la commune de Cagnes-sur-Mer, représentée par Me Chrestia, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et en tout état de cause à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise solidairement à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les formalités de notification prévues par les dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ont pas été accomplies ;
- les pièces produites par les requérants ne permettent pas de s'assurer du respect des dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;
- les requérants n'ont pas d'intérêt pour agir en méconnaissance des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par ordonnance du 30 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2023 :
- le rapport de Mme Soler,
- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public,
- et les observations de Me Chrestia, représentant la commune, et de Me Bessy-Osty, représentant la société Promoca et Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. La société Promoca a déposé, le 5 juin 2019, une demande de permis d'aménager en vue de diviser les parcelles cadastrées section AV n°64 et 210 situées sur le territoire de la commune de Cagnes-sur-Mer en 5 lots à bâtir. Par un arrêté du 23 octobre 2019, le maire de Cagnes-sur-Mer lui a délivré le permis d'aménager sollicité. Par un courrier du 28 avril 2020, M. H, Mme G, M. B et Mme D ont demandé au maire de Cagnes-sur-Mer le retrait pour fraude de l'arrêté du 23 octobre 2019. Par une décision du 10 juillet 2020, le maire de Cagnes-sur-Mer a rejeté leur demande. Les requérants demandent l'annulation de cette décision et de l'arrêté du 23 octobre 2019.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Un permis ne peut faire l'objet d'un retrait, une fois devenu définitif, qu'au vu d'éléments, dont l'administration a connaissance postérieurement à la délivrance du permis, établissant l'existence d'une fraude à la date où il a été délivré. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.
3. En premier lieu, le permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si le juge administratif doit, pour apprécier la légalité du permis au regard des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne lui appartient pas de vérifier la validité de cette servitude ou l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux est desservi à partir de la voie publique dénommée " chemin des Gros Buaux " par une voie privée existante sur laquelle a été établie, au bénéfice de la parcelle cadastrée section AV n°64 objet du permis de construire, une servitude de passage sur les parcelles cadastrées section AV n°89, 90, 91, 92, 93 et 94, anciennement cadastrées section A n°1 665 et 1 026. Il est précisé dans la convention du 15 septembre 1965 que le " le droit de passage ainsi concédé pourra être exercé en tout temps et à toute heure du jour et de la nuit par Mme C, les membres de sa famille, () et ayants cause () avec tous véhicules automobiles, sans exception " et dans la convention du 2 juin 1975 que " les parties conviennent de porter de trois à six mètres la largeur du chemin sur lequel porte le droit de passage de Mme C ". C'est dans ces conditions que la société pétitionnaire a présenté, à l'appui de sa demande de permis d'aménager, les modalités d'accès au terrain d'assiette de son projet de la façon suivante : " l'accès au lotissement "Le Panoramer" se fera depuis le chemin des Gros Buaux, puis via l'allée de la Tramontane en servitude, puis via un accès en servitude sur la parcelle AV n°208 ", " l'accès devra être réaménagé. Un profilage du talus est nécessaire pour que la sortie sur voirie soit conforme aux prescriptions de la métropole Nice Côte-d'Azur. L'accès au lotissement est ensuite assuré par un chemin de servitude. Le chemin en servitude sur la parcelle AV n°208 mesure aujourd'hui 4,00m. Cet accès sera élargi à 5,00 m ".
5. Les requérants soutiennent que la sécurité de l'accès au terrain d'assiette du projet n'est pas garantie dès lors que la société pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'elle a précisé dans sa demande de permis d'aménager, d'aucun titre pour procéder au réaménagement de l'allée de la Tramontane et du talus débouchant sur le chemin des Gros Buaux.
6. Toutefois, il est constant que la société pétitionnaire a indiqué, dans la notice et les plans joints au dossier de demande de permis, que l'accès au projet se fait via une servitude de passage d'une largeur de 6 mètres sur les parcelles anciennement cadastrées section A n°1 665 et 1 026, aujourd'hui notamment cadastrées section AV n°89 et 92, puis par une servitude de passage sur la parcelle cadastrée section AV n°208 d'une largeur actuelle de 4 mètres qui sera ultérieurement élargie à 5 mètres, et que le talus présent sur la parcelle cadastrée section AV n°91 ainsi que le débouché du chemin de la Tramontane situé sur la parcelle cadastrée section AV n°92 seraient réaménagés. Ainsi, la société pétitionnaire avait clairement informé le service instructeur de la largeur existante de la voie d'accès et des réaménagements et élargissement projetés, de sorte qu'aucune fraude ne peut être retenue à son encontre. Et alors même que ces réaménagements sont incertains dès lors que ceux-ci doivent être réalisés sur les parcelles cadastrées section AV n°91 et 92 et qu'il n'est pas justifié de l'accord des requérants, cette seule circonstance ne saurait, par elle-même, constituer une fraude dans la mesure où cette question relève du droit privé. Dans ces conditions, l'élément matériel de la fraude n'est pas caractérisé. En tout état de cause, d'une part les requérants ne précisent pas quelles seraient les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme qui auraient été méconnues, d'autre part les dispositions contenues dans le règlement métropolitain de voirie ne sont pas au nombre des dispositions dont l'autorité qui délivre le permis d'aménager doit assurer le respect. Il suit de là que la première branche du moyen, tirée de la fraude quant à la sécurité de la desserte, doit être écartée.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R.*441-6 du code de l'urbanisme : " Lorsque la demande prévoit l'édification, par l'aménageur, de constructions à l'intérieur du périmètre, la notice prévue par l'article R*441-3 comprend les éléments prévus par les b, c et d du 2° de l'article R*431-8. La demande est complétée par les pièces prévues par l'article R*431-9 et, le cas échéant, les pièces prévues par les a et b de l'article R*431-10 et, s'il y a lieu, les pièces prévues par les articles R. 431-11 et R*431-13 à R*431-33. Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. / () ". Aux termes de l'article R.*441-8-2 du même code : " Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Et aux termes de l'article R.*431-9 de ce code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. / () ".
8. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de permis d'aménager en litige comporterait l'édification, par l'aménageur, de constructions à l'intérieur du périmètre du lotissement. Par suite, la société pétitionnaire n'avait pas à préciser les modalités selon lesquelles le terrain d'assiette du projet sera raccordé au réseau d'eau potable. En tout état de cause, les autorisations d'urbanisme étant accordées sous réserve des droits des tiers, les dispositions de l'article R.*431-9 du code de l'urbanisme citées au point précédent n'ont pas pour objet et ne sauraient avoir pour effet d'imposer aux pétitionnaires de justifier, dans leurs demandes d'autorisations d'urbanisme, des autorisations éventuellement nécessaires sur le fondement du droit privé pour assurer le raccordement aux réseaux publics des ouvrages projetés. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le pétitionnaire n'a pas justifié d'une servitude de tréfonds lui permettant de se raccorder au réseau d'eau potable. Dans ces conditions, l'élément intentionnel de la fraude alléguée n'est pas établi et la deuxième branche du moyen doit également être écartée.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article R.*441-3 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement comprend une notice précisant : / () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / () / e) Les équipements à usage collectif et notamment ceux liés à la collecte des déchets ".
10. Les autorisations d'urbanisme étant accordées sous réserve des droits des tiers, les dispositions de l'article R.*441-3 du code de l'urbanisme citées au point précédent n'ont pas pour objet et ne sauraient avoir pour effet d'imposer aux pétitionnaires de justifier, dans leurs demandes d'autorisations d'urbanisme, des autorisations éventuellement nécessaires sur le fondement du droit privé pour assurer la réalisation des équipements à usage collectif liés à la collecte des déchets. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le pétitionnaire n'aurait aucun droit pour utiliser l'emplacement prévu pour la collecte des ordures ménagères. Dans ces conditions, l'élément intentionnel de la fraude alléguée n'est pas établi et la dernière branche du moyen doit également être écartée.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Promoca et de Mme C, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme de 800 euros à verser solidairement à la commune de Cagnes-sur-Mer au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens ainsi qu'une somme globale de 800 euros à verser à la société Promoca et Mme C au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. H, Mme G, M. B et Mme D est rejetée.
Article 2 : M. H, Mme G, M. B et Mme D verseront solidairement à la commune de Cagnes-sur-Mer une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. H, Mme G, M. B et Mme D verseront à la société Promoca et à Mme C une somme globale de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F H, à Mme E G, à M. A B, à Mme I D, à la commune de Cagnes-sur-Mer, à la société à responsabilité limitée Promoca et à Mme J C.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
M. Holzer, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023
La rapporteure,
Signé
N. SOLER
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
M.L. DAVERIO
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026