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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2004366

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2004366

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2004366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDELOBEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2020, M. A D, représenté par Me Delobel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 août 2020 par laquelle la directrice générale du foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire ;

2°) d'enjoindre à la directrice générale du foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes de le réintégrer dans ses fonctions ;

3°) de mettre à la charge du foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes une somme de

1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision le suspendant de ses fonctions a été signée par une autorité incompétente ;

- la matérialité du comportement violent, menaçant et insultant qui lui est reproché et qui fonde la décision n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, le foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes, représenté par Me Bazin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2005-920 du 2 août 2005 ;

- le décret n° 2007-1930 du 26 décembre 2007 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sandjo,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur D a été recruté par le foyer de l'enfance de Alpes-Maritimes le 1er novembre 2010, au grade d'agent d'entretien qualifié titulaire, afin d'y exercer les fonctions de veilleur de nuit. En août 2022, sur demande de la directrice générale de l'établissement et dans un contexte de pénurie du personnel, M. D a accepté d'effectuer trois jours de travail supplémentaires en août, pour assurer la surveillance de nuit des 26, 27 et 28 août 2020, et de reporter d'autant ses congés annuels. Le 28 août 2020, il s'est présenté au service des ressources humaines de l'établissement afin d'obtenir le décompte de ses jours de congés. Constatant un comportement violent de M. D, la directrice générale du foyer de l'enfance l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire, par une décision du 28 août 2020, notifiée le 31 août 2020, dont le requérant demande l'annulation.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article 1er du décret du 26 décembre 2007 portant statut particulier du corps des directeurs d'établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux de la fonction publique hospitalière : " Les personnels de direction () sont chargés:/ 1° De la direction des établissements mentionnés aux 3° à 6° de l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ainsi que des établissements, mentionnés au 1° de l'article 2 de la même loi, figurant sur une liste arrêtée par le ministre chargé de la santé, ne comportant pas de service de chirurgie ou d'obstétrique ou d'hospitalisation sous contrainte et choisis en fonction de la nature et de l'importance de leur activité sanitaire ; () / ". Aux termes de l'article 6 du décret du 2 août 2005 modifié portant dispositions relatives à la direction des établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux de la fonction publique hospitalière : " I.- En application des dispositions de l'article L. 1432-2 du code de la santé publique, sauf lorsqu'il s'agit d'un des établissements mentionnés aux articles L. 6147-1 et L. 6141-5 du même code, le directeur général de l'agence régionale de santé territorialement compétent prend, en cas de vacance d'emploi ou d'absence du directeur d'un établissement mentionné au 1° de l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, toute mesure nécessaire en vue de faire assurer l'intérim des fonctions de directeur par des personnels de direction relevant du décret n° 2005-921 du 2 août 2005 ou du décret n° 2020-959 du 31 juillet 2020 susvisés. ()/ Pour les fonctions de directeur d'un des établissements mentionnés au 1° de l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et figurant sur la liste prévue à l'article 1er du décret n° 2007-1930 du 26 décembre 2007 portant statut particulier du corps des directeurs d'établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux de la fonction publique hospitalière, ou dans le cas des directions communes comportant au moins un établissement public de santé, la décision confiant l'intérim du directeur est prise par le directeur général de l'agence régionale de santé territorialement compétent./ II.- Pour les fonctions de directeur des établissements mentionnés aux 2° à 6° de l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, la décision en confiant l'intérim est prise par le préfet ou le directeur de l'agence régionale de santé selon leur compétence exclusive ou conjointe pour les établissements concernés. L'intérim des fonctions de directeur est assuré par un fonctionnaire relevant d'un des corps de direction de la fonction publique hospitalière ()".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B C, signataire de la décision attaquée, a été nommée pour assurer l'intérim de direction du foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes, par un arrêté préfectoral n° 2020-452 du 10 juillet 2020, régulièrement produit au dossier. Par suite, le moyen tiré le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 relative aux droits et obligations des fonctionnaires, devenu depuis l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique, dans sa rédaction applicable : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline () ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la mesure provisoire de suspension ne présente pas, par elle-même, un caractère disciplinaire. Elle est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service, en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. Elle peut être légalement prise dès lors que l'administration est en mesure d'articuler à l'encontre de l'intéressé des griefs qui ont un caractère de vraisemblance suffisant et qui permettent de présumer que celui-ci a commis une faute grave.

6. Pour prendre la décision attaquée, la directrice générale s'est fondée sur des faits d'agressions verbales, d'insultes et de gestes menaçants du requérant à l'égard de plusieurs agents de l'établissement, le 28 août 2020. De tels griefs, dont la vraisemblance est établie par les pièces du dossier, en particulier par les témoignages circonstanciés et précis, présentent un degré de gravité suffisant pour justifier le prononcé d'une mesure de suspension à titre conservatoire. Par suite, la directrice générale du foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant la mesure de suspension contestées.

7. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 28 août 2020 par laquelle la directrice générale du foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes l'a suspendu de ses fonctions à titre conservatoire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. D doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. D une somme au titre des frais exposés par le foyer de l'Enfance des Alpes-Maritimes et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au foyer de l'enfance des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Monsieur Bonhomme, président,

Madame Soler, conseillère,

Madame Sandjo, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

G. SANDJO

Le président,

Signé

T. BONHOMMELe greffier,

Signé

D. CRÉMIEUX

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

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