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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2004427

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2004427

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2004427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantSCP A.B.C.G. (ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE ROMAND)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 27 octobre 2020, enregistrée le 28 octobre 2020 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée pour M. B A.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 2 septembre 2020, et un mémoire, enregistré le 8 mai 2022, M. A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, les décisions de retrait de points de son permis de conduire prises suite aux infractions constatées les 9 et 28 janvier, 17 février 2017, 2 avril et 1er août 2018, et 3 juin 2019, d'autre part, la décision du 24 janvier 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a mis fin à la validité de son permis de conduire pour solde de point nul à compter du 17 janvier 2020, enfin, la décision résultant du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours gracieux du 19 mai 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à la reconstitution de son capital de points et à la restitution de son permis de conduire à compter de la date de notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Il soutient que :

- il n'a jamais reçu aucun document administratif portant les informations préalables prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- les différents retraits de points ayant motivé la décision de retrait de permis de conduire ne lui ont pas été notifiés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Thierry Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C, aucune des parties n'étant présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a commis entre le 9 janvier 2017 et le 3 juin 2019 diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plus de douze points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 24 janvier 2020, le ministre de l'intérieur lui a notifié les quatre derniers retraits de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par une correspondance réceptionnée le 25 mai 2020 par les services du ministère de l'intérieur, l'intéressé a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision, lequel a été implicitement rejeté. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 24 janvier 2020, les décisions antérieures de retrait de points relatives aux infractions commises les 9 janvier 2017 (un point), 28 janvier 2017 (un point), 17 février 2017 (deux points), 2 avril 2018 (trois points), 1er août 2018 (trois points) et 3 juin 2019 (quatre points), ainsi que la décision résultant du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours gracieux.

Sur les demandes d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions de retrait de points :

Quant au moyen tiré du défaut d'information :

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ". Aux termes de l'article L. 223-3 de ce code : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions commises les 9, 28 janvier et 17 février 2017 :

3. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral concernant

M. A versé au dossier par le ministre de l'intérieur, que ces trois infractions ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il n'est pas établi ni même allégué que le titulaire du permis de conduire a payé les amendes forfaitaires majorées correspondant à ces infractions. Il n'est pas non plus établi que l'intéressé aurait reçu les avis de contravention, qui comportent l'information préalable requise, correspondant à ces mêmes infractions. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. La preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

4. En l'espèce, en admettant que M. A a été privé, lors de la constatation des infractions des 9, 28 janvier et 17 février 2017, de l'information relative à l'existence d'un traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès, il en avait toutefois reçu communication lors de l'infraction du 3 mars 2016 concernant également un excès de vitesse constaté par radar automatisé, dès lors qu'en application de ce qui a été dit au point précédent que le ministre de l'intérieur fait valoir, sans être contesté sur ce point en réplique, que M. A s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire correspondante. Dans ces conditions, l'information préalable exigée par les dispositions citées au point 2 doit être regardée comme remplie au titre des infractions constatées les 9, 28 janvier et 17 février 2017.

S'agissant de l'infraction commise le 2 avril 2018 :

5. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Il résulte des dispositions de l'article A. 37-28 de ce code que le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre que cet avis était inexact ou incomplet.

6. En l'espèce, le ministre de l'intérieur verse aux débats le bordereau de situation personnelle établi par la trésorerie des amendes des Alpes-Maritimes dont il ressort que M. A s'est acquitté de l'amende forfaitaire majorée d'un montant de 375 euros consécutive à l'infraction commise le 2 avril 2018. M. A n'allègue pas avoir reçu un titre d'amende forfaitaire majorée inexact ou incomplet. Dans ces conditions, en application de ce qui a été dit au point précédent, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié de l'information légale au titre de cette infraction.

S'agissant de l'infraction commise le 21 août 2018 :

7. Cette infraction a été constatée par l'intermédiaire d'un procès-verbal électronique. En admettant que M. A n'aurait pas reçu l'avis de contravention correspondant et aurait été privé de l'information relative à l'existence d'un traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès, il en avait toutefois reçu communication lors de l'infraction du 2 avril 2018 ainsi qu'il a été dit au point précédent. Dans ces conditions, l'information préalable exigée par les dispositions citées au point 2 doit être regardée comme remplie au titre de l'infraction constatée le 21 août 2018.

S'agissant de l'infraction commise le 3 juin 2019 :

8. Il résulte de l'instruction que l'avis d'amende forfaitaire majorée a été notifié à

M. A puisque ce dernier l'a adressé à l'officier du ministère public près le contrôle automatisé au soutien de sa réclamation. Or, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M. A n'allègue pas avoir reçu un titre d'amende forfaitaire majorée inexact ou incomplet. Ainsi, il doit être regardé comme ayant bénéficié de l'information préalable requise par les dispositions citées au point 2.

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

Quant au moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points :

10. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits.

11. En l'espèce, M. A a nécessairement eu connaissance des décisions de retrait de points en litige à la date à laquelle il a reçu la décision du 24 janvier 2020, à partir de laquelle les retraits de points lui sont devenus opposables. La circonstance, à la supposer établie, que ces retraits de points ne lui auraient pas été notifiés antérieurement reste par elle-même sans incidence sur la légalité de cette décision.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il attaque. Ses conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et au titre des articles L. et R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

T. CLa greffière,

Signé

O. MOULOUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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