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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2004859

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2004859

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2004859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantASSOCIATON DAGHERO - DUBOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 novembre 2020 et 24 mars 2022, M. E A, représenté par Me Dubois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Nice a prononcé un blâme à son encontre, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi en raison de l'illégalité de l'arrêté du 10 juin 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le manquement allégué à son devoir d'obéissance hiérarchique est entaché d'erreur matérielle et d'erreur dans la qualification juridique des faits ;

- il ignore tout des faits ou comportements qui caractériseraient le manquement allégué à son devoir de réserve ;

- aucun élément précis ni circonstancié n'est invoqué pour démontrer qu'il n'aurait pas agi en éducateur responsable et selon les principes éthiques en ne tenant pas à l'écart les élèves de ses désaccords avec le chef d'établissement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2021, le recteur de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'indemnisation présentées par M. A en l'absence de demande indemnitaire préalablement formée.

Par ordonnance du 5 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la circulaire n° 2011-117 du 3 août 2011 relatives aux sorties et voyages scolaires au collège et au lycée ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerce depuis 2016 en qualité de professeur certifié de mathématiques au collège l'Eganaude de Biot. Par un courrier du 17 septembre 2019, il a été informé de l'ouverture d'une enquête administrative concernant ses éventuels agissements dans le cadre de son service puis, par un courrier du 9 décembre 2019, il a été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre. Par un arrêté du 10 juin 2020, le recteur de l'académie de Nice a prononcé un blâme à son encontre. Par un courrier, reçu le 29 juillet 2020 par le rectorat, il a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Aucune réponse n'ayant été apportée à sa demande, une décision implicite de rejet est née le 30 septembre 2020. M. A demande l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2020 et de la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / () ".

3. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait adressé une demande préalable d'indemnisation au recteur de l'académie de Nice ni qu'une décision explicite ou implicite serait intervenue en réponse à cette demande préalable. Dès lors, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. A sont irrecevables et doivent être rejetées comme telles.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction applicable au litige : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction applicable au litige : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / () / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". En prévoyant que toute décision prononçant une sanction disciplinaire doit être motivée, le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même, dans sa décision, les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre du fonctionnaire de sorte que ce dernier puisse, à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée, connaitre les motifs de la sanction qui le frappe.

6. M. A soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait. Cette décision indique comme motif : " Monsieur A a participé à une sortie pédagogique en date du 24 mai 2019, sur le temps scolaire, sans I autorisation du chef d'établissement manquant ainsi à son obligation d'obéissance hiérarchique ", " a manqué à son obligation de réserve et de loyauté en mettant en cause les décisions de sa hiérarchie en salle des professeurs et devant les parents d'élèves " et qu' " en ne tenant pas à l'écart les élèves de ses désaccords avec le chef d'établissement, (il) a manqué à l'obligation fixée dans le référentiel des compétences professionnelles des métiers et du professorat et de l'éducation fixé par arrêté ministériel au 1" juillet 2013 et notamment à son article 6 d' " agir en éducateur responsable et selon les principes éthiques " ". Par ces mentions, le requérant était à même de comprendre les griefs qui lui était reprochés, nonobstant le fait que l'arrêté ne précise pas les dates auxquelles seraient survenus certains faits. Par suite, la circonstance que la décision attaquée n'aurait pas défini les faits par lesquels M. A met en cause les décisions de sa hiérarchie en salle des professeurs et devant les parents, ne saurait faire regarder cette décision comme étant insuffisamment motivée alors même que cette décision est au demeurant fondée sur d'autres griefs. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait de l'acte en litige doit donc être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 28 de la loi précitée dans sa rédaction applicable au litige : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. / () ". Aux termes de l'article I.3 de la circulaire du 3 août 2011 relatives aux sorties et voyages scolaires au collège et au lycée : " La décision d'autoriser la sortie ou le projet de voyage scolaire relève, dans tous les cas, de la compétence du chef d'établissement. À cette fin, il dispose de tout pouvoir d'appréciation sur l'intérêt pédagogique et sur les conditions matérielles de mise en œuvre du projet. / Le chef d'établissement conserve l'entière responsabilité de l'opération et des engagements pris avec les partenaires extérieurs pour l'organiser (notamment les sociétés de transports, les collectivités territoriales ou le voyagiste) ". Aux termes de l'article II. 2. 3 de la même circulaire : " () / S'agissant des voyages scolaires, il appartient au chef d'établissement d'évaluer le nombre nécessaire d'accompagnateurs compte tenu de l'importance du groupe, de la durée du déplacement et des difficultés ou des risques que peut comporter le parcours des élèves. / Le chef d'établissement peut autoriser des personnels de l'établissement et/ou des personnes bénévoles, notamment des parents d'élèves, à apporter leur concours aux enseignants lors d'une sortie ou d'un voyage scolaire ". Enfin, aux termes de l'article III. 1. 1 de la même circulaire : " Aux termes de la circulaire n° 74-328 du 16 septembre 1974 relative aux accidents de service et du travail des personnels des établissements scolaires préélémentaires et des premier et second degrés, la notion d'activité de service s'applique aux sorties et aux voyages scolaires organisés en France ou à l'étranger par l'établissement scolaire, y compris pendant les jours de congé ou les vacances. Le chef d'établissement délivre un ordre de mission écrit aux accompagnateurs membres de l'établissement afin d'attester de leur situation durant la sortie ou le voyage ".

8. D'une part, il ressort des déclarations de M. C, chef d'établissement, retranscrites dans le rapport d'enquête du 7 octobre 2019 que celui-ci avait refusé le voyage scolaire en litige sauf s'il se déroulait en dehors des heures de cours, ce que M. A confirme dans ses dires dans le cadre du même rapport d'enquête, et qu'il avait refusé à deux reprises de déplacer l'heure de cours de latin des six élèves de 3e B inscrite à leur emploi du temps du vendredi après-midi de 14h à 15h. A cet égard, la circonstance que les parents des élèves concernés auraient signé une décharge de cours afin de permettre à leurs enfants de se rendre à la sortie scolaire en litige est inopérante dès lors que celle-ci n'avait pas été autorisée au préalable. S'il ressort des pièces produites par le requérant, et notamment du courriel adressé le 3 mai 2019 au chef d'établissement par Mme D, que cette dernière a informé M. C de l'organisation de la sortie lors du week-end du 24 au 26 mai suivant, la simple information du chef d'établissement du projet envisagé ne peut s'analyser comme une autorisation au sens des dispositions précitées de l'article I.3 de la circulaire du 3 août 2011. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que si Mme D a également sollicité le chef d'établissement afin qu'il signe la convention cadre de cette sortie scolaire, il ne ressort pas des pièces du dossier que celui-ci aurait signé ladite convention.

9. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait délivré un ordre de mission écrit à M. A. Ce dernier ne peut se prévaloir de sa qualité de " citoyen " pour justifier sa présence à ce voyage scolaire dès lors qu'il relève également de la compétence du chef d'établissement d'autoriser les personnes bénévoles à apporter leur concours aux enseignants lors d'une sortie ou d'un voyage scolaire. Enfin, la circonstance que M. A serait le seul enseignant à avoir fait l'objet d'un rapport d'incident et d'une enquête administrative est inopérante à l'encontre de la décision attaquée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le motif de la décision selon lequel il aurait participé à une sortie pédagogique, le 24 mai 2019, sans l'autorisation du chef d'établissement, manquant ainsi à son obligation d'obéissance hiérarchique, serait entaché d'une erreur matérielle ou d'une erreur dans la qualification juridique des faits.

10. En troisième lieu, la décision de sanction a également été édictée au motif que M. A n'a pas tenu à l'écart les élèves de ses désaccords avec le chef d'établissement. Le recteur a considéré que les faits reprochés au professeur constituaient un manquement au référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation fixé par l'arrêté ministériel du 1er juillet 2013 qui pose comme principe en son article 6 " agir en éducateur responsable et selon des principes éthiques " et notamment " éviter toute forme de dévalorisation à l'égard des élèves, des parents, des pairs et de tout membre de la communauté éducative ".

11. En l'espèce, le rapport d'enquête du 7 octobre 2019 comporte plusieurs témoignages concordants, tant de professeurs que d'élèves, précisant que ces derniers étaient au courant des tensions avec la direction et du fait que les sorties n'étaient pas autorisées par le principal du collège de sorte que la direction était mise en porte à faux, qu'il y a eu des questionnements des élèves relatifs aux raisons pour lesquelles le chef d'établissement n'accordait pas une telle autorisation, et que c'est M. A qui avait indiqué aux élèves que les sorties ne pouvaient être faites dès lors que le principal s'y opposait. Ces témoignages sont corroborés par les propos de M. A lui-même, dans le cadre de ce même rapport d'enquête, qui précise avoir informé les élèves que les sorties étaient annulées par le principal. Ces faits, qui constituent un manquement au devoir de réserve et de loyauté auquel était soumis M. A, justifient une sanction de sorte que M. A n'est pas fondé à soutenir que ce dernier motif serait illégal dès lors qu'il ne se fonderait sur aucun élément précis ou circonstancié.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la rectrice de l'académie de Nice.

Une copie pour information sera adressée au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bonhomme, président,

Mme Soler, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. B

Le président,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

N. KATARYNEZUK

La République mande et ordonne à la rectrice de l'académie de Nice en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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