jeudi 13 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2004885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LENDOM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 novembre 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires Sud-Est a confirmé la sanction disciplinaire de sept jours de cellule disciplinaire, dont sept jours avec sursis actif pendant six mois, prise à son encontre le 2 octobre 2020 par la commission de discipline ;
2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire d'effacer de son dossier toute mention relative à la procédure disciplinaire et à la sanction prononcée;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que la décision litigieuse :
- a méconnu la règle de notification du dossier de la procédure
disciplinaire dans le délai de 24 heures précédant la commission de discipline (méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, et de la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des détenus) ;
- est entachée d'un vice de procédure en ce que l'identité du rédacteur du compte-rendu d'incident n'est pas connue ;
- est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation en l'absence d'imputabilité des faits qui lui sont reprochés, ayant fondé la sanction contestée ;
- est illégale en tant qu'elle se fonde sur une décision elle-même illégale, à savoir la fouille de la cellule, qui a méconnu l'article 57 de la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 et a par ailleurs constitué une violation de domicile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2022, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête dès lors que les moyens soulevés à l'appui de cette dernière ne sont pas fondés.
Par ordonnance en date du 28 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 décembre 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 janvier 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mars 2023 :
- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Berthault, substituant Me Lendom, pour le requérant ;
- le garde des Sceaux, ministre de la justice, n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, incarcéré à la maison d'arrêt de Grasse du 15 mai 2020 au 30 janvier 2021, demande notamment au tribunal d'annuler la décision du 13 novembre 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires Sud-Est a confirmé la sanction disciplinaire de sept jours de placement en cellule disciplinaire, dont sept jours avec sursis actif pendant six mois, prise à son encontre le 2 octobre 2020 par la commission de discipline.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, dans sa version alors applicable : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. [] III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. ".
3. Premièrement, si les sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues peuvent entraîner des limitations de leurs droits et doivent être regardées de ce fait comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil au sens des stipulations du paragraphe 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la nature administrative de l'autorité prononçant les sanctions disciplinaires fait obstacle à ce que les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Deuxièmement, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des détenus, qui ne contient aucune mesure impérative mais se borne à adresser des recommandations aux services. Troisièmement, il ressort des pièces du dossier que M. B a été convoqué le 25 septembre 2020 à 11h30 pour comparution devant la commission de discipline 2 octobre 2020, et a été informé à cette occasion des faits qui lui étaient reprochés et de leur qualification juridique, soit dans un délai supérieur à vingt-quatre heures, ce délai ne s'appliquant qu'à la convocation du détenu lui-même et non à celle de son avocat. Si les dispositions précitées permettent à l'avocat du détenu de consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, aucune disposition législative ni réglementaire n'impose en revanche qu'une copie du dossier ne lui soit communiquée. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant a été destinataire des pièces de son dossier par un courrier en date du 16 septembre 2020, et que son conseil a pu utiliser ces pièces à l'appui de ses observations faites le 16 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, dispose que : " Dans ses relations avec l'une des autorités administratives mentionnées à l'article premier, toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté. " Ces dispositions sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'auteur du compte-rendu d'incident a signé le document de son numéro de matricule et était donc parfaitement identifiable.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte-rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ". En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'auteur du compte-rendu d'incident n'a pas siégé à la commission de discipline, qui était régulièrement composé de son président et de deux assesseurs. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () / 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; / () ".
7. En l'espèce, le requérant a fait l'objet d'une sanction de sept jours de cellule disciplinaire, dont sept avec sursis actif pendant six mois, en raison de la présence dans sa cellule d'un téléphone portable, retrouvé sous le lavabo lors d'une fouille de ladite cellule en date du 15 septembre 2020. En se bornant à soutenir que ce téléphone ne serait pas le sien étant donné qu'aucun état des lieux n'avait été réalisé lors de son arrivée dans la cellule et lors du départ d'un codétenu, l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à contester la matérialité des faits qui lui sont reprochés dans le compte-rendu d'incident. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation.
8. En cinquième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée serait illégale en tant qu'elle se fonde sur une décision elle-même illégale, à savoir la fouille de sa cellule. Aux termes de l'article 57 de la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 dont les dispositions sont désormais codifiées aux articles L. 225-1 et suivants du code pénitentiaire : " () les fouilles doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. () / Lorsqu'il existe des raisons sérieuses de soupçonner l'introduction au sein de l'établissement pénitentiaire d'objets ou de substances interdits ou constituant une menace pour la sécurité des personnes ou des biens, le chef d'établissement peut également ordonner des fouilles de personnes détenues dans des lieux et pour une période de temps déterminés, indépendamment de leur personnalité. Ces fouilles doivent être strictement nécessaires et proportionnées. Elles sont spécialement motivées et font l'objet d'un rapport circonstancié transmis au procureur de la République territorialement compétent et à la direction de l'administration pénitentiaire. / Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes. / Les investigations corporelles internes sont proscrites, sauf impératif spécialement motivé. Elles ne peuvent alors être réalisées que par un médecin n'exerçant pas au sein de l'établissement pénitentiaire et requis à cet effet par l'autorité judiciaire ". Si le requérant soutient que la fouille de sa cellule a été réalisée en méconnaissance des dispositions précitées et que la fouille de sa cellule constituerait une violation de domicile, il est constant que ces dispositions sont relatives aux fouilles intégrales des détenus et non aux fouilles des cellules. Elles ne peuvent dès lors être utilement invoquées.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susmentionnées aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lendom et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,
Mme Le Guennec, conseillère,
M. Combot, conseiller,
Assistés de Mme Suner, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 avril 2023.
Le président-rapporteur,
signé
F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
L'assesseur le plus ancien,
signé
B. Le Guennec
La greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026