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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2005042

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2005042

jeudi 30 juin 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2005042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTRAVERSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 décembre 2020 et 8 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 novembre 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 7 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Traversini, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 10 mai 1990, a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles 6-5 et 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par une décision du 13 novembre 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour au motif qu'elle fait l'objet d'une mesure d'éloignement devenue exécutoire et qu'elle n'apporte aucun élément nouveau à l'appui de sa demande. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la nature de la décision attaquée :

2. Il résulte des termes de la décision du 13 novembre 2020 attaquée que, pour refuser d'examiner la demande de titre de séjour de Mme A, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur l'absence d'exécution, par l'intéressée, de l'arrêté du 8 janvier 2019 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, devenu définitif à la suite du rejet de ses recours par, en dernier lieu, l'arrêt du 15 septembre 2020 de la cour administrative d'appel de Marseille. L'autorité administrative s'est également fondée sur l'absence d'éléments nouveaux permettant de porter une nouvelle appréciation sur sa situation. Le préfet des Alpes-Maritimes a indiqué qu'il lui retournait son timbre fiscal. Contrairement à ce que soutient Mme A, la décision attaquée ne constitue donc pas un refus de lui délivrer un titre de séjour mais un refus d'instruire sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la motivation :

3. Aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa numérotation applicable à la date de la décision contestée : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour () est tenu de se présenter () à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient. / () Le préfet peut également prescrire : / 1° Que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ; () ". Aux termes de l'article R. 311-4 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé y afférent que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. Une demande de titre de séjour peut être considérée comme abusive si elle ne présente aucun élément nouveau par rapport à une précédente demande ou si les éléments nouveaux présentés sont purement dilatoires, mais le simple fait que l'étranger fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire ne suffit pas à révéler un tel caractère.

5. En l'espèce, la décision portant refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée le 5 novembre 2020 par Mme A précise que la requérante a fait l'objet d'un précédent refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français le 8 janvier 2019, contre lequel le recours et l'appel ont été rejetés par le tribunal administratif de Nice le 28 juin 2019 et par la cour administrative d'appel de Marseille le 15 septembre 2020. Elle précise également que Mme A n'a pas exécuté cette mesure et qu'elle n'apporte aucun élément nouveau à l'appui de sa demande. Cette décision comporte ainsi l'exposé des motifs de fait et de droit sur lesquels elle se fonde et est, dès lors, suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

6. Si la requérante sollicite l'annulation de la décision du 13 novembre 2020, elle la qualifie à tort d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour, alors même qu'elle constitue en réalité un refus d'enregistrement de sa demande de titre. En outre, contrairement à ce qu'elle soutient, l'inexécution pendant une durée d'un an de la décision du 8 janvier 2019 l'obligeant à quitter le territoire français ne saurait entraîner l'abrogation de cette mesure d'éloignement. Dès lors, les moyens de la requête, qui sont dirigés contre une décision valant prétendument refus de titre de séjour ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre de la décision litigieuse, qui constitue uniquement un refus d'enregistrement de sa demande et à l'encontre de laquelle aucun moyen n'est utilement formulé.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision du 13 novembre 2020 portant refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Dès lors, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Faucher, première conseillère,

Mme Gazeau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

V. C

L'assesseure la plus ancienne,

signé

S. Faucher

La greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière.

N°200504

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