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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2005069

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2005069

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2005069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET BENSA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2020, suite à un jugement de renvoi du tribunal judiciaire de Marseille en date du 22 octobre 2020, et par un mémoire complémentaire enregistré le 23 juillet 2021, Mme A B, représentée par Me Troin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2018 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a rejeté sa demande de versement de l'allocation d'invalidité ;

2°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui verser le montant de l'allocation temporaire d'invalidité prévu dans l'arrêté du 25 novembre 2019 avec effet rétroactif à compter du 7 mai 2018 ;

3°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui verser la somme de 1 500 euros à titre de dommages et intérêts pour résistance abusive ;

4°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) à titre infiniment subsidiaire, de désigner un expert judiciaire médical avec mission de procéder à nouveau à l'examen de sa situation.

Elle soutient que :

- les taux retenus à la suite du réexamen de ses droits sont contestables en ce que le syndrome subjectif issu du traumatisme crânien du 25 septembre 2000 a été omis des séquelles persistantes devant être prises en compte dans le calcul du taux d'incapacité partielle permanente ;

- elle a droit à la régularisation de sa situation à compter du 7 mai 2018, date de reconnaissance d'un nouveau taux de 14% suite à l'accident de service du même jour, ainsi que l'a reconnu le département des Alpes-Maritimes par arrêté du 25 novembre 2019 ;

- elle a droit au versement de la somme de 1 500 euros à titre de dommages et intérêts pour résistance abusive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2021, la Caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- le jugement n°20/04791 du tribunal judiciaire de Marseille du 17 novembre 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n°2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- et les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjoint technique territorial principal de 1ère classe des établissements d'enseignement, a été victime les 16 mai 1998, 29 septembre 2000 et 7 novembre 2011, d'accidents de service. Elle a bénéficié, à compter du 21 janvier 2013, de l'allocation temporaire d'invalidité des agents des collectivités territoriales avec un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) de 13%. A l'expiration d'une période de 5 ans, ses droits ont fait l'objet d'un réexamen à l'issue duquel la commission de réforme, lors de sa séance du 15 mars 2018, a retenu un taux d'invalidité inférieur à 10%. Par décision du 24 avril 2018, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, agissant comme gestionnaire de l'allocation temporaire d'invalidité des agents des collectivités territoriales, a refusé d'attribuer à Mme B le versement de cette allocation au titre des conséquences des accidents de service précités, au motif que le taux d'IPP de 9,90% retenu par l'expert était inférieur au seuil de 10 % visé par le a) du premier alinéa de l'article 2 du décret n°2005-442 du 2 mai 2005 précité. Mme B a, le 18 avril 2018, formé un recours gracieux contre cette décision, lequel a été rejeté par décision du 22 juin 2018 du directeur général de la Caisse des dépôts et consignations. Par jugement du 17 novembre 2020, le tribunal judiciaire de Marseille, saisi par Mme B d'un recours contre ces décisions, a décliné sa compétence et renvoyé l'affaire devant le tribunal administratif de Nice.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il en résulte que les conclusions en annulation de Mme B doivent être regardées comme étant aussi dirigées contre la décision initiale du 24 avril 2018.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Aux termes de l'article 2 du décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10 % ; b) Soit de l'une des maladies d'origine professionnelle énumérées par les tableaux mentionnés à l'article L. 461-2 du code de la sécurité sociale ; / c) Soit d'une maladie reconnue d'origine professionnelle dans les conditions mentionnées aux alinéas 3 et 4 de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, sous réserve des dispositions de l'article 6 du présent décret. / Les fonctionnaires justifiant se trouver dans les cas prévus aux b et c ne peuvent bénéficier de cette allocation que dans la mesure où l'affection contractée serait susceptible, s'ils relevaient du régime général de sécurité sociale, de leur ouvrir droit à une rente en application des dispositions du livre IV dudit code et de ses textes d'application ". Aux termes de l'article 5 de ce décret : " Le taux d'invalidité est déterminé compte tenu du barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite () ". Aux termes de l'article 9 du même décret : " L'allocation temporaire d'invalidité est accordée pour une période de cinq ans. A l'expiration de cette période, les droits du fonctionnaire font l'objet d'un nouvel examen dans les conditions fixées à l'article 6 et l'allocation est soit attribuée sans limitation de durée, sous réserve des dispositions de l'alinéa suivant et des articles 10 et 11, sur la base du nouveau taux d'invalidité constaté, soit supprimée. / Postérieurement, la révision des droits du fonctionnaire dans les conditions précitées peut intervenir sur demande de l'intéressé formulée au plus tôt cinq ans après le précédent examen. La date d'effet de cette révision est fixée à la date du dépôt de la demande ". Et aux termes de l'article 6 dudit décret, dans sa rédaction applicable : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé. / Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'en cas de survenance, d'une part, d'un accident de service et, d'autre part, d'une maladie professionnelle, que celle-ci ait ou non un lien avec cet accident de service, subis par un fonctionnaire territorial maintenu en activité et qui justifie d'une invalidité permanente, les taux d'incapacité afférents à ces événements doivent être appréciés séparément, une allocation temporaire d'invalidité n'étant attribuée, en cas d'accident de service, que si celui-ci a entraîné une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10 % alors que l'attribution de cette allocation en cas de maladie professionnelle n'est pas subordonnée à une telle condition. La prise en compte des taux d'incapacité afférents à un accident de service et à une maladie professionnelle pour justifier l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité obéit aux règles propres à chacune des deux causes d'invalidité et ne peut, par suite, s'apprécier de manière globale.

6. Il résulte de l'instruction que l'allocation temporaire d'invalidité attribuée à Mme B a fait l'objet d'un nouvel examen à l'issue de la période quinquennale expirant le 21 janvier 2018, en application des dispositions précitées de l'article 6 du décret du 2 mai 2005. A cette occasion, la commission de réforme a proposé de ramener à 7% et à 2% les taux d'invalidité résultant des accidents de service, antérieurement fixés à 13% au total, et à 2% le taux d'invalidité au titre de l'accident de service du 7 novembre 2011. Par décision du 24 avril 2018, le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations a supprimé le versement de l'allocation temporaire d'invalidité à compter du 21 janvier 2018 au motif qu'à la suite de la révision quinquennale du taux d'incapacité reconnu à l'intéressée au titre de chacune des causes d'invalidité, le seuil de 10 % mentionné au a) de l'article 2 du décret du 2 mai 2005 n'étant plus atteint en ce qui concerne les suites des accidents de service.

7. En premier lieu, Mme B soutient que le taux de 2% retenu pour les séquelles issues de l'accident de service du 25 septembre 2019 est erroné en ce qu'il ne tient pas compte du syndrome subjectif relatif au traumatisme cervico-dorso-lombaire suite au traumatisme crânien sans perte de connaissance dont elle a été victime.

8. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport médical de l'expert, que ce dernier a retenu un taux d'IPP de 7% pour les lombalgies issues de l'accident de service du 16 mai 1998, un taux d'IPP de 2% pour les cervicalgies post-traumatiques issues de l'accident de service du 25 septembre 2000 avec rechutes les 21 novembre 2000 et 21 mars 2005, ainsi qu'un taux d'IPP de 2% pour la raideur du genou gauche issue de l'accident de service du 7 novembre 2011, aboutissant à un calcul de la capacité restante au taux de 9,90%. Si le syndrome subjectif relatif au traumatisme cervico-dorso-lombaire n'est pas mentionné par l'expert médical dans le calcul du taux d'IPP concernant l'accident de service du 25 septembre 2000 alors que lors du précédent examen en 2013 il avait retenu un taux de 2% pour cette séquelle, les éléments produits par la requérante, à savoir des attestations de ses kinésithérapeutes et de son médecin traitant ainsi que le bilan d'examens médicaux réalisés les 26 avril 2018 (scanner du rachis cervical révélant une discopathie dégénérative C4 C5 avec retentissement sur les trous de conjugaison de façon bilatérale et diminution du diamètre antéro postérieur du canal à moins de 5 millimètres), 7 mars 2019 (IRM du rachis cervical) et 27 juin 2019 (scanner du rachis lombaire), s'ils démontrent la persistance de séquelles issues de cet accident de service ne démontrent toutefois pas la persistance du syndrome subjectif relatif au traumatisme cervico-dorso-lombaire. Par suite, ces documents médicaux, au demeurant postérieurs à la décision attaquée, ne sont en tout état de cause, pas de nature, à eux-seuls, à remettre en cause le taux de 2% retenu par l'expert puis la commission de réforme s'agissant des séquelles issues de l'accident de service du 25 septembre 2000. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la Caisse des dépôts et consignation aurait apprécié de manière erronée l'incapacité permanente dont elle souffre.

9. En second lieu, Mme B, qui se prévaut de la décision du 25 novembre 2019 du département des Alpes-Maritimes par laquelle une allocation temporaire d'invalidité lui a été attribuée, demande la régularisation de sa situation à compter du 7 mai 2018, date à laquelle un taux d'IPP de 14% lui a été reconnu en raison d'un accident de service survenu le 7 mai 2018. Toutefois, la décision contestée, qui est antérieure à la survenance du nouvel accident de service du 7 mai 2018, porte sur la révision de l'allocation temporaire servie à l'intéressée pour des accidents de service survenus les 16 mai 1998, 29 septembre 2000 et 7 novembre 2011, et non sur l'attribution d'une telle allocation du fait d'un nouvel accident survenu après la période quinquennale. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement se prévaloir de l'attribution à son profit d'une allocation temporaire d'invalidité au taux de 14% décidée par arrêté du département des Alpes-Maritimes du 25 novembre 2019 pour demander l'annulation des décisions des 24 avril 2018 et 22 juin 2018 ainsi que la régularisation de sa situation à compter du 7 mai 2018.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée à titre subsidiaire, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 avril 2018 par laquelle le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations a refusé de lui attribuer le versement de l'allocation temporaire d'invalidité à l'issue de la période quinquennale ainsi que de la décision du 22 juin 2018 portant rejet de son recours gracieux. Elle n'est, en conséquence, pas fondée à demander à ce que la Caisse des dépôts et consignations lui verse l'allocation temporaire d'invalidité telle que prévue par l'arrêté du 25 novembre 2019 avec effet rétroactif à compter du 7 mai 2018.

Sur les conclusions indemnitaires :

11. Les conclusions indemnitaires de Mme B tendant à ce que la Caisse des dépôts et consignations soit condamné à lui verser une somme de 1 500 euros en réparation des préjudices subis doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions d'annulation, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la Caisse des dépôts et consignations.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Taormina, président,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

G. Taormina La greffière,

signé

E. Gialis

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière

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