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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2005220

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2005220

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2005220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTURRIN SANDRINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 décembre 2020, 20 avril, 17 juin et 7 septembre 2021, Mme J F née G et Mme E I née F, représentées par Me Turrin, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2016 par lequel le maire de Villeneuve-Loubet ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme H et M. C portant sur la réalisation d'un garage et l'extension de la cuisine de leur maison d'habitation ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le maire de Villeneuve-Loubet a prorogé pour une durée d'un an la validité de l'autorisation d'urbanisme délivrée à Mme H et M. C, née du silence gardé par le maire sur la demande de prorogation datée du 13 novembre 2018 ainsi que l'arrêté du 2 décembre 2019 par lequel le maire de Villeneuve-Loubet a prorogé la validité de cette autorisation d'urbanisme pour une année supplémentaire ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-Loubet la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article UD9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villeneuve-Loubet, alors applicables ;

- elles sont entachées d'inexactitudes matérielles de nature à affecter leur légalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2021, la commune de Villeneuve-Loubet conclut à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, en ce que, d'une part, elle est tardive et, d'autre part, en ce que les requérantes sont dépourvues d'intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2021, Mme B H et M. A C, représentés par Me Demarchi, conclut à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce que la somme de 4 000 euros soit solidairement mise à la charge des requérantes au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est irrecevable, en ce que, d'une part, elle est tardive et, d'autre part, en ce que les requérantes sont dépourvues d'intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un courrier du 5 février 2021, les requérantes ont été invitées à justifier, dans un délai de quinze jours, l'accomplissement des formalités de notification prévues à l'article R. 600-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2023 :

- le rapport de M. Holzer,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- les observations de Me Jouhaud, substituant Me Turrin, représentant les requérantes,

- les observations de Me Hoummada, substituant Me Demarchi, représentant Mme H et M. C,

- les observations de Mme D, représentant la commune de Villeneuve-Loubet.

Deux notes en délibéré présentées par Mme F et Mme E I ont été enregistrées les 11 et 13 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 mars 2016, le maire de Villeneuve-Loubet ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme H et M. C portant sur la réalisation d'un garage et l'extension de la cuisine de leur maison d'habitation. Par une décision née du silence gardé par le maire de Villeneuve-Loubet sur la demande de Mme H et M. C datée du 13 novembre 2018, le maire a prorogé, pour une durée d'un an, la validité de cette autorisation d'urbanisme. Par un nouvel arrêté du 2 décembre 2019, le maire de Villeneuve-Loubet a prorogé pour une année supplémentaire la validité de cette même autorisation. Par un courrier du 20 septembre 2020, Mme F et Mme I ont formé un recours gracieux contre ces décisions lequel a toutefois été rejeté par le maire de la commune par une décision du 19 octobre 2020. Par leur requête, Mme F et Mme I demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 mars 2016 ainsi que les deux décisions portant prorogation de la validité de l'autorisation d'urbanisme litigieuse, ensemble la décision du 19 octobre 2020 portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UD9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villeneuve-Loubet :

2. Aux termes des dispositions de l'article UD9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villeneuve-Loubet, alors applicables et relatives aux règles d'emprise au sol : " Dans l'ensemble de la zone à l'exception du secteur Uds : L'emprise au sol des bâtiments de surface est limitée à 30% de la superficie du terrain () ". En outre, aux termes de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir ou la décision de non-opposition à une déclaration préalable peut être prorogé deux fois pour une durée d'un an, sur demande de son bénéficiaire si les prescriptions d'urbanisme et les servitudes administratives de tous ordres auxquelles est soumis le projet n'ont pas évolué de façon défavorable à son égard. / () ".

3. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme que l'autorité administrative, saisie d'une demande de prorogation d'une autorisation d'urbanisme par une personne ayant qualité pour présenter une telle demande, ne peut refuser d'y faire droit que si les règles d'urbanisme et les servitudes administratives de tous ordres s'imposant au projet ont été modifiées, postérieurement à la délivrance de l'autorisation d'urbanisme, dans un sens qui lui est défavorable. Dès lors, il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision initiale de non-opposition à déclaration préalable du 21 mars 2016 aurait été délivrée en méconnaissance des dispositions de l'article UD9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villeneuve-Loubet, en vigueur à la date de cette délivrance, est inopérant à l'appui des demandes tendant à l'annulation des décisions prorogeant la validité de cette autorisation d'urbanisme. Par suite, ce moyen présenté à l'encontre des décisions portant prorogation de la validité de l'autorisation d'urbanisme du 21 mars 2016 doit être écarté.

4. D'autre part, les requérantes soutiennent, que dans l'hypothèse d'un terrain détenu en copropriété, le respect des dispositions précitées de l'article UD9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villeneuve-Loubet s'apprécie globalement à l'échelle de la copropriété, indépendamment des droits de chacun de ses membres. En se bornant, toutefois, à soutenir que le terrain d'assiette qui doit être pris en compte est le terrain de la copropriété pris dans son ensemble, les requérantes ne démontrent pas que le plafond des 30% de la superficie totale du terrain est, en l'espèce, dépassé alors, qu'en tout état de cause, il ressort tant des pièces du dossier que des données extraites du site géoportail, accessible tant aux juges qu'aux parties, que la parcelle cadastrée section A n°262 sur laquelle est implantée la construction objet des travaux litigieux est d'une superficie de 51796 m² et que ces travaux portent, au total, en prenant en compte la réalisation du garage en remplacement de l'abri de voiture existant, sur la création d'une surface de plancher de 21,5 m² représentant ainsi uniquement 0,04 % de la surface totale de la parcelle cadastrée litigieuse et un pourcentage encore plus minime au regard de la superficie totale du terrain appartenant à la copropriété évaluée, selon le règlement de copropriété versé aux débats par les requérantes, à plus de 141 hectares. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'emprise au sol des constructions projetées méconnait les dispositions précitées de l'article UD9 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villeneuve-Loubet doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré des inexactitudes matérielles affectant les décisions litigieuses :

5. En premier lieu, si les requérantes font valoir que les pétitionnaires ont manifesté, lors de l'assemblée générale de copropriété du 18 septembre 2020, leur intention d'aménager le garage, objet de la déclaration préalable litigieuse, en un local à usage d'habitation, une telle circonstance, au demeurant postérieure aux décisions attaquées, est toutefois sans influence sur la légalité de ces décisions.

6. En deuxième lieu, si comme le soutiennent les requérantes l'arrêté attaqué du 2 décembre 2019 décrit de manière erronée la nature des travaux comme portant sur " la reconstruction à l'identique du golf de Villeneuve-Loubet suite à incendie ", une telle mention constitue toutefois une simple erreur matérielle qui n'a pas été de nature à susciter un doute quant à la consistance des travaux objet de cette décision de prorogation de nature à affecter la légalité de l'arrêté litigieux.

7. En troisième et dernier lieu, la circonstance selon laquelle les arrêtés du 21 mars 2016 et du 2 décembre 2019 ne mentionnent que la parcelle cadastrée section A n°262 à l'exclusion des autres parcelles composant l'ensemble de l'unité foncière de la copropriété est également sans incidence sur la légalité de ces arrêtés dès lors que la parcelle cadastrée section A n°262 constitue bien le terrain d'assiette de la construction objet des travaux litigieux et que la seule mention de cette parcelle n'a pas été de nature à susciter un doute quant à la localisation de ces travaux.

8. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses sont entachées d'inexactitudes matérielles doit être écarté dans ses différentes branches.

9. Il résulte de ce qui précède que les requérantes ne sont pas fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2016 ainsi que des décisions par lesquelles le maire de Villeneuve-Loubet a prorogé la validité de cette autorisation d'urbanisme et a rejeté leur recours gracieux, sans qu'il soit besoin ni d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Villeneuve-Loubet et les pétitionnaires, ni de se prononcer sur la recevabilité de la requête.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villeneuve-Loubet, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, la somme que les requérantes demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas non plus lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérantes la somme demandée par la commune de Villeneuve-Loubet au titre de ces mêmes frais dès lors qu'elle n'est pas représentée par un avocat et ne justifie pas de frais particuliers de procédure.

11. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre solidairement à la charge des requérantes une somme de 1 500 euros à verser à Mme H et à M. C au titre des frais exposés par ces derniers et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F et Mme I est rejetée.

Article 2 : Mme F et Mme I verseront solidairement une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à Mme H et à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Villeneuve-Loubet en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme J F née G, à Mme E I née F, à Mme B H, à M. A C et à la commune de Villeneuve-Loubet.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

M. Holzer, conseiller,

Mme Duroux, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

M. HOLZER

Le président,

signé

F. PASCAL

La greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

N°2005220

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