mardi 31 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2005370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP PECHENARD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2020, la société anonyme (SA) Compagnie Française des Transports Interurbains, représentée par Me Sapène, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2020 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. A ;
2°) d'annuler la décision du 6 novembre 2020 de la ministre chargée du travail en tant qu'elle refuse d'autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. A ;
3°) d'enjoindre à l'inspectrice du travail d'autoriser le licenciement sollicité ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 24 janvier 2020 est entachée d'un vice de procédure en raison de l'insuffisance de la procédure contradictoire préalable ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- la matérialité du deuxième grief reproché à M. A est établie ;
- les faits reprochés à M. A sont suffisamment graves pour justifier un licenciement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2021, M. B A, représenté par Me Alinot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 3 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 février 2022.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 24 janvier 2020 sont devenues sans objet.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Soler,
- et les conclusions de M. Beyls, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A exerce les fonctions de conducteur receveur au sein de la Compagnie Française des Transports Interurbains (CFTI). Il détient par ailleurs des mandats en tant que membre titulaire du comité social et économique, délégué syndical et délégué syndical central. Lors de son service du 10 août 2019, M. A a trouvé et conservé un téléphone portable appartenant à une cliente. Par un courrier, reçu le 28 novembre 2019, la société CFTI a demandé à l'inspectrice du travail l'autorisation de licencier M. A. Par une décision du 24 janvier 2020, l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le licenciement de l'intéressé. Par un courrier, reçu le 11 février 2020, la société CFTI a formé un recours hiérarchique auprès de la ministre chargée du travail. Par une décision du 6 novembre 2020, la ministre chargée du travail a retiré sa décision implicite née le 24 septembre 2020, annulé la décision de l'inspectrice et a refusé le licenciement de l'intéressé dès lors que le comportement de M. A, bien que constitutif d'une faute, ne présentait pas une gravité suffisante pour justifier une telle mesure. Par sa requête, la société CFTI demande l'annulation des décisions du 24 janvier et 6 novembre 2020.
Sur l'office du juge de l'excès de pouvoir :
2. Le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable. Toutefois, lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
3. En l'espèce, il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de se prononcer sur les conclusions dirigées contre la décision du 6 novembre 2020 de la ministre chargée du travail retirant la décision de l'inspectrice du travail du 24 janvier 2020 avant de statuer, le cas échéant, sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 24 janvier 2020 ainsi retirée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 6 novembre 2020 :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1235-1 du code du travail : " En cas de litige, () le juge, à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. / () / Si un doute subsiste, il profite au salarié ".
5. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Par ailleurs, en vertu des dispositions de l'article L. 1235-1 du code du travail citées au point précédent, si un doute subsiste, il profite au salarié.
6. En l'espèce, la demande d'autorisation de licenciement de M. A est fondée sur deux griefs tirés de ce que d'une part, celui-ci a pris et conservé un téléphone portable oublié par une cliente et d'autre part, de ce qu'il aurait volontairement conservé ce téléphone pour ses intérêts personnels. La ministre chargée du travail n'a retenu la matérialité des faits que pour le premier grief.
7. S'agissant du second grief, pour soutenir que M. A aurait volontairement conservé le téléphone pour ses intérêts personnels, la société CFTI se prévaut de propos que le salarié aurait tenus lors de son entretien préalable du 8 novembre 2019 et lors de la séance du comité social et économique du 19 novembre 2019, de la taille et l'utilisation de la mallette de travail des conducteurs rendant impossible selon elle un oubli et du fait que l'intéressé n'a répondu à aucune sollicitation de l'enquête visant à retrouver le téléphone. Pour refuser l'autorisation sollicitée, la ministre chargée du travail relève que l'entretien préalable du 8 novembre 2019 n'a donné lieu à aucun compte-rendu de nature à établir la matérialité de ces propos, que les propos rapportés par la responsable des ressources humaines n'ont donné lieu à aucun témoignage formalisé, que ceux tenus par M. A lors de la séance du comité social et économique du 19 novembre 2019 ne sauraient caractériser une intention malveillante, que du fait de l'encombrement habituel d'une sacoche professionnelle et de la taille du téléphone, l'oubli du téléphone dans ladite sacoche n'est pas impossible, qu'aucun élément ne permet d'établir une utilisation de celui-ci pendant la période où M. A a conservé le téléphone et qu'aucun élément ne permet d'établir que le salarié aurait été interrogé dans le cadre de l'enquête visant à retrouver le téléphone alors que la société CFTI avait connaissance qu'il était bien en charge du service au moment de l'oubli. Ces derniers éléments font naître un doute sur la réalité du second grief invoqué par la société dans sa demande. Il résulte des dispositions de l'article L. 1235-1 du code du travail citées au point 4 que lorsqu'un doute subsiste sur l'exactitude matérielle des griefs formulés contre un salarié, ce doute doit lui profiter. Ainsi, la matérialité du grief tiré de ce que M. A aurait volontairement conservé le téléphone pour ses intérêts personnels ne saurait être regardée comme établie. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il ressort des écritures mêmes de M. A et de ses déclarations devant le comité social d'entreprise que l'intéressé avait connaissance de la règle selon laquelle les objets trouvés en fin de service devaient être remis au dépôt. Dès lors, l'oubli de M. A est constitutif d'une faute.
9. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que cette faute doit être regardée comme présentant un caractère involontaire. Par ailleurs, si la société CFTI soutient qu'elle a subi un préjudice d'image, elle n'apporte aucun élément tendant à démontrer que les collectivités délégataires ou la clientèle autre que la propriétaire du téléphone portable auraient été informées de la situation ou en auraient tiré des conséquences de sorte que son préjudice n'est pas établi. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'employeur, qui avait été informé dès le 16 août 2019, soit 6 jours après les faits, de l'identité du conducteur en service lors de l'oubli du téléphone, l'aurait contacté afin de lui demander s'il avait des informations à ce sujet de sorte que le manquement de la société CFTI a contribué, indirectement, à la prolongation de cette situation. Dans ces conditions, la ministre chargée du travail a pu, à bon droit, estimer que les faits en cause ne présentaient pas un caractère de gravité suffisante de nature à justifier un licenciement. Il suit de là que ce moyen doit également être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 6 novembre 2020 de la ministre chargée du travail en tant qu'elle refuse d'autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. A doivent être rejetées. Il résulte dès lors de ce qui a été dit aux points 2 et 3 du présent jugement qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de l'inspectrice du travail du 24 janvier 2020.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 6 novembre 2020 de la ministre chargée du travail en tant qu'elle refuse d'autoriser le licenciement pour motif disciplinaire de M. A, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la société CFTI ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société CFTI demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société CFTI une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 24 janvier 2020 de l'inspectrice du travail.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La société CFTI versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Compagnie Française des Transports Interurbains, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à M. B A.
Copie en sera adressée pour information au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Bonhomme, président,
Mme Soler, conseillère,
Mme Sandjo, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023
La rapporteure,
Signé
N. SOLER
Le président,
Signé
T. BONHOMMELa greffière,
Signé
O. MOULOUD
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026