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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2005463

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2005463

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2005463
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantPERSICO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 décembre 2020 et 14 septembre 2021, M. D C, représenté par Me Persico, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2020 par laquelle le président directeur général du groupe La Poste a prononcé à son encontre la sanction de révocation ;

2°) de mettre à la charge de la société anonyme La Poste une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 27 octobre 2020 est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure en ce que les conditions du quorum n'ont pas été respectées ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne constituent pas une faute disciplinaire ;

- la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2021, la société anonyme La Poste, représentée par Me Mancilla, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre des frais d'instance.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice du 11 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 novembre 2022 :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Belguèche, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a été nommé dans le grade d'agent d'exploitation du service général de la société La Poste en 1994. Il exerçait ses fonctions au bureau de Vallauris depuis mai 2017 en qualité de chargé de clientèle. Par une décision du 27 octobre 2020, dont M. C demande l'annulation pour excès de pouvoir, la société La Poste a prononcé la sanction disciplinaire de la révocation à son encontre.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable aux agents de La Poste en vertu de l'article 29 de la loi n°90-568 du 2 juillet 1990 relative, notamment, à l'organisation du service public de La Poste : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Aux termes de l'article 19 de la même loi: " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination () ". Aux termes de l'article 66 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. (.) / Quatrième groupe : () / - la révocation () ". Et aux termes de l'article 67 de cette loi : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination qui l'exerce après avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline et dans les conditions prévues à l'article 19 du titre Ier du statut général. Cette autorité peut décider, après avis du conseil de discipline, de rendre publics la décision portant sanction et ses motifs. / La délégation du pouvoir de nomination emporte celle du pouvoir disciplinaire. Toutefois, le pouvoir de nomination peut être délégué indépendamment du pouvoir disciplinaire. Il peut également être délégué indépendamment du pouvoir de prononcer les sanctions des troisième et quatrième groupes () ".

3. En l'espèce, la décision en litige prononce la sanction de révocation, laquelle relève du 4ème groupe au sens de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984. Cette décision a été signée pour le président directeur général, par le directeur des relations sociales, des règles RH et des instances réglementaires nationales, M. E A. Pour justifier de la compétence du signataire de l'acte, le groupe La Poste a produit, en défense, la décision du 2 septembre 2019 portant délégation de signature à M. A à compter du 2 septembre 2019 à l'effet de signer toute sanction disciplinaire faisant suite à un avis de la commission administrative paritaire nationale siégeant en formation disciplinaire " à l'exception du pouvoir de prononcer les sanctions du 4ème groupe ". Par suite, au vu des pièces du dossier, il n'est pas justifié d'une délégation de signature au profit de M. A à l'effet de signer la mesure litigieuse. Il s'ensuit que M. C est fondé à soutenir que la décision litigieuse a été prise par une autorité incompétente.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 octobre 2020 prononçant à son encontre la sanction de révocation.

Sur les frais liés au litige :

5. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut ainsi se prévaloir des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Persico, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de la société anonyme La Poste la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 27 octobre 2020 par laquelle le président directeur général du groupe La Poste a prononcé à son encontre la sanction de révocation est annulée.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Persico, avocat de M. C, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Persico et à la société anonyme La poste.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

Mme Gazeau, première conseillère,

Mme Guilbert, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

signé

D. B

La présidente,

signé

V. Chevalier-Aubert La greffière,

signé

B-P. Antoine

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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