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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100024

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100024

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100024
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2021, M. A B, représenté par Me Sabatakakis, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 10 mars 2017 (un point), 21 mars 2017 (un point), 1er août 2017 (un point), 8 août 2017 (4 points), 24 août 2017 (un point), 19 septembre 2017 (un point), 14 novembre 2017 (trois points) et 13 mars 2018 (un point) ;

2°) d'annuler la décision 48SI du 20 novembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a l'intérieur a mis fin à la validité de son permis de conduire pour solde de point nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés et de rétablir son capital de points dans un délai d'un mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'information préalable prévue par les articles L. et R. 223-3 du code de la route n'a pas été respectée pour les infractions des 10, 21 mars, 1er, 24 août, 19 septembre et 14 novembre 2017 ;

- le seul relevé d'information intégral n'apparaît pas suffisant pour rapporter cette preuve ;

- les infractions des 8 août 2017 et 13 mars 2018 n'ont pas fait l'objet d'une condamnation définitive.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre l'infraction du 19 septembre 2017 sont sans objet dès lors que le point retiré a été restitué au requérant le 6 août 2018 ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Thierry Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C, aucune des parties n'étant présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis notamment entre le 10 mars 2017 et le 13 mars 2018 diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de plus de douze points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48SI " du 20 novembre 2020, le ministre de l'intérieur lui a notifié le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 20 novembre 2020, les décisions antérieures de retrait de points relatives aux infractions commises les 10 mars 2017 (un point), 21 mars 2017 (un point), 1er août 2017 (un point), 8 août 2017 (4 points), 24 août 2017 (un point), 19 septembre 2017 (un point), 14 novembre 2017 (trois points) et 13 mars 2018 (un point).

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B versé aux débats par le ministre de l'intérieur, que ce dernier a restitué le 6 août 2018, soit antérieurement à l'introduction de la requête, le point qu'il avait retiré au requérant suite à l'infraction constatée le 19 septembre 2017. Dès lors, il est fondé à soutenir que les conclusions dirigées contre ce retrait sont sans objet. Elles sont donc irrecevables.

Sur la demande d'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 10, 21 mars, 1er, 8, 24 août, 14 novembre 2017 et 13 mars 2018 :

S'agissant des infractions commises les 10 mars, 1er et 24 août 2017 :

3. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d 'un avis inexact ou incomplet.

4. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral de M. B, que les trois infractions précitées ont été constatées par radar automatique et ont donné lieu au paiement ultérieur de l'amende forfaitaire. Le requérant ne soutient pas avoir été destinataire d'avis de contraventions inexacts ou incomplets. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu préalablement au paiement de l'amende les informations requises par les articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction commise le 14 novembre 2017 :

5. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

6. Il résulte de l'instruction, et, notamment, des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B que l'infraction commise le 14 novembre 2017 a été relevée par procès-verbal électronique, et que le requérant s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire correspondante. Ce paiement établit que M. B avait reçu l'avis d'amende forfaitaire, dont le modèle comporte les informations requises par les articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route.

S'agissant de l'infraction commise le 21 mars 2017 :

7. La délivrance, préalablement au règlement de l'amende, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité des décisions de retrait de points. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. En vertu des dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles

L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet.

8. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé intégral d'information et de l'attestation de paiement établie par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, que M. B a payé l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction du 21 mars 2017. L'intéressé n'allègue pas avoir reçu un avis d'amende forfaitaire majorée inexact ou incomplet. Dans ces conditions, l'obligation de l'information requise par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être regardée comme remplie.

S'agissant des infractions commises les 8 août 2017 et 13 mars 2018 :

9. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ".

10. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral établi le 19 mars 2021 versé par le ministre de l'intérieur, que par un jugement définitif du 10 décembre 2018, le tribunal de police de Nice a condamné M. B pour avoir commis une infraction de non-respect de l'arrêt à un feu rouge sur le territoire de la commune de Nice le 18 août 2017 à 18h12. De même, par une décision définitive du 24 septembre 2018, le tribunal de police de Nice a condamné l'intéressé pour avoir commis une infraction d'excès de vitesse inférieur à 20 km/heure sur le territoire de la commune d'Arles le 13 mars 2018 à 12h48. Ainsi, le ministre de l'intérieur, constatant que la réalité de ces deux infractions était établie par ces deux condamnations pénales, a pu légalement retirer respectivement trois et un points du nombre de points affectés au permis de conduire du requérant par des décisions référencées " 76 ". Par suite, le moyen tiré du défaut d'établissement de ces deux infractions ne peut qu'être écarté.

Sur la demande d'annulation de la décision 48SI du 20 novembre 2020 :

11. Pour les motifs indiqués aux points 2 à 10, M. B n'est pas fondé à invoquer par voie d'exception, contre la décision contestée, l'illégalité des décisions portant retrait de points.

12. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il attaque. Les conclusions présentées en ce sens doivent donc être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

T. CLa greffière,

Signé

O. MOULOUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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