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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100097

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100097

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantVALLAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 5 janvier, 17 mai et 26 novembre 2021, M. D H et Mme C B, représentés par Me Zago, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Tourrette-Levens a délivré un permis de construire à M. A G et Mme E F en vue de la création d'une maison individuelle et d'une piscine sur un terrain situé 580 Chemin des Molières à Tourrette-Levens, ensemble la décision du 12 novembre 2020, rejetant leur recours gracieux.

2°) de mettre à la charge de la commune de Tourrette-Levens la somme de 4 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la condamner aux entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- le dossier de permis de construire est incomplet ;

- le projet litigieux méconnaît l'article NB 11 du règlement du plan d'occupation des sols de la commune (POS) quant à son implantation et son aspect extérieur ;

- il méconnait les dispositions de la loi montagne et de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme sur la continuité de l'urbanisation ;

- il méconnaît les dispositions du plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvements de terrain ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme (atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique) ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme (insertion dans le site) ;

- l'arrêté attaqué est illégal en raison de l'illégalité de l'autorisation de défrichement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2021, M. A G et Mme E F, représentés par Me Governatori, concluent à titre principal au rejet de la requête pour irrecevabilité, à titre subsidiaire à son rejet au fond, à titre infiniment subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en ordonnant un sursis à statuer, et en tout état de cause à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir au sens des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;

- à titre infiniment subsidiaire, qu'il y aurait en tout état de cause lieu à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en ordonnant un sursis à statuer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2021, la commune de Tourrette-Levens, prise en la personne de son maire en exercice, représentée par Me Vallar, conclut à titre principal au rejet de la requête pour irrecevabilité, à titre subsidiaire à son rejet au fond et en tout état de cause à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir au sens des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2023 en application du dernier alinéa de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Par une lettre du 21 décembre 2023, le tribunal a invité les parties à présenter leurs observations sur la mise en œuvre éventuelle de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, dans le cas où le tribunal accueillerait le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis de construire est insuffisant en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme et de ce que les dispositions de l'article NB 11 du règlement du plan d'occupation des sols ont été méconnues en ce qui concerne l'aspect des façades du bâtiment objet du permis.

M. D H et Mme C B, représentés par Me Zago, ont présenté leurs observations par mémoire du 18 décembre 2023.

La commune de Tourrette-Levens, représentée par Me Vallar, a présenté ses observations par mémoire du 18 décembre 2023.

M. A G et Mme E F, représentés par Me Governatori, ont présenté leurs observations par mémoires des 15 et 19 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 décembre 2023 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- les conclusions de Mme Sorin, rapporteure publique ;

- les observations de Me Zago, représentant les requérants ;

- les observations de Me Vallar, pour la commune de Tourrette-Levens ;

- et les observations de Me Governatori, représentant M. G et Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 22 juillet 2020, le maire de la commune de Tourrette-Levens a délivré à M. A G et Mme E F un permis de construire n° PC 06147 20 J0001, en vue de la construction d'une maison individuelle et d'une piscine sur un terrain situé 580 Chemin des Molières à Tourrette-Levens et cadastré section A 2600 et A 2602. Par un courrier en date du 15 septembre 2020, reçu en mairie le 16 septembre, M. D H et Mme C B ont formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, lequel a été rejeté par une décision de la commune de Tourrette-Levens en date du 12 novembre 2020. M. H et Mme B demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2020, ensemble la décision du 12 novembre 2020 rejetant leur recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par M. A G, Mme E F et par la commune de Tourrette-Levens :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. H et Mme B justifient être propriétaires du bien immobilier jouxtant le terrain d'assiette du projet litigieux. Ils sont ainsi voisins immédiats du terrain d'assiette du projet, lequel a pour objet, l'édification la construction d'une maison individuelle et d'une piscine. Les requérants font état des incidences négatives que la construction projetée, par son ampleur et son implantation, est susceptible d'avoir sur leur cadre de vie, notamment une perte d'intimité, causée par la création de vues et la densification des parcelles avoisinnantes. Compte tenu de la nature, de l'importance et de la localisation du projet, l'intérêt à agir des requérants est suffisamment justifié. La fin de non-recevoir soulevée par M. A G, Mme E F et par la commune de Tourrette-Levens doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, compte tenu des autres pièces figurant dans ce dossier, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. Premièrement, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant :1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ;e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Il ressort des pièces du dossier que la notice architecturale comporte plusieurs photographies du projet, une description du paysage et de l'environnement existant, un plan de situation, un plan de masse (mentionnant pour information la servitude de passage), un plan des terrassements ainsi que deux plans de façades. Par suite, la notice produite doit être considérée comme suffisamment complète. Cette première branche du moyen tiré de l'incomplétude du dossier doit donc être écartée.

7. Deuxièmement, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " () Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. () ". Il ressort des pièces du dossier que si le dossier du permis initial ne faisait pas apparaître la servitude desservant le terrain d'assiette, le dossier de permis modificatif fait pour sa part apparaître cette servitude (plan PCMI 2a), permettant dès lors d'apprécier le projet au regard des règles d'urbanisme concernant la desserte et les accès. Cette deuxième branche du moyen tiré de l'incomplétude du dossier doit donc être écartée.

8. Troisièmement, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : " () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse () ". En l'espèce, et ainsi que le font valoir les requérants, il ressort des pièces du dossier que les éléments du dossier de permis ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet dans le paysage lointain. Dans ces conditions, cette branche du moyen tiré de l'incomplétude du dossier de permis doit être accueuillie.

9. Enfin quatrièmement, l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme dispose que " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () e) Dans les cas prévus par les 4° et 5° de l'article R. 111-38 du code de la construction et de l'habitation, un document établi par un contrôleur technique mentionné à l'article L. 111-23 de ce code, attestant qu'il a fait connaître au maître d'ouvrage son avis sur la prise en compte, au stade de la conception, des règles parasismiques et paracycloniques prévues par l'article L. 563-1 du code de l'environnement ; f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles ou un plan de prévention des risques miniers approuvés, ou rendus immédiatement opposables en application de l'article L. 562-2 du code de l'environnement, ou par un plan de prévention des risques technologiques approuvé, à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ; g) L'agrément prévu à l'article L. 510-1, lorsqu'il est exigé () ". Tout d'abord les requérants ne justifient pas que les pièces prévues aux e et g des dispositions précitées auraient dû être produites. N'était en particulier pas requise l'attestation d'un contrôleur technique eu égard aux normes parasismiques, le projet ne concernant ni un immeuble ni un bâtiment appartenant aux catégories d'importance III et IV au sens de l'article R. 563-3 du code de l'environnement et de l'article R.111-38 du code de la construction et de l'habitat. Concernant ensuite l'étude préalable prévue au f des dispositions précitées, il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme de s'assurer de la production, par le pétitionnaire, d'un document établi par l'architecte du projet ou par un expert attestant qu'une étude a été menée conformément aux exigences de la règlementation et que ses résultats ont été pris en compte au stade de la conception du projet. Il ne saurait en revanche dans ce cadre porter une appréciation sur le contenu de l'étude et son caractère suffisant au regard des exigences des plans de prévention des risques qui en imposent la réalisation. Les pétitionnaires versent au dossier l'attestation de l'expert certifiant qu'une étude géotechnique et géophysique de type G2AVP ainsi qu'une étude hydrogéologique a été réalisée, ainsi que le formulaire d'attestation de la prise en compte de la règlementation thermique au dépôt de la demande du permis de construire. Cette quatrième branche du moyen tiré de l'incomplétude du dossier doit donc être écartée.

10. En deuxième lieu, et d'une part, le document d'urbanisme applicable aux demandes de permis de construire présentées dans le cadre d'un lotissement est celui en vigueur à la date à laquelle a été délivrée l'autorisation de lotir et ce, pendant un délai de cinq ans à compter de la réception, par l'administration, de la déclaration d'achèvement du lotissement et, durant ce délai, les dispositions des documents d'urbanisme intervenues postérieurement à l'autorisation de lotissement ne sont pas opposables aux demandes de permis de construire. D'autre part, aux termes de l'article NB 11 du plan d'occupation des sols (ci-après, " POS ") de la commune de Tourrette-Levens, dans sa rédaction applicable au litige : " () / L'implantation sera choisie de telle sorte que les mouvements de sol soient réduits au strict minimum / () Les façades : Elles seront obligatoirement enduites si elles ne sont pas réalisées en pierre du pays () / Coloration : Les enduits extérieurs seront peints ou teintés dans la masse par l'utilisation de sables naturels locaux ou recevront un badigeon de couleur (le blanc est interdit en grande surface) ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que la règle d'implantation de la construction par rapport aux mouvements de sol aurait été méconnue. En revanche, il est constant que les pétitionnaires ont choisi ne pas faire les façades en pierres du pays, ils devaient dès lors obligatoirement les réaliser avec enduit, ce qui n'est pas le cas puisqu'une partie de chaque façade est réalisée en bardage effet bois naturel. La commune ne peut utilement soutenir en défense que le permis ne pouvait s'opposer à l'utilisation de matériaux renouvelables ou de matériaux ou procédés de construction permettant d'éviter l'émission de gaz à effet de serre, à l'installation de dispositifs favorisant la retenue des eaux pluviales ou la production d'énergie renouvelable, dès lors que l'utilisation d'un bardage avec effet bois naturel ne saurait en tout état de cause rentrer dans cette définition. Par suite, le moyen susmentionné tiré de la méconnaissance de l'article NB 11 du POS de la commune en ce qui concerne l'aspect des façades du bâtiment objet du permis doit être accueilli.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 172-1 du code de l'urbanisme : " Les directives territoriales d'aménagement approuvées avant le 13 juillet 2010 restent en vigueur. Elles sont soumises aux dispositions des articles L. 172-2 à L. 172-5 ". Aux termes de l'article L. 172-2 du même code : " Les directives territoriales d'aménagement conservent les effets suivants : 1° Les schémas de cohérence territoriale sont compatibles avec les directives territoriales d'aménagement ou, en l'absence de ces documents, avec les dispositions particulières au littoral et aux zones de montagne prévues aux chapitres Ier et II du titre II du présent livre. Il en va de même, en l'absence de schéma de cohérence territoriale, pour les plans locaux d'urbanisme ou les documents en tenant lieu et les cartes communales. 2° Les dispositions des directives territoriales d'aménagement qui précisent les modalités d'application des dispositions particulières au littoral et aux zones de montagne prévues aux chapitres Ier et II du titre II du présent livre s'appliquent aux personnes et opérations qui y sont mentionnées ". Aux termes de l'article L. 122-2 du même code : " Les dispositions du présent chapitre sont applicables à toute personne publique ou privée pour l'exécution de tous travaux, constructions, défrichements, plantations, aménagements, installations et travaux divers, la création de lotissements, l'ouverture de terrains de camping ou de stationnement de caravanes, l'établissement de clôtures, la réalisation de remontées mécaniques et l'aménagement de pistes, l'ouverture des carrières, la recherche et l'exploitation des minerais et les installations classées pour la protection de l'environnement ". L'article L. 122-5 de ce code prévoit : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". Aux termes de l'article L. 122-6 du même code : " Lorsque la commune est dotée d'un plan local d'urbanisme ou d'une carte communale, ce document peut délimiter les hameaux et groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants en continuité desquels il prévoit une extension de l'urbanisation, en prenant en compte les caractéristiques traditionnelles de l'habitat, les constructions implantées et l'existence de voies et réseaux () ".

12. D'une part, il résulte des dispositions précitées qu'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol mentionnée au second alinéa de l'article L. 122-2 du code de l'urbanisme de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet aux dispositions du code de l'urbanisme particulières à la montagne, le cas échéant au regard des prescriptions d'une directive territoriale d'aménagement demeurée en vigueur qui sont suffisamment précises et compatibles avec les dispositions des articles L. 122-5 et suivants du même code. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les " groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants " et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble.

13. En l'espèce, il est constant que la commune de Tourrette-Levens est localisée en zone de montagne en vertu de l'arrêté du 28 avril 1976 portant classement de communes et parties de communes en zone de montagne. Ainsi, le principe d'extension de l'urbanisation en continuité de l'urbanisation existante fixé par les dispositions précitées de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme est applicable sur son territoire. La directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes, approuvée par le décret du 2 décembre 2003 portant approbation de la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes, situe la commune de Tourrette-Levens au sein de la frange Sud de la zone Montagne. Elle distingue, au sein de cette frange, les " secteurs urbains constitués ", composés des vieux villages et des quartiers nouveaux, intégrant les hameaux, groupes de constructions traditionnelles et groupes d'habitations, qui comprennent un nombre significatif de maisons très proches les unes des autres, les " secteurs d'urbanisation diffuse ", caractérisés par un habitat de faible densité, et les " secteurs susceptibles d'être urbanisés ". D'une part, la directive territoriale d'aménagement prescrit qu'au sein des " secteurs d'urbanisation diffuse " et des " secteurs susceptibles d'être urbanisés ", l'extension de l'urbanisation doit se réaliser en continuité des " secteurs urbains constitués ", selon les dispositions des trois premiers alinéas de l'article L. 145-3-III du code de l'urbanisme désormais reprises aux articles L. 122-5 et L. 122-6 du code de l'urbanisme. D'autre part, dans le cas où l'extension de l'urbanisation ne peut se réaliser en continuité d'un secteur urbain constitué, la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes prescrit qu'elle ne s'effectuera que dans les conditions définies au b) du quatrième alinéa de l'article L. 145-3-III du code de l'urbanisme (désormais repris au deuxième alinéa de l'article L. 122-7 du code de l'urbanisme), c'est-à-dire sous forme de " hameaux ou de groupes d'habitations nouveaux intégrés à l'environnement " ou, à titre exceptionnel, et après accord de la chambre d'agriculture et de la commission des sites, sous forme de " zones d'urbanisation future " de taille et de capacité d'accueil limitées. Enfin, ce document prescrit que les secteurs d'urbanisation diffuse comprenant 2 à 4 maisons à l'hectare ou ceux susceptibles d'être urbanisés sont également délimités graphiquement, et que, s'agissant précisément des secteurs d'urbanisation susceptibles d'être urbanisés, ces derniers se développent lorsque la capacité des secteurs urbains constitués et des secteurs d'urbanisation diffuse s'avèrera insuffisante pour satisfaire les besoins de la population. Ces prescriptions sont suffisamment précises et compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières aux zones de montagne.

14. Il ressort des pièces du dossier, notamment des vues aériennes et des relevés cadastraux versés aux débats, ainsi que du site officiel Géoportail, accessible tant aux juges qu'aux parties, que le projet de construction en litige porte sur les parcelles cadastrées section A n°2600 et 2602, lesquelles sont à l'état naturel et ne supporte aucune construction. Le terrain d'assiette du projet est à proximité à l'ouest d'un lotissement et bordé à l'est par un espace boisé. Le terrain d'assiette, qui n'est éloigné que d'un kilomètre du centre-bourg de la commune, est situé à l'angle est d'un quartier pavillonnaire relativement dense, qui est situé au sud du Chemin des Molières et qui s'étend sur plus de six-cents mètres. Ainsi, si le terrain d'assiette est bordé à l'ouest et au sud par des terrains à dominante naturelle, il jouxte cependant trois villas rapprochées les unes des autres, situées respectivement à l'ouest, au nord-ouest et au nord du terrain d'assiette et toutes desservies par la voie privée qui permettra d'accéder à la construction projetée. Ces trois villas font partie du " secteur urbain constitué " formé par le quartier pavillonnaire mentionné précédemment, si bien qu'elles peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble. Selon la directive territoriale d'aménagement des Alpes-Maritimes, un " secteur urbain constitué " comporte au moins cinq " cercles sécants ". Les requérants se fondent sur ces éléments, et notamment sur ces cercles de 25 mètres de rayon, pour soutenir que le terrain ne serait pas situé dans un " secteur urbain constitué ". Si le terrain en cause ne se trouve en effet pas dans au moins cinq " cercles sécants ", ce qui ne permet ainsi pas de considérer qu'il se situerait dans un " secteur urbain constitué ", il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il se situe dans un groupe de constructions d'habitation et donc en continuité avec ce groupe, au sens de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme précité. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet aurait méconnu les dispositions d'urbanisme applicables en zone de montagne.

15. En quatrième lieu, il est constant que le terrain d'assiette du projet litigieux est classé en zone bleue E (risque d'effondrements) du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles de mouvement de terrain (ci-après, " PPRNPMT "). Aux termes de l'article II.3.2 de ce règlement, applicable en zone bleue E : " Sont interdits : / () Toute action dont l'ampleur est susceptible de déstabiliser le sol (exemples : déboisement, excavation, talutage, remblais, déblais) / () ". En l'espèce, les circonstances invoquées par les requérants selon lesquelles le projet se situe au niveau des formations d'éboulis argileux et qu'il existerait un risque assez important lié au retrait et au gonflement des argiles composant le sol ne sont pas suffisantes pour démontrer, à elles seules, que le projet méconnaitrait les dispositions précitées du PPRNPMT alors qu'il ne ressort par ailleurs d'aucune pièce du dossier que de tels travaux seraient de nature à déstabiliser le sol et, en tout état de cause, qu'il ressort de l'attestation de l'hydrogéologue, cotée PCMI14, que le permis de construire litigieux a été délivré sur la base des études géotechnique de conception et hydrogéologique réalisées en application des dispositions précitées de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, sans que cela ne soit d'ailleurs contesté par les requérants. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté.

16. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

17. En l'espèce, les requérants soutiennent que l'accès au terrain d'assiette du projet litigieux présente un caractère accidentogène en ce qu'il se situe en fin de courbe d'un virage, que sa largeur est insuffisante et que la pente y est trop accrue. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'accès par la route départementale offre une visibilité suffisante afin de ne pas créer de risque pour la sécurité publique et que la vitesse de circulation des véhicules y est limitée à 50 km/h. Par ailleurs, la voie d'accès directe au terrain d'assiette du projet, le Chemin des Molières, qui est une voie privée, prévoit des pans coupés afin d'augmenter la visibilité. En outre, les pétitionnaires font valoir qu'un avis favorable a été émis par le service de la DGA des routes de la métropole Nice Côte d'Azur et que la sortie des véhicules de la propriété objet du projet ne se fait pas avec une pente de 30 % mais avec une pente de 7%, tel que cela ressort des indicateurs altimétriques et des distances figurant sur le plan de masse. Dans ces conditions, compte tenu notamment de l'importance limitée du projet, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme auraient été méconnues.

18. En sixième lieu, les requérants ne peuvent utilement soulever le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dès lors que, comme en l'espèce, si les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 et posent des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité du permis contesté.

19. En septième et dernier lieu, l'autorisation de défrichement délivrée en application des articles L.311-1 ou L.312-1 du code forestier ne forme pas avec le permis de construire sur le terrain ayant fait l'objet de cette autorisation une opération administrative comportant entre ces deux décisions un lien tel que les illégalités dont l'autorisation de défrichement serait entachée puissent, malgré le caractère définitif de cette autorisation, être invoquées à l'appui de conclusions dirigées contre le permis. Par suite, dès lors que le délai de recours contre cette autorisation était expiré à la date d'introduction du présent recours contre le permis litigieux, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'autorisation de défrichement précédemment accordée ne peut qu'être écarté.

Sur les conséquences des illégalités relevées :

20. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

21. D'une part, il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation.

22. D'autre part, un vice de procédure, dont l'existence et la consistance sont appréciées au regard des règles applicables à la date de la décision litigieuse, doit en principe être réparé selon les modalités prévues à cette même date. En revanche, s'agissant des vices entachant le bien-fondé du permis de construire, le juge doit se prononcer sur leur caractère régularisable au regard des dispositions en vigueur à la date à laquelle il statue et constater, le cas échéant, qu'au regard de ces dispositions le permis ne présente plus les vices dont il était entaché à la date de son édiction. En outre, un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

23. En l'espèce, à supposer que les vices mentionnés aux points 8 et 10 du présent jugement et dont est affecté le permis de construire attaqué seraient susceptibles d'être régularisés sans que leur régularisation n'implique d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même, il ressort toutefois des pièces du dossier, et en tout état de cause, qu'eu égard aux caractéristiques du projet litigieux et à la configuration du terrain d'assiette, sis en zone inconstructible (" Nb ") sous l'empire des dispositions du plan local d'urbanisme de la métropole Nice Côte d'Azur actuellement en vigueur, dispositions qu'il y a lieu de prendre en compte, comme il vient d'être rappelé, pour apprécier le caractère régularisable des vices susmentionnés, que ces vices ne sont, en définitive, pas susceptibles de faire l'objet d'une mesure de régularisation en application des dispositions précitées de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Sur les dépens :

24. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions formées en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Dans les circonstances de l'espèce, l'ensemble des conclusions des parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 22 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Tourrette-Levens a délivré un permis de construire à M. A G et Mme E F, ensemble la décision de rejet du recours gracieux formé par M. H et Mme B, sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D H, à Mme C B, à la commune de Tourrette-Levens, à M. A G et à Mme E F.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, conseiller,

M. Combot, conseiller,

Assistés de Mme Albu, greffière.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe, le 18 janvier 2024.

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

L'assesseur le plus ancien,

signé

M. Holzer

La greffière,

signé

C. Albu

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

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