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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100515

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100515

jeudi 4 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100515
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. BONHOMME
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 29 janvier, 10 août 2021 et 4 avril 2023, M. C A B, représenté par Me Ciriani, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du directeur d'agence Pôle emploi Nice Ouest du 14 octobre 2020 portant notification d'un indu d'allocation de solidarité spécifique (ASS) d'un montant de 16 701,71 euros pour la période de janvier 2018 à septembre 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 5 novembre 2020 par laquelle le directeur d'agence Pôle emploi Nice Ouest a procédé à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois et lui a supprimé le bénéfice de l'ASS ;

3°) d'annuler la décision du 31 décembre 2020 par laquelle le directeur de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur a rejeté son recours préalable formé le 10 décembre 2020, confirmé sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi et la suppression du bénéfice de l'ASS, et a implicitement rejeté son recours concernant l'indu d'ASS ;

4°) d'enjoindre au directeur de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur de réexaminer sa demande et de le rétablir dans ses droits au titre de l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, l'ASS et les diverses primes et allocations découlant de l'annulation des décisions attaquées : lui rétablir l'ASS ou un revenu de substitution équivalent, comme la prime d'activité, et lui verser une prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 152,45 euros et une " aide covid " de 150 euros ;

5°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 800 euros au profit de son avocate, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant notification d'un indu d'ASS n'est pas signée par une autorité compétente ;

- la sanction émise à son encontre n'est pas proportionnée ;

- la décision de sanction est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 mars 2021 et 4 juillet 2022, Pôle emploi Provence-Alpes-Côte-d'Azur (PACA), représenté par Me Andreani, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Thierry Bonhomme, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 décembre 2023 :

- le rapport de de M. Bonhomme, président ;

- et les observations de Me Wirig, substituant Me Andreani, pour Pôle emploi PACA.

L'instruction a été close après observations orales des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a bénéficié de l'allocation de solidarité spécifique en tant que demandeur d'emploi. Par un courrier du 14 octobre 2020, le directeur d'agence Pôle emploi Nice Ouest lui a notifié un indu d'allocation de solidarité spécifique (ASS) d'un montant de 16 701,71 euros pour la période de janvier 2018 à septembre 2020, au motif que l'intéressé n'a pas déclaré l'exercice d'une activité professionnelle. Le 5 novembre 2020, le directeur d'agence Pôle emploi Nice Ouest a procédé à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois et lui a supprimé le bénéfice de l'ASS. Par un courrier du 10 décembre 2020,

M. A B a formé un recours gracieux contre la décision portant notification d'un indu de l'ASS et la décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi. Par décision du 31 décembre 2020, le directeur de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision de radiation de la liste des demandeurs d'emploi. Par la présente requête, M. A B demande l'annulation de toutes ces décisions de rejet.

Sur la demande d'annulation de la décision concernant l'indu d'allocation de solidarité spécifique :

2. Lorsque le recours dont le juge administratif est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'ASS, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail, dans sa rédaction applicable : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. Conformément aux dispositions de l'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration, lorsque la décision du directeur général de Pôle emploi sur ce recours gracieux n'a pas été portée à la connaissance du requérant dans le délai de deux mois, l'intéressé peut considérer sa contestation comme rejetée. Il peut alors, s'il le souhaite, se pourvoir devant le juge compétent ".

4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la décision prise sur le recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale et est seule susceptible de faire l'objet d'un recours contentieux.

5. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

6. En application de ce qui a été dit au point précédent, le requérant doit être regardé comme contestant exclusivement la décision rejetant implicitement son recours préalable du 10 décembre 2020 formé contre la notification de l'indu en litige. Le moyen tiré de ce que la décision initiale du 14 octobre 2020 n'est pas signée est donc inopérant et doit être écarté comme tel.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à contester l'indu d'ASS d'un montant de 16 701,71 euros pour la période de janvier 2018 à septembre 2020. Ses conclusions sur ce point doivent ainsi être rejetées.

Sur la demande d'annulation des décisions concernant la radiation de la liste des demandeurs d'emploi et la suppression du bénéfice de l'ASS :

8. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur le droit à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, qui relève des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

9. D'une part, aux termes de l'article L. 5421-1 du code du travail dispose que : " En complément des mesures tendant à faciliter leur reclassement ou leur conversion, les travailleurs involontairement privés d'emploi, ceux dont le contrat de travail a été rompu conventionnellement (), aptes au travail et recherchant un emploi, ont droit à un revenu de remplacement dans les conditions fixées au présent titre ". Aux termes de l'article L. 5421-2 du même code : " Le revenu de remplacement prend, selon le cas, la forme : / 1° D'une allocation d'assurance, prévue au chapitre I ; / 2° Des allocations de solidarité, prévues au chapitre II () ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 5412-2 du code du travail : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui a fait de fausses déclarations pour être ou demeurer inscrite sur cette liste ". Aux termes de l'article L. 5426-2 de ce code : " Le revenu de remplacement est supprimé par Pôle emploi dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 5412-1, à l'article L. 5412-2 et au II de l'article L. 5426-1-2. Il est également supprimé en cas de fraude ou de fausse déclaration. Les sommes indûment perçues donnent lieu à remboursement ". Aux termes de l'article R. 5412-4 du même code : " Le retrait du bénéfice du revenu de remplacement pour l'un des motifs énumérés à l'article R. 5426-3 entraîne pour l'intéressé la radiation de la liste des demandeurs d'emploi ". Aux termes de l'article R. 5412-5 dudit code : " La radiation de la liste des demandeurs d'emploi entraîne l'impossibilité d'obtenir une nouvelle inscription : () 3° Pendant une période dont la durée est comprise entre six et douze mois consécutifs lorsque sont constatées les fausses déclarations mentionnées à l'article L. 5412-2 ". Enfin, aux termes de l'article R. 5426-3 dudit code : " Le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 supprime le revenu de remplacement mentionné à l'article L. 5421-1 pour une durée limitée ou définitivement selon les modalités suivantes : () 3° En cas de manquement mentionné à l'article L. 5412-2 et, en application du deuxième alinéa de l'article L. 5426-2, en cas d'absence de déclaration, ou de déclaration mensongère du demandeur d'emploi, faites en vue de percevoir indûment le revenu de remplacement, il supprime ce revenu de façon définitive. Toutefois, lorsque ce manquement est lié à une activité non déclarée d'une durée très brève, le revenu de remplacement est supprimé, en cas de premier manquement, pour une durée de deux à six mois et, en cas de manquements répétés, de façon définitive () ".

11. En l'espèce, il est constant que M. A B a omis de déclarer la création de son entreprise le 26 octobre 2017. En soutenant qu'en l'absence du bénéficie de l'ASS il aurait nécessairement perçu la prime d'activité, une prestation sociale pour les personnes exerçant ou reprenant une activité professionnelle, il ne conteste pas utilement qu'il n'était pas demandeur d'emploi pour la période de janvier 2018 à septembre 2020. Compte tenu de ces éléments, c'est à bon droit qu'il a été radié de la liste des demandeurs d'emploi et que le bénéfice de l'ASS lui a été supprimé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées à fin d'injonction et au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Ciriani et à Pôle emploi Provence-Alpes-Côte-d'Azur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

T. BONHOMMELa greffière,

Signé

O. MOULOUD

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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